GEOPRAS : un projet ANR pour comprendre les sociétés littorales de la Préhistoire récente sur les rives de l’Atlantique Nord

Soumis par Alain-Herve Le Gall le jeu 24/02/2022 - 14:46
Programme ANR "GEOarchaeology and PRehistory of Atlantic Societies"
Projet ANR "GEOarchaeology and PRehistory of Atlantic Societies"

Le projet GEOPRAS analyse les sociétés littorales de la Préhistoire récente (Mésolithique et Néolithique) sur les rives de l’Atlantique Nord, pour en comprendre le rôle dans les dynamiques historiques. Il entend poser les bases conceptuelles et méthodologiques d’une préhistoire maritime. L’identification et la mesure des fluctuations environnementales sont posées comme centrale dans cette enquête interdisciplinaire, tant pour évaluer le fonctionnement de ces communautés humaines dans des espaces très changeants que pour assurer la réception d’un signal archéologique soumis à de très fortes érosions. Le projet GEOPRAS entend proposer des solutions scientifiques concertées, formulées et bâties avec ces acteurs de la sauvegarde du patrimoine, adaptées aux différents littoraux de l’Atlantique-Nord. La question des moyens de navigation apparaît comme centrale pour comprendre l’apprivoisement de ces paysages maritimes au gré de leurs métamorphoses.

 

Programme soutenu par l’ANR (n°CE27-024)
Porteur : Grégor Marchand
Co-Porteur : Pierre Stéphan et Florence Verdin
Conseil scientifique : Florence Verdin, Pierre Stéphan, Yves-Marie Paulet, Yvan Pailler, Morgane Ollivier, François Lévêque
7 participants institutionnels, 25 êtres humains impliqués
Durée :2022-2025

 

Le consortium GEOPRAS associe sept partenaires institutionnels, implantés à Brest, Rennes La Rochelle et Bordeaux. Ils, impliqués depuis des années dans l'archéologie du littoral (UMR 6566 CReAAH, UMR 6554 LETG, UMR 5607 AUSONIUS, UMR 6553 ECOBIO, UMR 6539 LEMAR, UMR 7266 LIENSs, INRAP). Notre programme étudie les sociétés littorales de la Préhistoire récente (Mésolithique et Néolithique) de la façade atlantique française, afin de comprendre leur organisation sociale et économique et leur rôle dans des dynamiques historiques telle que la néolithisation. L'accumulation de biens par le stockage, la spécialisation des modes de production, l'émergence de hiérarchie sociale ou d'un mode de vie sédentaire sont souvent attribués à ces populations côtières, sur la base de documents ethnographiques des deux derniers siècles. Cependant, chacune de ces manifestations sociales doit être décrite en fonction des variables environnementales régionales, sans préjugés évolutionnistes. Notre hypothèse de recherche est que les dynamiques environnementales ont grandement facilité certaines formes d'évolution historique. Cela nous incite à mieux définir la nature de ces transformations environnementales, puis à analyser les réseaux humains à l'interface continent-océan.

L'intégration étroite des disciplines scientifiques au sein de notre consortium permettra de traiter trois questions fondamentales pour évaluer le rôle historique des populations côtières au début de l'Holocène :
Q 1/ Quel a été l'impact des transformations radicales des paysages maritimes sur les établissements humains, les réseaux et ressources humaines et l'accès aux ressources ?
Q 2/ Quelles ont été les stratégies économiques mises en œuvre par ces sociétés préhistoriques pour intégrer ces écotones, notamment au regard de leur fonctionnement cyclique (saisons, marées) et quels transferts et complémentarités avec les sociétés continentales peuvent être décelés ?
Q 3/ Quels systèmes techniques spécifiques aux milieux maritimes ont été développés pour les besoins de subsistance mais aussi pour la mobilité humaine par la navigation, et quels sont les paramètres déterminant leurs transformations au cours de l'Holocène ?

 

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Zone d’étude du projet GEOPRAS (Carte : E. Lopez-Romero)

 

La première tâche consiste à restituer les environnements passés. Au cours des périodes mésolithique et néolithique, la plupart des paysages ont été profondément transformés par l'élévation du niveau de la mer et les processus d'érosion et de sédimentation associés. La restitution des environnements côtiers du passé se fera par une approche qui combine une large échelle (région), une échelle intermédiaire (paysage proche) et une échelle locale (site archéologique). Notre consortium propose une combinaison de méthodes adaptées à différentes conditions géographiques (dunes, côtes rocheuses, marais) autour du Golfe de Gascogne, en testant les limites de plusieurs d'entre elles. Pour reconstituer les changements dans le paysage côtier à grande échelle (régional) autour des différentes fenêtres géographiques étudiées, nous utiliserons les données environnementales disponibles dans la littérature scientifique et dans les bases de données nationales et internationales en libre accès. En ce qui concerne les changements environnementaux d'échelle intermédiaire, plusieurs méthodes seront mises en œuvre en fonction des archives sédimentaires, des paléosols et des spécificités géographiques et géomorphologiques de chaque zone d'étude.

La seconde tâche s’attelle à étudier la manière dont les sociétés humaines ont géré l'interface terre-mer. Les amas coquilliers sont devenus les nœuds emblématiques de ces réseaux holocènes sur la côte, en raison de l'abondance des données bioarchéologiques qu’ils recèlent. Ils seront abordés à la fois pour juger de la biodiversité et des pratiques alimentaires, mais aussi pour comprendre les rythmes de la mobilité collective. Pour appréhender le « signal archéologique », le programme GEOPRAS se concentrera sur le développement de méthodes d'intervention rapide et de sauvetage pour l'archéologie et la géoarchéologie. Nous proposons d'appliquer ces méthodes sur des sites actuellement en cours de fouille ou dont l'exploration est prévue dans le cadre du projet, tels que les amas coquilliers, les sites d'estran ou de marais. Des méthodes d’intervention sur le terrain optimales et intégrées seront développées pour l'enregistrement des vestiges archéologiques, souvent très éphémères sur les estrans, ainsi que pour les procédures d'échantillonnage, en particulier dans les amas coquilliers (études géophysiques, archéozoologie, micromorphologie, géochimie, taphonomie, approches métagénomiques, datations OSL).

La troisième tâche consiste à comprendre les orientations spécifiques des systèmes techniques dans un contexte maritime, en insistant notamment sur la navigation. Ce domaine technique est au cœur de toutes les questions posées sur les relations entre les zones côtières, mais aussi des orientations déterminantes des différents systèmes techniques développés dans ces zones. Pour pallier le manque de connaissances sur ces embarcations préhistoriques, nous proposons une approche, basée sur trois pôles disciplinaires en interaction permanente : 1) les références ethnographiques et historiques, 2) les analyses technologiques et d'usure d'usage sur les outils lithiques et osseux, 3) l'expérimentation.

Outre les développements méthodologiques, notre objectif est de poser les bases conceptuelles, méthodologiques et techniques d'une préhistoire maritime. Les résultats prendront place dans un manuel, rédigé en français et en anglais. L'implication des citoyens (archéologues amateurs, observateurs, touristes) dans les tâches scientifiques (prospections, fouilles, expérimentations) sera anticipée et coordonnée.

Contact : gregor [dot] marchandatuniv-rennes1 [dot] fr
Twitter : @ProjetGeopras

 

 

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Exemple d’opérations menées sur des sites préhistoriques rongés par l’océan par des membres de GEOPRAS (photo : Florence Verdin et Yvan Pailler)

 

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Travaux multiples réalisés sur l’amas coquillier mésolithique de Port-Neuf à Hoedic (Carte : Pablo Arias, Photo : Grégor Marchand)

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