Le plus vieil humain de Bretagne a été découpé !

Soumis par Alain-Herve Le Gall le jeu 03/02/2022 - 10:40
Article dans Applied Sciences
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Le plus vieil humain de Bretagne (Mésolithique) a été découvert en 1985 à Quiberon. De nouvelles analyses montrent qu'il a été découpé et fragmenté intentionnellement...

[Source : blog de Grégor Marchand]

 

Grégor Marchand (CNRS, CReAAH, OSUR) et ses collègues archéologues ont longuement tourné, retourné et "tripatouillé" le plus vieil humain de Bretagne (un homme, une femme ?), découvert en fouille par Olivier Kayser à Quiberon en 1985. Plusieurs ossements humains ont été ainsi exhumés lors des travaux sur ce site au cours des années 1980 puis des années 2010 ; les ossements humains étaient éparpillés au milieu des déchets alimentaires, mélangés aux coquilles.

Il ou elle a vécu il y a 8200 ans avant nous (lire "Chronologie du second Mésolithique dans le Nord-Ouest de la France"). L'individu, jeune, est-il mort à Beg-er-Vil à Quiberon (lire "Fin de fouille sur l'habitat mésolithique de Beg-er-Vil à Quiberon (Morbihan)") ou bien ailleurs ? L'analyse isotopique de l'os a montré qu'il ingurgitait beaucoup de produits issus de la mer.

La clavicule a été soigneusement découpée et décharnée, mais dans quel but ? Manger, honorer, célébrer, conserver une dépouille ?

Pour essayer de donner un sens à tout cela, les archéologues ont utilisé des technologies de pointe pour visualiser des traces anthropiques et les altérations naturelles. L'outil informatique a permis de quantifier, de prendre des mesures. Les chercheurs d'origine disciplinaires a priori éloignés - informaticiens, bioanthropologues, archéologues, tracéologues - ont appris à dialoguer : "c'était chaotique au début et bien chouette au final" dixit. Ça a pris des années d'interactions, mais au final ça valait le coup !

 

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Les résultats de ces recherches pluridisciplinaires sont publiés en janvier 2022 dans Applied Sciences.

En voici la présentation :

La numérisation archéologique en 3D d'éléments squelettiques est un aspect essentiel de la bioarchéologie. Les objectifs sont variés : archivage des données (notamment avant un prélèvement destructif pour des études biomoléculaires par exemple), étude ou à des fins pédagogiques pour permettre leur manipulation. Les techniques évoluant rapidement, la question qui se pose est celle de l'utilisation de méthodes appropriées pour répondre aux différentes questions et garantir une qualité d'information suffisante.

L'utilisation combinée de différentes technologies 3D pour l'étude d'un fragment d'os mésolithique de Bretagne (France) est ici l'occasion de comparer différentes méthodes de numérisation 3D. Cet os humain le plus ancien de Bretagne, une clavicule constituée de deux morceaux, a été exhumé dans l’amas coquillier mésolithique de Beg-er-Vil à Quiberon et daté d'environ 8200 à 8000 ans avant le présent. Ils sont liés à un traitement post-mortem, réalisé sur de l'os frais afin de retirer les téguments, qu'il est nécessaire de mieux qualifier. La clavicule a été étudiée grâce à un processus qui combine l'acquisition d'images 3D avancées, le traitement 3D et l'impression 3D, dans le but de fournir un support pertinent aux experts impliqués dans le travail. Les os ont d'abord été étudiés à l'aide d'une microscopie métallographique, puis scannés à l'aide d'un scanner et numérisés par photogrammétrie afin d'obtenir un modèle texturé de haute qualité. Le scanner s'est avéré insuffisant pour une analyse détaillée ; l'étude a donc été complétée par un µ-CT fournissant un modèle 3D très précis de l'os.

Plusieurs copies imprimées en 3D de la clavicule ont été produites afin de favoriser le partage des connaissances entre les experts participant à l'étude. Les modèles 3D générés par le µCT et la photogrammétrie ont été combinés pour fournir un modèle 3D précis et détaillé. Ce modèle a été utilisé pour étudier la desquamation et les différentes marques de coupe, y compris leur angle d'attaque. Ces marques de coupe ont également été étudiées avec des optiques de microscope traditionnelles et en microscopie numérique. Cette dernière technique a permis de caractériser leur type, révélant un probable processus de découpe de viande avec un outil en silex. Ce travail d'analyses croisées permet de documenter une pièce patrimoniale fondamentale, et d'en assurer la conservation. Des copies sont également disponibles pour les musées régionaux.

 

Référence
Barreau, Jean-Baptiste, Adeline Gagnier, Ronan Gaugne, Grégor Marchand, Jorge C. Gómez, Valérie Gouranton, and Rozenn Colleter. 2022. "Use of Different Digitization Methods for the Analysis of Cut Marks on the Oldest Bone Found in Brittany (France)" Applied Sciences 12, no. 3: 1381. https://doi.org/10.3390/app12031381

 

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