Impacts sur la biodiversité terrestre dans l’anthropocène

Soumis par Alain-Herve Le Gall le mer 06/04/2022 - 15:12
[Appel à projets FRB-MTE-OFB] Huit projets sont sélectionnés suite à l’appel 2021, dont 3 au sein des unités de l'OSUR : LandWorm, Acoucène, LandBio

[Source : FRB]

Dans le cadre de la mise en place du  programme national de « surveillance de la biodiversité terrestre » porté par l’Office français de la biodiversité (OFB) visant à mesurer, identifier et suivre l’influence des activités humaines sur la biodiversité et les pratiques les plus vertueuses à valoriser, le ministère de la Transition écologique (MTE) et la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) ont lancé un appel à projets de recherche en 2021 « Impacts sur la biodiversité terrestre dans l’anthropocène », sur la caractérisation des impacts positifs, négatifs ou l’absence d’impacts des activités humaines et des pressions induites sur l’état et la dynamique de la biodiversité terrestre.

 

Parmi les projets dits de "synthèse", 2 sont à l'OSUR :

NB : Un projet Synthèse, d’une durée de trois ans, doit développer des synthèses d’idées et/ou de concepts, des analyses de données existantes, et devront s’intéresser aux facteurs affectant l’état, l’évolution et la dynamique de la biodiversité.

- LandWorm, porté par Daniel Cluzeau (Université de Rennes 1, ECOBIO/Station biologique de Paimpont) et Céline PELOSI (INRAE, France) – "Impact de l’utilisation et de la gestion des sols sur les communautés de vers de terre"

Présentation :
La biogéographie ainsi que les facteurs anthropiques et naturels impactant les communautés des lombriciens (composition, structure et traits fonctionnels) restent largement méconnus. Pourtant, les lombriciens sont des ingénieurs de l'écosystème qui participent aux fonctions clés du sol et les services écosystémiques associés (ex : régulation hydrique, dynamique des nutriments, production de biomasse). Ils sont également l'une des principales ressources pour de nombreuses espèces animales, contribuant ainsi au maintien des réseaux trophiques aériens. Par ailleurs, ces organismes sensibles à leur environnement, sont reconnus comme étant des indicateurs pertinents de l’état biologique des sols. Il existe alors un besoin important de modèles et de scénarios pour prévoir et anticiper les effets combinés du climat, des propriétés du sol et des activités humaines sur la conservation de la diversité taxonomique et fonctionnelle des lombriciens.
LandWorm vise à quantifier les effets actuels et passés (< 50 ans) de l'utilisation et de la gestion des terres sur les communautés lombriciennes en tenant compte de l'hétérogénéité des contextes pédo climatiques à l’échelle nationale, afin (i) de comprendre et prédire l’assemblage des communautés de vers de terre et (ii) d’identifier des pratiques de gestion favorables des terres. LandWorm vise aussi à produire des valeurs de référence et valeurs seuils afin de contribuer à la biosurveillance du territoire français actuellement en cours (ex : réseau RMQS-Biodiv, réseau SBT-ENI, initiative #Vers2022 et l’Observatoire Participatif sur les Vers de Terre).
Pour répondre à ces objectifs, le groupe de travail sélectionné pour le projet LandWorm est composé d’experts issus de 11 instituts (Belgique, Espagne, France, Italie, Pays-bas, Royaume-Uni et Suisse) et possédant des compétences complémentaires (écologie des communautés et fonctionnelle, pratiques de gestion des terres, gestion des données et analyses statistiques). Le jeu de données constitué par le groupe de travail rassemble pour l’instant environ les informations sur 10.000 communautés. Ces données sont pour la plupart inédites sur le territoire métropolitain français, et seront complétées par des données en accès libre ou déjà publiées. Pour la première fois, les données collectées par ce groupe de travail couvrent les usages agricoles, forestiers, semi-naturels et artificiels des sols et les principaux modes de gestion des sols associés à ces usages. Ce projet permettra (a) de valoriser ces données inédites sous forme de publications scientifiques et (b) de rendre les données accessibles à la communauté internationale en les déposant dans des bases de données publiques (SINP-MNHN et EDAPHOBASE). Ce grand nombre de données sur la composition et la structure des communautés lombriciennes ainsi que sur certains traits fonctionnels, rassemblées pour la première fois, apportera une réponse scientifique forte aux chercheurs ainsi qu’aux gestionnaires (par exemple, les agriculteurs, les autorités locales, les urbanistes et les gestionnaires d'espaces naturels).

FRB_Landworm-2022

 

 

- Acoucène, porté par Jean-Yves Barnagaud (EPHE, France) et Solène Croci (CNRS, LETG-Rennes) – "Vers un printemps silencieux ? Modélisation et projection des impacts de l’anthropocène sur les paysages sonores avec les oiseaux comme indicateur écologique acoustique"

Présentation :
Les paysages sonores sont de plus en plus intégrés au patrimoine naturel et considérés comme un indicateur de la complexité et de la dynamique des écosystèmes. Une "trame blanche", un réseau de connectivité écosystémique analogue aux trames noires, vertes et bleues, dans lequel les sons produits par la biodiversité seraient préservés des impacts anthropiques, a été imaginée par les porteurs d'enjeux écologiques. Elle vise notamment à répondre aux nouvelles contraintes légales pour la conservation du patrimoine sensoriel des territoires face aux changements d'usages des sols, à la pression d'urbanisation et aux changements climatiques. L'écoacoustique, une discipline naissante à l'interface entre l'écologie des paysages et la bioacoustique, fournit un cadre théorique et méthodologique pour implémenter cette trame blanche. Durant la dernière décennie, l'écoacoustique a produit une diversité d'outils et d'indicateurs permettant le suivi des sons dans l'espace et le temps, de manière analogue aux autres facettes de la biodiversité. Néanmoins, des états de référence et des projections de paysages acoustiques face aux changements globaux manquent, faute de données issues d'enregistrements acoustiques remontant suffisamment loin dans le temps et à un grain spatial pertinent. ACOUCENE  vise à fournir aux chercheurs et porteurs d'enjeux une première trame blanche de référence à l'échelle de la France métropolitaine, en se basant sur la composante biotique des paysages sonores la mieux documentée, les oiseaux. Afin de résoudre le déficit en données acoustiques, ACOUCENE reposera sur un couplage de modèles de distributions d'espèces et d'enregistrements de leurs vocalises effectués par des volontaires et rassemblés dans de grands dépôts de données. A partir d'un cadre de modélisation hiérarchique, spatialement explicite et dynamique, ACOUCENE établira la première carte prédictive de la trame blanche en France, en étudiera les changements diachroniques sur un pas de 20 ans au regard des dynamiques d'usage des territoires et de climat, et comparera ces prédictions avec celles issues d'indicateurs de diversité taxonomique et fonctionnelle. Enfin, ACOUCENE effectuera des projections du futur de la trame blanche à partir de scénarios de changements climatiques et de dynamique d'usage des territoires sur les 50 à 100 prochaines années. A partir de ces projections, ACOUCENE proposera des priorités pour l'échantillonnage et le suivi de la trame blanche et des hypothèses sur le futur des paysages acoustiques face aux changements globaux, formant ainsi une étape-clé dans l'opérationnalisation des indicateurs acoustiques pour la préservation du patrimoine sensoriel lié aux écosystèmes.

Acoucene-microphone

 

 

Parmi les projets dits de "synergie", un est localisé à l'OSUR :

- LandBio, porté par Cendrine Mony (Université de Rennes 1, ECOBIO) –  "Effet de la modification du paysage par l’homme sur la biodiversité dans les paysages de bocage : vers des indicateurs intégratifs"

NB : Un projet Synergie, d’une durée d’un an, doit apporter des réponses complémentaires sur une question qui émerge d’un projet de recherche finalisé ou en cours de réalisation, et permettront d’éclairer les porteurs d’enjeux sur les indicateurs de mesures et les pratiques à promouvoir pour préserver la biodiversité.

Lire l'article consacré à LandBio en décembre 2021.

FRB_LandBio