A propos de l’exposition « Archéo-Sexisme »



Expo_archeo_sexisme_LeMonde_juin2020.jpg

« Les chantiers sont le terrain de chasse idéal »

Le Monde Campus publie en ligne le 9 juin 2020 un article intitulé « Les chantiers sont le terrain de chasse idéal » : des étudiantes et chercheuses en archéologie dénoncent le sexisme qui y règne. Elles témoignent de brimades et d’agressions dans ce milieu, en particulier lors des chantiers de fouille. L’exposition « Archéo-Sexisme » a recueilli leur parole et fait le tour de France des campus. A l'OSUR, une des unités constituantes est le CReAAH, Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire. Nous avons la chance d'avoir à la tête de l’UMR une directrice de recherche, Marie-Yvane Daire, et parmi l'équipe des archéologues, Catherine Dupont, chargée de recherche médaillée de Bronze du CNRS, également Sophie Méry, directrice de recherche nommée à l'Ordre national du Mérite. Nous leur avons demandé de réagir à chaud à l'article du Monde.

 

 

[Propos recueillis par Alain-Hervé Le Gall]

 

Pour Catherine Dupont, "ce qui est rapporté dans cet article est juste vrai. C'est juste super que cela paraisse ! Même si je ne l'ai pas vécu directement". A propos de sa carrière et de son parcours au CNRS, elle peut témoigner de remarques désobligeantes du genre : "si j'ai une médaille, c'est sans doute parce que je suis une fille et qu'il fallait respecter la parité" ou "si je suis au CNRS, c'est aussi sans doute pour ça également" (ndlr : la parité). "J'ai entendu ça et ça ne fait juste pas plaisir !". Un sexisme « ordinaire » en quelque sorte, mais qui va souvent beaucoup plus loin, jusqu'à dévoyer les découvertes archéologiques elles-mêmes. Elle nous renvoie ainsi vers un superbe travail de thèse réalisé par Cholé Belard en 2014 sur le sexisme des découvertes archéologiques (vidéo "Sexisme et archéologie"): "Beaucoup de squelettes très bien parés ont été attribués à des hommes, sauf que c'était... des femmes !".

 

Pour Sophie Méry, qui ne conteste pas le sexisme dans la recherche en général, notamment celle de terrain, il faut néanmoins rester mesuré car beaucoup de choses ont déjà changé. Elle considère aussi "que si l’omerta est à combattre, la délation est une arme à utiliser avec discernement !". Son expérience des chantiers de fouille est largement positive : "j'ai toujours été sur des chantiers archéologiques où les remarques ou actions sexistes, il n'y en avait pas. Ni envers moi, ni envers d'autres". Elle qui travaille surtout en Orient (aux Emirats Arabes Unis notamment) , il s'agit "peut-être d'une question de "milieu" car traditionnellement, en Orient, les gens - dans l'ensemble - sont réputés "se tenir"". Elle ajoute : "Les hommes nous prennent souvent la pelle ou la pioche des mains ... personnellement, je ne le prends pas comme une agression caractérisée !".

Sophie Méry considère qu'en tout état de cause "c'est aux responsables d'opération ou de mission de poser fermement les cadres et d'y veiller, et de demander (par écrit, avant ou en début de fouille, dans une note distribuée à tous les membres de l'équipe), qu'en cas de problème, les personnes viennent leur en parler tout de suite". Peut-être faudrait-il rendre ce type de convention obligatoire ? Une idée à creuser car selon elle "cela engagerait les responsables d'opération ou de mission à l’étranger… comme les membres des équipes". Et elle précise pour conclure : "Ne pas oublier qu'il y a parfois sur les chantiers, des problèmes de malveillance, voire de maltraitance - qui ne sont pas d'ordre sexiste - et que cela peut toucher les femmes comme les hommes... et venir d’hommes comme de femmes".

 

Toutes les deux se félicitent en tout cas qu'au CNRS, la Direction ait fait de gros efforts pour aller vers la parité, notamment grâce à la Mission pour la Place des Femmes au CNRS, qui pour le coup se félicite en retour du travail effectué à la base : "Sans votre implication dans les laboratoires l'égalité n'est pas possible, bravo pour votre rôle déterminant".

 

 

Pour en savoir plus :

A propos de l’expo « Archéo-sexisme »
Le patriarcat chez nos ancêtres est une invention sexiste d’archéologues hommes : Chloé Belard continue de défendre « l’archéologie du genre » pour essayer « de penser les femmes de l’antiquité dans leur diversité »
Sur les fouilles archéologiques au CReAAH :
"Elle écoute les coquillages pour raconter notre histoire" (vidéo)
La post-fouille : la face cachée du travail de l’archéologue

 

 

Contact OSUR
Catherine Dupont (CReAAH) / @
Sophie Méry (CReAAH) / Sophie.Mé@
Marie-Yvane Daire (CReAAH) / @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @

 

Correspondante CNRS DR17 pour la Mission pour la Place des Femmes au CNRS
Valérie Deborde / @