L’archéomalacologie, une discipline qui s’incruste (et les chercheurs rennais y sont pour quelque chose)



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Article dans Quaternary International

Nouveaux paradigmes dans l'exploitation des amas coquilliers mésolithiques en France atlantique : l'exemple de Beg-er-Vil, en Bretagne. Une publication de Catherine Dupont et Grégor Marchand (CNRS, CReAAH) dans la revue Quaternary International en septembre 2020.

 

Comme souvent en archéologie, les « poubelles » de nos ancêtres ont beaucoup à dire de leurs modes de vie et leurs interactions avec leur environnement. Mais jusqu’il y a peu, force est de constater que les déchets coquilliers ne suscitaient quasiment aucun intérêt. Les choses changent grâce aux nouvelles recherches en malacologie et méthodologies développées au labo CReAAH à Rennes avec Catherine Dupont et Grégor Marchand. On peut même dire qu’un tout nouveau champ scientifique a émergé ces dernières années.

La côte atlantique du nord-ouest de la France est l'une des régions classiques du Mésolithique européen, rendue célèbre par les fouilles de Téviec et Hoedic (Morbihan) dans la première moitié du XXe siècle. Mais à cette époque, on s'intéressait peu à la composante "déchets alimentaires" des dépotoirs de coquillages. Cependant, à la fin des années 1990, de nouvelles méthodes et techniques d'étude ont contribué à une meilleure description des activités variées de ces populations côtières. En France atlantique, de nouvelles fouilles ont démontré que les dépôts de coquillages ne sont pas un « simple » type de site mais plutôt une des nombreuses unités stratigraphiques qui constituent une occupation humaine sur le littoral. On peut alors en extraire des informations spécifiques qui du coup changent notre perception des chasseurs-cueilleurs du Mésolithique de la côte atlantique française. On est ainsi passé de la vision d’une population préoccupée par la survie quotidienne et contrainte de manger des coquillages par nécessité, à celle de pêcheurs-chasseurs-cueilleurs engagés dans des activités variées, avec une approche raisonnée de l’exploitation des ressources de leur environnement. On découvre ainsi que leur connaissance des biotopes marins est révélée par la diversité des animaux marins dédiés à l'alimentation, mais aussi par la collecte d'autres matières premières échouées sur la plage, dont le silex ou les coquillages dépourvus de chair. Les techniques d’analyse mises au point par les chercheurs du CReAAH permettent désormais de distinguer ces différentes utilisations et pratiques liées à ces matériaux. Ces derniers donnent alors accès à la sphère symbolique et ont été clairement et soigneusement sélectionnés à des fins ornementales.

Ce manque d'intérêt passé contraste avec l'énorme potentiel de ces coquillages récemment révélé par le développement du tamisage, parfois associé à un tri exhaustif. Ces dernières années, une véritable révolution dans les techniques d'enregistrement des vestiges et des structures a eu lieu. Les fouilles menées pendant 7 ans à Beg-er-Vil ont permis d’affiner ces méthodes.

Les avancées dans les connaissances reposent donc en grande partie sur l’originalité des méthodes de fouilles – l’échantillonnage - et des analyses de post-fouilles menées à Beg-er-Vil dans la dernière décennie. Les fouilles initiales remontent néanmoins aux années 80 : la totalité des sédiments avait été tamisée à sec avec un tamis de 5 mm. Cependant, seuls quelques éléments de coquille ont été mis à part. Fort heureusement, tous les sédiments avaient été mis en sac et préservés. Plus de 10 ans plus tard, seuls quatre mètres carrés de l’amas coquillier et le contenu des structures identifiées comme des fosses ont été tamisés avec des mailles de 5 et 1 mm. La plus grande maille a été complètement triée. Seul un rapide contrôle visuel a été effectué sur la plus petite maille pour évaluer l'homogénéité des déchets. Par exemple, les archéologues ont ainsi pu montrer que la principale espèce visible dans le milieu, la moule Mytilus edulis Linné, 1758, était absente d’un ramassage à vue, tandis qu’elle est clairement l’espèce majoritaire après un tamisage associé à un tri exhaustif. En effet, cette espèce, qui possède une coquille fine et fragile, est caractérisée à Beg-er-Vil par un taux de calcination élevé qui a accentué sa fragilité. Bien que plusieurs milliers de moules aient été recensées à Beg-er-Vil, aucune d'entre elles n'a été observée intacte.


 

L'impact des méthodes d'échantillonnage différentiel

Tous les restes archéologiques de Beg-er-Vil ont été collectés par quart de mètre carré avec un tamisage complet des sédiments : avec des mailles de 4 et 2 mm, avec de l'eau de mer dans un premier temps, suivi ensuite d'un rinçage à l'eau douce. Seule une partie des sédiments a pu être tamisée à 0,5 mm en laboratoire avec de l'eau douce. Tous les restes retenus dans la maille de 4 mm ont été triés. Pour la maille de 2 mm, le même protocole a été appliqué, à l’exception des coquillages. Pour ces derniers, les chercheurs rennais ont d'abord extrait toutes les parties des coquilles utilisées afin de calculer le NMI (Nombre Minimum d’Individus), puis ils ont procédé à un échantillonnage pour calculer le NR (Nombre de Restes). L'objectif à long terme de ce tamisage est d'étudier la distribution spatiale et la composition des différents artefacts sur le site, en relation avec les structures identifiées et les biais taphonomiques. Tous les restes des animaux et des plantes exploités par cette population mésolithique ont été considérés comme des artefacts. En complément de cet inventaire, en novembre 2018, 1772 échantillons ont fait l’objet d’une mesure pH, tandis que 310 échantillons ont été analysés par fluorescence X.

Ce protocole d'échantillonnage appliqué à Beg-er-Vil ouvre la voie à une meilleure connaissance de la biodiversité des zones côtières de la période Mésolithique à travers le filtre des activités humaines. Ce protocole, combinant le tamisage et le tri exhaustif des échantillons de sédiments, a d’ailleurs déjà fait ses preuves dans d'autres milieux coquilliers mésolithiques à l'échelle européenne. Il donne une représentation plus réaliste des proportions d'espèces exploitées en contournant la sous-estimation des espèces les plus friables ou les plus petites. A noter que certaines de ces petites espèces peuvent refléter la contribution d'autres produits marins, comme les algues par exemple.

A l’avenir, l'analyse exhaustive de plusieurs dizaines de mètres carrés de fouille permettra également de caractériser l'hétérogénéité de la composition de la décharge. De même, ces opérations à Beg-er-Vil permettent d'aborder une question majeure pour l'évolution de ce type de site : en effet, il est généralement admis que certaines de ces accumulations ont probablement été dissoutes en raison de l'acidité du substrat. Le milieu coquillier est par essence un système dans un état d'équilibre fragile, en raison de niveaux d'acidité élevés : cet équilibre se détériore généralement au fil du temps, entraînant la dissolution des coquilles qui composent la structure. Les milieux coquilliers sont donc des sites menacés qui nécessitent une surveillance archéologique particulière. De plus, cette "autodigestion" du milieu coquillier sous-tend sans doute la représentation différentielle de certains vestiges, comme ceux d'origine animale. L'attention portée aux "miettes" du milieu contribuera sans aucun doute à expliquer certaines des lacunes dans la distribution spatiale des coquillages.




L’émergence de nouvelles conceptions de l'économie maritime mésolithique dans l'Ouest de la France

Avec les méthodes mises au point au CReAAH à Rennes, les chercheurs montrent que les chasseurs-cueilleurs du Mésolithique de la côte atlantique française étaient des « pêcheurs-chasseurs-cueilleurs » sachant tirer avantage de la diversité offerte par les environnements côtiers. A l'interface entre l'océan et la terre, on découvre qu’ils savaient utiliser les marées quotidiennes et les cycles saisonniers pour extraire de nombreuses espèces qui restent invisibles sans une connaissance approfondie de l'environnement proche. Ainsi, ils ont fouillé le sable pour trouver certaines espèces de coquillages, soulever des rochers pour débusquer les crabes, attendre la période de nidification de certains oiseaux de mer pour les attraper et les manger, et profitez de la saison de maturation des fruits !

Ils ont également passé du temps à surveiller la plage et ont profité de ce que la mer a rejeté, y compris des coquillages échoués morts qui pouvaient être utilisés comme ornements. De telles stratégies, clairement distinctes de l'approvisionnement en proies vivantes, ont été décrites dans d'autres parties du monde, en Afrique du Sud par exemple. La diversité des invertébrés marins identifiés à Beg-er-Vil ne semble pas représenter une occupation correspondant seulement à quelques journées de présence sur le site. Il est tout à fait légitime d'évoquer la possibilité d'une transmission intergénérationnelle des coins de pêche, étant donné que cette diversité englobe à peu près tout ce qui peut être consommé. Cette pression sur les ressources accessibles ne semble pas avoir impliqué de la prise de risque pour obtenir de la nourriture. Les données actuelles ne montrent aucune preuve matérielle que les gens sont partis à ailleurs pour trouver de la nourriture. Aucune espèce de mollusques et de crustacés nécessitant une immersion dans l'eau n’a été recueillie. De même, les poissons ont pu être pêchés sur le rivage sans bateau et l'hypothèse de l'utilisation les barrages à poissons (i.e. des pêcheries) reste ouverte.

Au final, ce sont plus de quinze disciplines archéologiques qui ont été impliquées dans l'étude de l’amas coquillier de Beg-er-Vil. Des développements méthodologiques sans précédent pour cette région ont conduit à la découverte de vestiges archéologiques jusqu'alors invisibles. La comparaison des données selon les diverses techniques de fouille employées met en évidence la nécessité de faire preuve de prudence dans les interprétations archéologiques. Cependant, le tamisage des coquillages a aussi ses limites : la conservation d'énormes volumes de coquilles ! Bien que le tri constitue la première étape du processus - car il comprime ces volumes… - l'étape suivante consiste à convaincre les autorités compétentes de conserver ces restes... Ces dépôts de fouille – au sens des archives - constituent notre patrimoine et témoignent de la biodiversité et des activités humaines passées. Pour l’archéologue d’aujourd’hui, il est très difficile de prévoir exactement ce que sa truelle doit conserver dans les dépôts où la masse des coquillages se dissout avec le temps, et où la précision des techniques d'analyse est en constante amélioration.

 

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Succession sédimentaire générale vue dans la coupe naturelle à Beg-er-Vil (Quiberon, Morbihan, France) (Photo : G. Marchand, CNRS)



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Vue détaillée du niveau archéologique de Beg-er-Vil (Quiberon, Morbihan, France) (Photo : G. Marchand, CNRS)

 

 

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La quantité, la diversité et les proportions des mollusques marins selon les méthodes d'échantillonnage. Expérimentation sur les sédiments provenant des fouilles de Beg-er-Vil dans les années 80 (NMI=MNI : Minimum Number of Individuals ; NR=NISP : Number of Individual Spécimens ; C. Dupont CNRS)




Référence
Catherine Dupont, Grégor Marchand, New paradigms in the exploitation of Mesolithic shell middens in Atlantic France: The example of Beg-er-Vil, Brittany, Quaternary International,  2020, doi.org/10.1016/j.quaint.2020.09.043





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Laure Giambérini, nouvelle vice-présidente du Conseil de l'OSUR


 AHLeGall    21/10/2020 : 10:03

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Laure Giambérini est professeure des universités, directrice du LIEC (CNRS - Université de Lorraine, à Metz)

Lors de sa séance du 10 juin 2020, le Conseil de l’OSUR a procédé au renouvellement de sa présidence, au titre des personnalités du monde de la recherche. Ghislain de Marsily a accepté de renouveler son mandat de Président du Conseil ; Eric Chauvet, jusqu’alors vice-président, a fait valoir ses droits à la retraite. Il est désormais remplacé au poste de VP par Laure Giambérini, élue à l’unanimité.

 

Laure Giambérini est professeure des universités, directrice du LIEC (Laboratoire Interdisciplinaire des Environnements Continentaux - UMR 7360 CNRS - Université de Lorraine, à Metz).

L'objectif premier du LIEC est de comprendre le fonctionnement des écosystèmes continentaux fortement perturbés par l'activité humaine, avec pour finalité leur réhabilitation. Le laboratoire messin s’appuie donc sur une recherche interdisciplinaire alliant les concepts et les méthodes de la minéralogie environnementale, de la science du sol, de l’écologie microbienne, de la physico-chimie colloïdale, de l’écotoxicologie, de l’écologie fonctionnelle... ce qui n'est pas s'en rappeler certaines approches de l'OSUR sur les questions transverses d'environnement.

Laure Giambérini est écotoxicologie, spécialiste en toxicologie, en histophysiologie animale, physiologie, écologie comportementale, et bioévaluation de la qualité de l'environnement, intéressée également par les outils bio-analytiques. Ses thématiques de recherche l'amènent à travailler sur le développement et la validation de biomarqueurs cellulaires de contamination chez différentes espèces d'invertébrés et de vertébrés. Spécialiste de parasitologie environnementale, elle étudie notamment le parasitisme chez les espèces de bivalves du genre Dreissena (en collaboration avec le New York State Museum). Sa recherche par les approches histologiques et histochimiques va jusqu'à considérer les effets cellulaires et tissulaires des contaminants chimiques (polluants organiques, métaux). Une partie des recherches menées par Laure Giambérini concerne aussi l'écotoxicologie des nanoparticules et des Éléments Terres Rares.

Outre ses activités de chercheuse et d'enseignante, Laure Giambérini met son expertise au service de la communauté : membre du conseil du Pôle OTELo (Observatoire Terre et Environnement de Lorraine, OSU et Pôle de recherche de l’Université de Lorraine), co-animatrice du domaine Impact environnemental du Labex Ressources 21 (pour la connaissance et la gestion des métaux stratégiques du XXIème siècle).

 

Nul doute que l'expérience personnelle de Laure Giambérini, sa complémentarité avec Ghislain de Marsily, nous inspirera pour la réflexion en cours sur l'organisation et les objectifs de l'OSUR.



>>> Pour en savoir plus >>>
Laure Giambérini (page perso / ResearchGate)
LIEC ((Laboratoire Interdisciplinaire des Environnements Continentaux)
OTELo
Labex Ressources 21




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Cendrine Mony (ECOBIO) reçoit le Prix Recherche 2020 de la SFE²


 AHLeGall    20/10/2020 : 12:12

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Cendrine Mony, maître de conférences à l’université de Rennes 1, chercheuse à ECOBIO, est la lauréate 2020 du Prix Recherche SFE² décerné par la Société Française d’Ecologie

Le Prix Recherche SFE² est destiné à récompenser une ou un chercheur·e en début ou milieu de carrière pour l’originalité et l’ampleur de ses travaux scientifiques, qui apportent une contribution majeure à un domaine de l’écologie et/ou de l’évolution. Cendrine est récompensée pour la qualité de ses travaux de recherche et son approche originale des "traits des plantes" de la communauté au paysage. Son investissement dans l'enseignement de l'écologie – Cendrine est depuis 2008 co-responsable du master parcours Environnement et Droit et depuis 2016 co-responsable du master mention Biodiversité, Ecologie, Evolution - a également largement contribué au choix de cette nomination. Il est à noter d’ailleurs que c’est la toute première fois que la SFE décerne ce prix à un·e enseignant·e-chercheur·se !

Ce prix lui sera remis lors de la prochaine AG de la SFE² qui aura lieu courant janvier 2021 à Montpellier.

 

Les "traits des plantes" de la communauté au paysage

Ses travaux portent sur le rôle des stratégies de reproduction des plantes sur leur assemblage à l’échelle des communautés et des paysages. Elle s’est intéressée en particulier à l’influence de la multiplication végétative des espèces (i.e. croissance clonale) sur la réponse des plantes à l’hétérogénéité environnementale et démontré son importance dans les interactions entre espèces à échelle spatiale fine. La multiplication clonale des plantes joue en effet un rôle majeur dans la mise en place des patrons spatiaux des plantes, et ainsi sur la transmission et la distribution des microorganismes associés aux plantes. Plus récemment, ces travaux l’ont amenée à s’interroger sur la transposition des concepts d’écologie du paysage à la compréhension des interactions plantes-microorganismes, modulées par les traits de dispersion des plantes ; et à ainsi contribuer au développement théorique de ce nouveau champ de recherche. Ces différents travaux présentent de nombreuses applications pour la gestion des agrosystèmes à l’échelle locale et du paysage.

 

>>> Annonce des Prix 2020 de la SFE² >>>




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DEEP IMPACT : un projet ANR pour analyser des interactions plante-microbiote et promouvoir la défense des plantes aux bioagresseurs



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Le projet DEEP IMPACT est financé par l'ANR

Le projet DEEP IMPACT est un projet scientifique qui vise à l’analyse des interactions plante-microbiote pour promouvoir la défense des plantes aux bioagresseurs. Il se concentrera sur l’étude du microbiome des cultures. Outre le volet recherche, un volet enseignement est mis en avant et mobilisera largement les enseignants-chercheurs de l’Institut Agro de Rennes et l’Université de Rennes1. Le projet qui débutera début 2021 pour une durée de 6 ans est coordonné par Christophe Mougel (INRAE, IGEPP).



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Le projet DEEP IMPACT fait partie des lauréats du Programme Prioritaire de Recherche Protéger et Cultiver Autrement (PPR-PCA) financer par le programme d’investissements d’avenir (PIA) de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

Les partenaires du projet sont : Agroécologie Dijon, BFP Bordeaux, Bioger Grignon, DyliSS Rennes, ECOBIO Rennes, Ecologie Microbienne Lyon, GDEC Clermond-Ferrand, IGEPP Le Rheu (Coord), LIPM Toulouse, MaIAGE Jouy en Josas.

 
ANR Deep Impact Logos Partenaires


L'un des défis actuels de l'agriculture est d’assurer la production et la sécurité alimentaire dans un respect de l’environnement. Les intrants chimiques de l'agriculture conventionnelle ont ainsi permis une augmentation de la productivité, mais leur impact négatif sur l'environnement et sur la santé humaine rend nécessaire le développement de nouveaux systèmes agricoles productifs et respectueux de l’environnement, tout en limitant les pertes liées aux ravageurs. L’agriculture moderne doit donc relever le défi de concevoir une nouvelle génération de solutions agroécologiques permettant d’accroître la résistance des plantes aux stress biotiques pour une production végétale et une protection des plantes plus saines et durables. Des résultats prometteurs montrent que la diversité inexploitée du microbiote du sol, et plus spécifiquement de celui associé aux plantes, peut influencer la tolérance et/ou la résistance des plantes à des ravageurs. Cependant, mobiliser le microbiote associé aux plantes nécessite une meilleure compréhension des mécanismes sous-jacents aux interactions plante-microbiote dans un contexte écologique réaliste.

Dans ce cadre, sur la base d'un consortium multidisciplinaire et d'approches novatrices, DEEP IMPACT vise à combiner l'écologie, la biologie, la génétique des plantes et les mathématiques pour identifier, caractériser et valider les communautés microbiennes, les communautés végétales et les facteurs abiotiques (pratiques agricoles) modulant la résistance du colza (Brassica napus) et du blé (Triticum aestivum) à plusieurs parasites.

Pour cela, une approche in situ permettra de caractériser 100 parcelles agricoles (50 pour chaque espèce cultivée) visera à caractériser les environnements (variables climatiques et édaphiques) et les facteurs biotiques (microbiote, virome, communautés de mauvaises herbes, attaques de ravageurs et prévalence du pathobiote). Certaines parcelles seront expérimentales, d’autres chez des agriculteurs. Pour la Bretagne, des contacts sont en cours auprès de la Chambre d’Agriculture Bretagne pour identifier les parcelles en fonction du cahier des charges des scientifiques. Les informations tirées de cette caractérisation générale seront intégrées dans des modèles statistiques corrélatifs afin de décrire la part relative de la variance expliquée par les caractéristiques de l’habitat et des facteurs biotiques, et corrélée à une réduction des attaques de ravageurs. Ceci permettra d'identifier une combinaison d'espèces microbiennes et de sols corrélés à une meilleure résistance des cultures aux bioagresseurs.

Ces consortia microbiens seront isolés par des techniques de culturomique et caractérisés à la fois par le séquençage de génomes entiers et par des mesures biochimiques. Des consortia synthétiques (SynComs) seront reconstruits pour tester leur efficacité sur un large éventail de ravageurs attaquant les deux cultures. Un consortia synthétique correspond à un assemblage d'espèces microbiennes (bactéries, champignons) préalablement isolé. C'est une façon de construire une communauté microbienne dont l'assemblage est guidé par des hypothèses (souvent déduite de l'analyse des communautés in situ) et les connaissances des entités (ressource génomiques, potentiel métabolique, type d'interaction avec d'autres facteurs comme un agent pathogène etc.). Au cours du projet, différents SynComs ayant des effets bénéfiques, délétères et neutres sur la résistance des plantes aux ravageurs seront testés dans le cadre d'une étude de génétique quantitative croisée de type joined-GWA sur un large panel de génotypes de B. napus et T. aestivum, afin d’identifier des traits d’interaction entre plante et microbiote modulant la résistance de la plante face aux bioagresseurs.

Une approche fonctionnelle, basée sur la métatranscriptomique et la caractérisation des miARN, sera également développée pour identifier les modules fonctionnels chez tous les partenaires de l'interaction (microbiote-plantes-bioagresseurs) et pour tester l'impact de la diversité du microbiote sur la sécrétion des miARN de plante. DEEP IMPACT étudiera également le rôle potentiel d’espèces de plantes auxiliaires dans la modulation de la résistance des cultures aux ravageurs en agissant indirectement sur le microbiote du sol.

Enfin, un retour à l'échelle du champ permettra de tester si les communautés microbiennes reconstruites associées à des plantes auxiliaires sont efficaces pour protéger les cultures contre les infections des bioagresseurs naturels dans un large éventail de zones pédo-climatiques françaises.

Au final, DEEP IMPACT contribuera au développement de pratiques agricoles durables basées sur le microbiote de plante pour réduire l’utilisation de pesticides en milieu agricole. Pour l’implication OSUR du projet, deux laboratoires sont fortement impliqués : l’IGEPP avec Christophe Mougel, Anne-Marie Cortesero et d'Alain Bouchereau, et ECOBIO, avec Philippe Vandenkoornhuyse, Joan van Baaren et Abdelhak El Amrani El Hanchi.


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Christophe Mougel (INRAE, IGEPP) @
Philippe Vandenkoornhuyse (Université Rennes 1, ECOBIO) @
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Au cœur d’un quartier de Condate


 AHLeGall    09/10/2020 : 13:49

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Ouvrage édité aux Presses Universitaires de Rennes (PUR)

La fouille archéologique de l’ancien hôpital Ambroise-Paré de Rennes

Ouvrage sous la direction de Gaétan Le Cloirec de l'INRAP, chercheur associé au CReAAH.

Les données apportées par cet ouvrage sur l’organisation de la trame urbaine de l’Antiquité et l’analyse architecturale de plusieurs ensembles spécifiques complètent nos connaissances sur l’urbanisme de Condate. La présentation exhaustive des objets retrouvés illustre également la richesse du site pour divers types de mobiliers d’époque romaine. Enfin, des découvertes plus anecdotiques apportent des informations inédites sur un aqueduc du XVIe siècle et sur des aménagements de la défense passive à Rennes durant la Seconde Guerre mondiale.

Avec le soutien de l’Institut national de recherches archéologiques préventives et de la direction régionale des affaires culturelles de Bretagne – service régional de l’archéologie.




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Gaétan Le Cloirec (INRAP, CReAAH) / @
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Recommandations pour des stratégies de gestion durable des paysages


 AHLeGall    08/10/2020 : 14:20

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ITN TerraNova, White paper 1 : Policy recommendations for sustainable landscape management strategies

Voici le premier "white paper" du projet ITN TerraNova dans lequel le LETG-Rennes est étroitement impliqué avec Thomas Houet (une supervision de thèse et une co-supervision), en lien aussi avec un autre laboratoire GEODE du CNRS (université de Toulouse).

Il s'agit donc du premier des trois livres blancs programmés de cet ITN dédié à la connaisance des paysages, réseau de formation et de recherche (Innovative Training Networks - ITN), un projet collaboratif des actions Marie Sklodowska Curie du Programme cadre européen Horizon 2020.

TERRANOVA étudie plus particulièrement l'histoire des interactions entre l'homme et l'environnement, et la façon dont ces interactions ont façonné les paysages européens. L'objectif est de servir de base à la conception de politiques environnementales durables en Europe.

Entre 2019 et 2023, quinze doctorants sont formés pour mener des recherches interdisciplinaires autour de ce thème afin de promouvoir une compréhension à long terme de la structure et du fonctionnement des paysages européens ; in fine, l'objectif est de relever les défis actuels en lien avec l'érosion de la biodiversité et le changement climatique.

TERRANOVA vise à acquérir des connaissances sur les régimes et les transitions énergétiques du paysage, qui permettront la transition vers une société future à faible émission de carbone.

Dans cet article, les auteurs présentent le point de départ de la démarche et décrivent brièvement les contours du projet et les résultats attendus.

>>> White paper 1 : Policy recommendations for sustainable landscape management strategies >>>
Terranova White Paper 1 2020 1




>>> Le site web de TerraNova >>>
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Un changement climatique soudain peut-il provoquer un effondrement écologique irréversible ?



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Article dans Science Advances

Une nouvelle étude montre un effondrement écologique irréversible en Asie provoqué par des changements climatiques.

Il y a trente-quatre millions d'années, un changement climatique soudain a provoqué une désertification généralisée et une dégradation des écosystèmes dans toute l'Asie centrale. Aujourd'hui, les déserts se développent à nouveau rapidement dans toute la région, signalant l'imminence d'un effondrement écologique. Telles sont les conclusions d'une équipe internationale, dirigée par des chercheurs de l'université d'Amsterdam et du CNRS, dont Guillaume Dupont-Nivet (Géosciences Rennes, CNRS, Potsdam University). Leurs résultats sont publiés dans la revue Science Advances en octobre 2020.


L'étude a intégré des enregistrements de pollen fossile provenant d'Asie avec des nouvelles données géologiques, fauniques et climatiques. Ces résultats révèlent qu'une catastrophe écologique a eu lieu il y a environ 34 millions d'années, avec des déserts hyperarides s'étendant sur de vastes zones de la Mongolie, du Tibet et du nord-ouest de la Chine. Causée principalement par des changements rapides du climat et du dioxyde de carbone atmosphérique, cette ancienne crise des écosystèmes a beaucoup en commun avec l'expansion des déserts pendant le changement climatique en cours.

"Les résultats ont des implications majeures pour la biodiversité, l'agriculture et la santé humaine à l'avenir", déclare Natasha Barbolini, auteure principale et chercheuse en paléoécologie à l'Université d'Amsterdam (maintenant à l'Université de Stockholm). "Le comportement passé nous dit que la région d'Asie centrale ne retrouvera jamais sa diversité biologique unique si la désertification se poursuit".

L'étude suit les prévisions du modèle du GIEC et les récents relevés climatiques montrant que l'Asie intérieure est en train de devenir rapidement l'un des endroits les plus chauds et les plus secs de la planète. Mais jusqu'à présent, personne n'avait reconstitué l'histoire passée de la steppe asiatique de manière aussi complète.

"En rassemblant 43 millions d'années d'évolution, nous avons pu comprendre la résilience de ces écosystèmes d'une manière totalement nouvelle", déclare le Dr Carina Hoorn, professeure à l'Institut de la biodiversité et de la dynamique des écosystèmes de l'Université d'Amsterdam. "Même si les plantes qui dominaient autrefois existent encore aujourd'hui dans la région, elles sont relativement rares. Cela montre que les populations peuvent être altérées de façon permanente par un changement climatique rapide, même si des extinctions généralisées ne se produisent pas".

L'étude montre que la biodiversité asiatique moderne a été façonnée par ces anciens changements climatiques, mais aussi par la formation de montagnes et du plateau tibétain. "L'Asie Centrale, autrefois recouverte par une vaste mer peu profonde, est devenue un immense désert en raison de la collision entre l'Inde et l'Asie et le soulèvement des plus hautes montagnes du monde", précise Guillaume Dupont-Nivet qui supervise ce projet financé par le Conseil Européen de la Recherche (ERC) au CNRS ("Monsoons of Asia caused Greenhouse to Icehouse Cooling" (MAGIC)). Cette diversité géologique et climatique a généré un nombre étonnant d'espèces qui ont élu domicile dans la région. Mais aujourd'hui, ces espèces sont menacées par le changement climatique actuel, tout comme près d'un demi-milliard de personnes, qui ont de plus en plus de mal à gagner leur vie. Les cultures sont ravagées par la sécheresse, et les mers de sable en pleine croissance réclament les steppes indigènes nécessaires au pâturage du bétail.

"Ces steppes modernes dominées par les herbes n'ont émergé que lorsque le climat est devenu temporairement plus humide, il y a environ 15 millions d'années. Avant cela, le climat était tout simplement trop sec", explique Amber Woutersen, assistante de recherche à l'Institut pour la biodiversité et la dynamique des écosystèmes de l'Université d'Amsterdam. "Nos résultats montrent que l'Asie intérieure pourrait bientôt entrer dans une phase hyperaride semblable à celle des temps anciens, où l'agriculture s'effondrerait et des millions de moyens de subsistance seraient détruits".

Dans cet article, alors que nous célébrons en 2020 l'Année internationale de la santé des végétaux, les auteurs mettent en garde contre la dégradation des steppes asiatiques modifiées par l'exploitation alors qu'elles se désertifient à un rythme sans précédent. Cette tendance doit être inversée pour préserver ce qui est devenu l'un des biomes terrestres les plus menacés au monde.



Référence
†N. Barbolini, †A. Woutersen, †G. Dupont-Nivet, D. Silvestro, D. Tardif, P.M.C. Coster, N. Meijer, C. Chang, H.X. Zhang, A. Licht, C. Rydin, A. Koutsodendris, F. Han, A. Rohrmann, X-J. Liu, Y. Zhang, Y. Donnadieu, F. Fluteau, J-B. Ladant, G. Le Hir et †C. Hoorn. Évolution cénozoïque du biome steppe-désert en Asie centrale. Science Advances, 2020, DOI: 10.1126/sciadv.abb8227
†Egales contributions



Dr. Natasha Barbolini, phone +46-7-02024773, email: @
Department of Ecology, Environment and Plant Sciences (DEEP), Stockholm University

Dr. Carina Hoorn, phone +31-6-22565063 or +218-91-8946671, e-mail: @
Institute for Biodiversity and Ecosystem Dynamics (IBED), University of Amsterdam

Ms. Amber Woutersen, phone +31-6-54917318, email: @
Institute for Biodiversity and Ecosystem Dynamics (IBED), University of Amsterdam

Dr. Guillaume Dupont-Nivet, phone +49-176-7281-5441, email: @
CNRS, France. Aussi à l'Université de Potsdam, Allemagne.


Image captions: ‘Cenozoic evolution of the steppe-desert biome in Central Asia,’ in Science Advances (2020). DOI: 10.1126/sciadv.abb8227

 

Gurbantunggut Desert Credit Hong Xiang Zhang  V2
Steppes désertiques du sud du désert de Gurbantunggut, où la couverture végétale est inférieure à 30 %. L'une des seules plantes à pouvoir pousser dans les sols sableux est le saxaul (Haloxylon ammodendron), un arbuste menacé d'extinction. Photo credit: Hong-Xiang Zhang, Xinjiang Institute of Ecology and Geography, Chinese Academy of Sciences.
Photo locality: Fukang County, Xinjiang Uygur Autonomous Region, China.

 

Fossil Nitraria And Ephedra Pollen V2

Images au microscope électronique à balayage (MEB) de pollen fossile utilisé pour reconstruire les anciens écosystèmes d'Asie centrale ; de gauche à droite, Nitraria sp. (vue polaire), Nitraria sp. (vue équatoriale), et Ephedra sp. (vue équatoriale). Ces arbustes tolérants à la sécheresse et au sel dominaient les paysages à la fin de l'Éocène (il y a 40 à 34 millions d'années), mais sont aujourd'hui des plantes rares dans les steppes asiatiques. Les barres d'échelle représentent 5 µm (1 µm = 0,001 mm).
Photo credits: Nitraria pollen was photographed by Carina Hoorn at the Xinjiang Institute of Ecology and Geography, Chinese Academy of Sciences, and the Department of Paleontology, University of Vienna. The middle image was previously published in Hoorn et al. (2012), doi:10.1016/j.palaeo.2012.05.011. Ephedra pollen was photographed by Fang Han at Stockholm University.

 

 

Sand Sea Of The Taklamakan Credit Matthias Alberti
Mer de sable du désert du Taklamakan, le deuxième plus grand désert de sable mouvant du monde, légèrement plus petit que l'Allemagne. Des déserts hyperarides similaires ont pu se répandre en Asie centrale dans le passé en raison de la dégradation écologique causée par un changement climatique rapide.
Photo credit: Matthias Alberti (distributed via imaggeo.egu.eu).

 

 

Meadow In Qilian Mountain China Credit Xiaoming Wang
Les steppes de prairie dans les montagnes de Qilian, au nord de la Chine, entourées d'habitats de steppe alpine et de toundra. L'élévation de la topographie de la région tibétaine sur plusieurs millions d'années a créé de nouveaux écosystèmes de haute altitude favorable à la croissance de biotes tolérants au froid.
Photo credit: Xiaoming Wang (distributed via imaggeo.egu.eu).

 

 

Tianshan Mountain In China Credit Xiaoming Wang
Le Tian Shan, qui signifie "Montagnes célestes", est une grande chaîne de montagnes d'Asie centrale. La variation d'altitude créée par cette chaîne de montagnes et d'autres en Asie centrale génère un large éventail d'habitats et donc une grande biodiversité dans le biome steppe-désert.
Photo credit: Xiaoming Wang (distributed via imaggeo.egu.eu).




Contact OSUR
Guillaume Dupont-Nivet (CNRS, Géosciences Rennes) / @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @


Persistance pluriannuelle et impact biologique de pesticides toxiques résiduels dans les paysages agricoles de Bretagne : quelles conséquences pour l'agriculture, l'environnement et la santé ?



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Article dans STOTEN

Anne-Antonella Serra et ses collègues d’ECOBIO (CNRS, université de Rennes 1), Anne-Kristel Bittebière, Cendrine Mony, Kahina Slimani, Frédérique Pallois, David Renault, Ivan Couée, Gwenola Gouesbet et Cécile Sulmon, publient dans la revue  Science of the Total Environment (numéro daté du 20 novembre) un article sur la dynamique, à l'échelle locale, des interactions plantes-pesticides dans un paysage agricole breton (de la Zone Atelier Armorique, ZAAr). La pollution des sols par des produits chimiques d’origine anthropique est en effet une préoccupation majeure pour la durabilité de la production agricole et des fonctions et services des écosystèmes. Mais la compréhension des effets complexes de la pollution des sols nécessite des approches à plusieurs niveaux et à plusieurs échelles. Ainsi, les communautés végétales des lisières de champs et des bandes enherbées (i.e. des bandes végétales filtrantes artificielles qui jouent un effet tampon vis-à-vis des cours d’eau notamment) sont confrontées aux xénobiotiques agricoles qui résultent des applications chimiques, par le biais de la contamination des sols, la contamination aérienne, le ruissellement et/ou le lessivage. Dans cette étude, la dynamique des pesticides dans les bandes enherbées a été étudiée à l'échelle du champ au sein de la ZAAr. Les résultats montrent que si les bandes enherbées ont effectivement permis une réduction significative des pesticides entre le champ et les compartiments riverains, il s’avère cependant que la comparaison des modalités d'utilisation des pesticides et l'analyse chimique du sol mettent en évidence la persistance significative des pesticides dans les champs et les bandes enherbées ; cette comparaison suggère aussi la contribution de sources multiples de contamination, telles que la rémanence annuelle, la persistance pluriannuelle, voire une contamination plus large à l'échelle du paysage.


 

Anne Antonella Serra STOTEN 2020 Fig2


 

L’utilisation massive d’intrants, produits phytosanitaires et fertilisants, est une caractéristique de l’intensification des pratiques agricoles, sources récurrentes de pollutions importantes de l’environnement. Les milieux aquatiques sont notamment les exutoires « naturels » de ces pollutions par les pesticides et les engrais après épandage : dissémination aérienne, transferts directs dans le sol, ruissellement et infiltration vers les aquifères. Les analyses chimiques de l’eau qui a transité par les bandes enherbées  révèlent des pesticides, des nitrates, du phosphore et d’autres contaminants qui signent ainsi leurs origines anthropiques et leurs cheminements à travers les différents compartiments des milieux naturels (air/sol/eau).

Ces pollutions peuvent avoir des impacts à la fois sur la flore et sur la faune, contribuer à l’érosion de la biodiversité, et perturber le fonctionnement des écosystèmes et des services écosystémiques associés. Les effets toxicologiques sont également visibles au niveau de la santé humaine, qui n’est pas épargnée : on soupçonne que les effets toxicologiques de ces pollutions diffuses sont à l’origine de cancers, de déficience immunitaire, de problèmes neurologiques, de malformations congénitales (i.e. «les bébés sans bras »), d’infertilité etc... Souvent présents à des niveaux résiduels, considérés comme peu toxiques, les effets sur les organismes vivants sont difficiles à caractériser. De plus, les conséquences des mélanges de polluants (i.e. « l’effet cocktail »), différentes de celles causées par les polluants pris isolément, sont souvent méconnues. Bref, la prise en compte des risques écotoxicologiques est loin d’être complète.

Pour limiter ces pollutions agricoles, des législations européennes et leurs mises en oeuvre nationales ont vu le jour : la Directive Nitrates, les Bonnes Conditions Agricoles et Environnementales (BCAE), et la loi Grenelle II, la Directive Cadre sur l’Eau (DCE), ont abouti en 2005 à la mise en place de bandes enherbées. Placées à différents endroits des bassins versants, elles sont obligatoires le long des parcelles agricoles bordant les cours d’eau : d’une largeur de 5 m minimum, exemptes d’intrant et de produit phytosanitaire, entretenues par fauchage ou broyage (selon un calendrier strict).

Les bandes enherbées ont donc pour rôle principal d’être des zones tampons entre les parcelles agricoles et les cours d’eau, en limitant le ruissellement de surface, en piégeant et dégradant les intrants en excès, non assimilés par les cultures adjacentes. Plusieurs paramètres rentrent en ligne de compte dans l’efficacité des bandes enherbées : la largeur de la bande, les propriétés physico-chimiques du sol et des polluants, les propriétés biologiques des sols, le climat (le niveau de précipitations en premier lieu), et aussi les caractéristiques de la végétation. Ainsi, le rôle des plantes dans la diminution des pollutions peut être important, et c’est l’objet précisément des recherches de l’équipe rennaise. En effet, si leurs rôles physico-chimiques dans la limitation des flux de polluants sont bien caractérisés, leurs rôles biologiques sont moins étudiés dans ce contexte de bandes enherbées. Quid du rôle des plantes dans la modulation de l’activité microbienne des micro-organismes du sol, qui sont les acteurs majeurs de la dégradation des polluants ? De plus, ces polluants peuvent également être absorbés, stockés ou dégradés directement par le compartiment végétal. L’efficacité de la bande enherbée dépend donc aussi du maintien du couvert végétal et des caractéristiques de sa composition.

Les chercheurs d’ECOBIO ont donc cherché à caractériser les relations entre les fonctions des bandes enherbées et les communautés végétales s’y développant. L’étude a été réalisée sur des bandes enherbées expérimentales situées le long de parcelles agricoles de la ZAAr, une zone étudiée depuis plus de 30 ans, qui offrent donc des analyses intégratives physico-chimiques et écophysiologiques bien définies. Les bandes enherbées expérimentales étudiées sont issues de bandes enherbées pré-existantes détruites par un labourage superficiel du sol, puis semées avec un mélange d’espèces précis, dans un travail de collaboration avec des agriculteurs volontaires. Ces bandes enherbées expérimentales ont été mises en place en 2010. Les recherches sur la problématique du rôle du compartiment végétal dans la fonction épuratrice des bandes enherbées ont débuté en 2011. Plusieurs analyses de ces bandes enherbées ont été effectuées, sur deux années consécutives : (i) la dynamique de diffusion des pesticides selon un gradient de distance parcelle agricole-cours d’eau, (ii) la dynamique de croissance et de l’état physiologique du couvert végétal des bandes enherbées, (iii) la tolérance des espèces végétales des bandes enherbées aux stress chimiques en conditions contrôlées de laboratoire, et (iv) le potentiel de rétention des pesticides du compartiment végétal, à la fois en conditions in situ au sein des bandes enherbées, et en conditions de laboratoire.


Anne Antonella Serra STOTEN 2020 Fig1 



Afin de déterminer l'impact de la persistance des divers polluants, la dynamique des plantes a été suivie dans des bandes enherbées expérimentales de composition initiale identique (Agrostis stolonifera, Anthemis tinctoria/Cota tinctoria, Centaurea cyanus, Fagopyrum esculentum, Festuca rubra, Lolium perenne, Lotus corniculatus, Phleum pratense, Trifolium pratense). Issues d'une végétation homogène, les bandes enherbées expérimentales ont cependant subi des changements rapides au cours des deux années suivantes : Agrostis stolonifera (Agrostis stolinifère), Festuca rubra (Fétuque rouge), Lolium perenne (ray-grass anglais) et Phleum pratense (Fléole des prés) sont devenues dominantes, avec l'établissement parallèle d'une végétation spontanée.

L'analyse de la co-inertie a montré que la dynamique des plantes et la persistance de pesticides résiduels dans le sol pouvaient, dans certains cas,  être corrélées de manière significative : ainsi, le fongicide époxiconazole, le fongicide prochloraze et le néonicotinoïde thiamethoxam sont apparus comme étant les principaux moteurs de cette corrélation. Cependant, cette corrélation dépend de la bande enherbée considérée, montrant ainsi que la corrélation entre la dynamique des plantes et les pesticides du sol impliquent des facteurs supplémentaires, tels que, en particulier, les propriétés physico-chimiques des sols ou  des effets de seuil des pesticides résiduels. Ces interactions complexes entre les plantes et la contamination des sols sont évaluées  par les auteurs en termes  de questions agronomiques, environnementales et sanitaires.

In fine, l’article met en évidence (1) que des cocktails de pesticides toxiques persistent de manière pluriannuelle dans les sols agricoles, (2) que, dans le contexte étudié, ces cocktails de pesticides persistants sont particulièrement riches et diversifiés par rapport à ce qui est habituellement trouvé en Europe, (3) que la persistance de ces pesticides, y compris de fongicides et d’insecticides, peut interagir avec la dynamique des plantes environnantes, (4) qu’au-delà de la focalisation sur le glyphosate, d’autres pesticides toxiques, comme les fongicides et les insecticides, constituent des risques environnementaux importants, (5) que ces différents éléments d’analyse doivent être pris en compte dans un cadre de pesticidovigilance accrue.

 

 

Référence
Anne-Antonella Serra, Anne-Kristel Bittebière, Cendrine Mony, Kahina Slimani, Frédérique Pallois, David Renault, Ivan Couée, Gwenola Gouesbet, Cécile Sulmon. (2020). Local-scale dynamics of plant-pesticide interactions in a northern Brittany agricultural landscape. Science of The Total Environment. 744. 140722. 10.1016/j.scitotenv.2020.140772




Contact OSUR
Anne-Antonella Serra (ECOBIO, Mission pour les Initiatives transverses et interdisciplinaires du CNRS) / @
Ivan Couée (ECOBIO) / @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @


Disparition d'Yves Quété



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C'est avec tristesse que nous apprenons le décès d'Yves Quété survenu le 2 octobre 2020, à l'âge de 73 ans.

C'est avec tristesse que nous apprenons le décès d'Yves Quété survenu le 2 octobre 2020, à l'âge de 73 ans.

Yves a été Ingénieur d'étude à l'université de Rennes 1 au sein du laboratoire de Géosciences Rennes, spécialiste en cartographie numérique.

Géologue de formation, Yves a fait toute sa carrière à Rennes, après avoir réalisé sa thèse de 3e cycle sur "L'évolution géodynamique du domaine Centre Armoricain au Paléozoïque inférieur : L'ellipse de Réminiac" soutenue en 1975, au sein du Centre Amoricain d'Etudes Structurale des Socles.

Il est alors recruté à l'université de Rennes 1 comme ingénieur d'étude et devient responsable du service de Géologie appliquée du CAESS en mars 1975.

Particulièrement intéressé par l'informatique scientifique et ses applications cartographiques, il a été à l'origine du développement du traitement d'images et de l'implantation des SIG au sein du laboratoire Géosciences Rennes. Il prend alors en charge le laboratoire Images en 1988, et ce jusqu'en 1997 ; En 1998, il devient co-responsable de l'Atelier Cartographie numérique et Bases de Données de l'UMR.

Yves a également joué un rôle important dans la formation de nombreux étudiants et doctorants : il participe activement aux enseignements, au niveau master et préparation aux concours, dans le cadre du développement des nouvelles thématiques émergentes liées à la géologie de surface (géomorphologie, hydrogéologie, géochimie et géophysique de surface...).

Précurseur technique, Yves a également été un réel pionnier en comprenant l'importance des eaux souterraines en Bretagne. Il fut l'un des premiers à avoir une vision "environnementale" des géosciences : il fut le premier hydrogéologue de Géosciences Rennes avant même que nous commencions à nous intéresser collectivement à cette thématique, une thématique qui fait aujourd'hui de Rennes une place reconnue nationalement et internationalement.

Son expertise était également reconnue en dehors du monde académique : Yves était expert-géologue auprès des collectivités locales.

Nos pensées vont à sa famille.


Qu'est-ce qui fait de Drosophila suzukii un envahisseur aussi efficace ?



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Le projet DroThermal est financé par l'ANR

Qu'est-ce qui fait de Drosophila suzukii un envahisseur aussi efficace ? Une analyse intégrative de son écologie thermique [DroThermal]

Le projet DroThermal est un projet dans la continuité de l'ANR SUZUKILL PRCI 2015-2019.



"What makes Drosophila suzukii such a successful invader? An integrative analysis of its thermal ecology [DroThermal]"

Il s'agit d'un PRC (projets de recherche collaborative) qui débutera en Avril 2021, coordonné par Hervé Colinet (CNRS, ECOBIO)

Les 4 partenaires du projet : ECOBIO Rennes, IRBI Tours, EDYSAN Amiens et LBBE Lyon.

Deux thèses (dont une à Rennes) seront financées et ainsi que deux postes CDD AI de 18 mois.


 

La récente invasion de la drosophile à ailes tachetées (Spotted Wing Drosophila, SWD) est une préoccupation majeure pour le secteur fruitier dans le monde entier. La température et la biologie thermique de cette espèce sont reconnues comme les principaux facteurs dictant la distribution, la dynamique des populations et la phénologie saisonnière de la Drosophile à ailes tachetées. Cependant, d'importantes lacunes subsistent dans les connaissances sur son écologie thermique et trophique, ce qui rend difficile l'évaluation et la prévision de la dynamique des populations, sur le terrain, d'année en année. En particulier, il existe un manque critique de connaissances sur la thermotolérance et les stratégies de survie hivernale de cette espèce envahissante, qui sont essentielles pour anticiper les niveaux et la dynamique des populations au printemps.

On estime ainsi que les petits insectes tels que les mouches des fruits réagissent certainement aux variations environnementales à des échelles temporelles et spatiales beaucoup plus fines que celles généralement considérées jusqu'à présent dans les études expérimentales et les modèles prédictifs classiques. Le transfert des projections macroclimatiques dans les microclimats effectivement rencontrés par les SWD dans la nature nécessite l'acquisition de nouvelles données écologiquement pertinentes avec un niveau de résolution correspondant à l'échelle de l'insecte. DroThermal est basé sur l'idée que la plupart des résultats des expériences de laboratoire sont difficiles à extrapoler aux situations de terrain. Les connaissances actuelles sur l'écologie thermique et trophique des SWD sont principalement basées sur des données de laboratoire qui n'ont pas la résolution appropriée et la pertinence écologique, ce qui gêne l'évaluation précise de la persistance des populations de SWD dans la nature, ainsi que les efforts de modélisation associés.

De fait, de nombreuses variables critiques sont en jeu dans la nature mais absentes des conditions expérimentales classiques :

1) contrairement au laboratoire où les conditions sont constantes et optimales, il existe une forte variabilité spatiale et temporelle des facteurs abiotiques (par exemple la température) dans la nature (objet des tâches 1 & 2)

2) il existe une grande diversité de plantes hôtes qui varient avec les saisons et donc une gamme de ressources trophiques disponibles (y compris des hôtes hivernaux inconnus) qui façonnent des phénotypes tels que la thermotolérance (sujet de la tâche 3)

3) les symbiotes et les microbes associés à l'hôte (par exemple Wolbachia) sont de nature beaucoup plus diverse qu'en laboratoire et peuvent affecter les caractéristiques de l'hôte, y compris la thermotolérance (sujet de l'activité 4). La prise en compte de ces effets dans un seul projet intégratif permettra de générer de nouvelles connaissances sur l'écologie thermique et saisonnière des SWD, permettant une meilleure modélisation de la dynamique des populations et de la phénologie saisonnière (sujet de la tâche 5).

En considérant différents niveaux de variation à travers des échelles spatio-temporelles appropriées, nous prévoyons d'élucider les réponses thermiques (et saisonnières) et les adaptations des SWD, et ainsi de mieux prédire la persistance et la dynamique des populations sur le terrain.

DroThermal a également pour objectif appliqué de générer les données nécessaires au développement de modèles prédictifs innovants de la dynamique des populations, qui sont utiles pour les programmes de gestion durable contre les SWD. Cette approche haute résolution et intégrative permettra de mieux comprendre le succès de l'invasion de cette espèce dans les régions tempérées et fournira de nouvelles connaissances essentielles pour la gestion des SWD, comme l'amélioration du calendrier et de la prévision des mesures de contrôle.

Plus largement, le projet fournira un nouveau cadre innovant pour comprendre le succès des invasions biologiques qui présentent des problèmes éco-socio-économiques importants.



DROTHERMAL 



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