Formation de haut niveau "Paysage" : 8 décembre 2016

AHLeGall, lundi 19 dcembre 2016 - 14:29:40

Thème de la journée : Paysages sonores – paysages lumineux
Lieu : Université de Rennes 1, campus de Beaulieu, RDC du bâtiment 5, salle Barrois

Accueil à partir de 9:30 - Début de la formation à 10:00


Animatrice : Emmanuelle Hellier (Université de Rennes 2, ESO Espaces et Sociétés

Programme prévisionnel

Matin
Laurent Vissière (université Paris Sorbonne) : Paysages sonores de la ville médiévale : les bruits de la paix, les bruits de la guerre

Conférence et discussion avec l’orateur animée par Annie Antoine
En écho à l'ouvrage co-écrit avec Laurent (Hablot) "Les paysages sonores. du Moyen Âge à la Renaissance"
La ville médiévale peut se définir comme un microcosme infiniment sonore : un espace clos de murailles, avec un tissu urbain serré, des rues sinueuses, où se bousculent hommes et bêtes, où travaillent les artisans, y compris les plus bruyants – comme les forgerons –, où crient les marchands ambulants, où passent les troupeaux amenés aux boucheries, où résonnent enfin des dizaines de cloches… À défaut de pouvoir entendre ce monde disparu, on arrive cependant à distinguer un ordre au sein de l’apparent chaos. Tous les bruits et les cris ne résonnent pas au même moment : la laitière passe ainsi le matin et le crieur des trépassés dans la nuit… L’homme de la rue sait fort bien reconnaître à l’oreille les différents clochers de la cité – il y a en a parfois des dizaines – et le message transmis par leurs cloches. Celles qui sonnent les heures, les offices et les fêtes, celles qui sonnent les alarmes – l’incendie ou l’attaque. Ce paysage sonore de la paix se modifie profondément en période de troubles, et surtout lors des sièges. Les cris des marchands et les bruits des métiers tendent à disparaître, les cloches elles-mêmes ne sont plus sonnées, ou plus de la même façon, et le fracas terrifiant des bombardes rythme désormais de manière aléatoire et sporadique les jours et les nuits.

• "Centre de découverte du son" de Cravan (22), avec Guy-Noël Ollivier : Patrimoine sonore et constructions paysagères sonores
Définition de l'écologie sonore et en abordant, avec des exemples sonores, la notion d'ancrage sonore propre à construire le paysage


Après midi
Elise Geisler (Architecte DPLG, UMR ESO, Agrocampus Ouest Angers) : DIAGPART. Croiser habitudes et expérimentations pour un diagnostic partagé du paysage sonore

Elise Geisler est architecte, enseignante-chercheure en projet urbain et nature en ville (Agrocampus Ouest – ESO). Ses recherches traitent des perceptions et représentations du paysage sonore et des pratiques des paysagistes dans ce domaine, ainsi que dans celui de la participation.
Partant du constat d’une prise en compte partielle, souvent quantitative, négative et curative des enjeux sonores dans les projets urbains, l’objectif de cette intervention sera de présenter le contenu et les résultats intermédiaires d’une recherche interdisciplinaire en cours (DIAGPART, coord. T. Manola, financement ADEME). Basée sur une série d’ateliers inspirés des focus groups, cette étude cherche à mettre en place une démarche de diagnostic partagé du paysage sonore, afin que ce dernier soit considéré de manière plus qualitative dans les projets urbains. Pour ce faire, une attention particulière est portée aux outils, méthodes et modes de restitutions mobilisés par différents corps de métiers liés à l’environnement sonore (acousticiens, artistes, concepteurs, chercheurs en sciences humaines et sociales, institutionnels) et leur croisement possible.

Samuel Challéat (UMR 5193 LISST, université de Toulouse 2) : Le « paysage nocturne », nouvel outil pour l’action collective territorialisée contre les nuisances et pollutions lumineuses ?

Les « paysages nocturnes » sont de plus en plus mobilisés comme biens environnementaux à part entière, comme en témoigne leur entrée dans la récente « loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » (loi n° 2016-1087 du 8 août 2016, voir notamment l’alinéa 2 de l’article 1). À travers la défense de la qualité de la nuit et de l’accès au ciel étoilé face aux nuisances et pollutions lumineuses, c’est bien la dimension nocturne des aménités paysagères qui est désormais placée au coeur de plusieurs politiques de gestion de l’environnement à travers le monde (Charlier & Bourgeois, 2013 ; Bénos et al., 2016). Ces politiques sont souvent accompagnées de processus de protection et de labellisation de territoires garants d’un accès privilégié à un environnement nocturne épargné par la lumière artificielle (Challéat, 2010 ; Challéat & Lapostolle, 2014). Elles soulignent une tendance au développement d’activités récréatives « de la nuit » – c’est-à-dire d’activités prenant comme support la nuit « naturelle » et comme objets les phénomènes et transformations de l’environnement qui lui sont liés (ciel étoilé, phénomènes célestes, bruits de la faune nocturne, immersion multi-sensorielle dans l’obscurité, etc.) – en marges d’activités récréatives « dans la nuit » – activités se déroulant durant la période nocturne mais n’ayant pas pour objets centraux les attributs « naturels » de la nuit ou de l’obscurité. Ces dernières sont bien connues et constituent le coeur d’une offre récréative nocturne classique. Les premières, quant à elles, requièrent – et donc recherchent – des espaces de forte naturalité de l’environnement nocturne. Elles nécessitent une attention et un regard particuliers portés sur l’espace environnant et participent ainsi de la construction d’une catégorie paysagère à part entière : les paysages nocturnes. Ainsi, certains territoires usent de cet empaysagement (Debarbieux, 2007) de la nuit pour accompagner des actions de réduction des nuisances et pollutions lumineuses, suivant le paradigme de la transition (énergétique, touristique ; Lapostolle et al., 2016).
Des nouveaux périmètres pour les politiques de protection environnementale aux processus de patrimonialisation et de mise en tourisme des sites astronomiques et du ciel étoilé lui-même, ces tendances questionnent le chercheur et le praticien sur l’objet « paysage nocturne » qui, par sa pluralité de définitions, permet d’être tout à la fois régime de justification de l’action et notion opportune pour étudier les façons dont la nuit des espaces ruraux est inventée, utilisée, fréquentée et représentée, participant ainsi de la fabrique de territorialités nocturnes inédites, et cessant d’être un « territoire du vide » (Corbin, 1988). La communication s’appuiera sur les processus observés dans trois terrains d’étude du Collectif RENOIR dans le cadre d’un programme de recherche financé par la Région Occitanie : la Réserve Internationale de Ciel Étoilé du Pic du Midi de Bigorre (Pyrénées), le Parc National des Cévennes et les PNR des Causses du Quercy et des Baronnies-Provençales.
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