1er Prix de thèse de la Fondation Rennes 1 (secteur de recherche SDLM)


 AHLeGall    26/04/2019 : 10:03
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Fondation Rennes 1 "Progresser, Innover, Entreprendre"

Jean Marçais est lauréat du 1er Prix de la Fondation Rennes 1 du secteur de recherche Sciences de la Matière. Les prix de thèse Fondation Rennes 1 "Progresser, Innover, Entreprendre" récompensent les thèses pour leur caractère innovant.

La Fondation Rennes 1 « Progresser, Innover, Entreprendre », dont l’objet est de renforcer les relations entre l’Université de Rennes 1 et les entreprises pour favoriser l’innovation et le développement socio-économique, a remis le 26 avril 2019, pour la septième édition, ses prix de thèse. Les candidatures étaient ouvertes aux docteurs inscrits à Rennes 1 ayant soutenu leur thèse en 2018. Les prix de thèse sont décernés aux travaux présentant les plus forts potentiels d’innovation et/ou de transfert de technologie. L’acception du concept d’innovation porte sur l’innovation organisationnelle, sociale, managériale, industrielle et technologique… Les potentialités d’exploitation industrielle ou commerciale sont également mises en avant. Le jury est composé d’universitaires et de responsables d’entreprises.

Jean Marçais a soutenu sa thèse intitulée " Variabilité des temps de résidence de l'eau et des débits dans les rivières et les nappes phréatiques : implications sur la qualité de l'eau" le 25 septembre 2018 (encadrée par Jean-Raynald de Dreuzy et Gilles Pinay),

Au cours de sa thèse, Jean a pu s'appuyer sur l'expertise de la plateforme CONDATE Eau de l'OSUR pour la datation des eaux.


2018




Une thèse en pleine adéquation avec l’objet de la Fondation Rennes 1 « Progresser, Innover, Entreprendre »


Le XXIe siècle se trouve confronté à des défis environnementaux sans précédents. Changement climatique, pollutions grande échelle des masses d’eau, artificialisation ou érosion des sols nécessitent de progresser pour quantifier l’empreinte humaine sur les territoires que nous occupons et d’innover pour réduire cette empreinte.
Jean Marçais a entrepris de quantifier les capacités qu’ont les territoires bretons à épurer les nitrates d’origine agricole en s’appuyant sur les réseaux de mesures mis en place par les organismes publiques (Agence de l’eau, DREAL, Région Bretagne et instituts de recherche comme Irstea ou l’INRA). Grâce à des méthodes innovantes, quantifiant le temps de résidence des eaux avec la silice dissoute et grâce à des modèles applicables à l’échelle régionale utilisant ces temps de résidence pour quantifier la dénitrification, sa thèse a permis d’expliquer pourquoi cinq territoires bretons présentent de si grandes différences dans la qualité de l’eau de leurs rivières. Cette démarche intéresse à la fois les gestionnaires publics de l’environnement, comme leurs partenaires privés et contribue à accélérer le transfert de l’expertise de la recherche académique vers les décideurs publics et les bureaux d’études. Sa thèse a d’ailleurs trouvé un débouché dans le cadre d’un partenariat entre Géosciences Rennes et plusieurs plans Algues vertes bretons ( projet MORAQUI).

Quels liens avec l’innovation ?

Jean Marçcais a développé dans sa thèse une méthode robuste pour diagnostiquer la capacité des territoires bretons à épurer les nitrates d’origine agricoles et prédire leur évolution long terme.
Pour la première fois, la concentration en silice dissoute a été utilsée - reflet de l’interaction de l’eau avec les roches du sous-sol - pour tracer le temps de résidence que l’eau passe en milieu souterrain avant d’alimenter les rivières (lire notamment " Comment dater les eaux souterraines des aquifères cristallins ?"). Quantifier ce temps de résidence de l’eau est crucial pour déterminer l’efficacité des politiques publiques visant à reconquérir une bonne qualité d’eau en rivières et dans les baies côtières.
Etant donné le nombre de mesures en silice déjà réalisées à l’échelle régionale, et le faible coût de ce type de mesure, cette innovation permet de cartographier le temps de séjour de l’eau dans les différents territoires bretons.
Deuxièmement, Jean a initié le développement d’un nouveau type de modèles de bassin versant pour comprendre la persistance de pollutions agricoles. Ses modèles, disponibles sur la plateforme GitHub, proposent une nouvelle stratégie d’articulation données / modèles et tirent parti des importantes bases de données acquises par les organismes publics (Région Bretagne, DREAL, Agences de l’eau, INRA, Irstea). Grâce à ces données de suivi, ces modèles permettent de prédire l’évolution des masses d’eau du territoire breton.


Quelles retombées pour le monde socio-économique ?


Cette recherche a démontré qu’une meilleure intégration des données de qualité de l’eau à l’échelle de la Bretagne dans une démarche de modélisation renouvelée suffisait pour prédire l’évolution long terme des concentrations en nitrate dans les rivières bretonnes. Cela a été démontré sur 5 rivières bretonnes (Douffine, Dourduff, Guillec, Penzé, Ris). Les travaux de Jean Marçais ont permis d’expliquer pourquoi les efforts consentis par les agriculteurs (réduction des engrais et de l’épandage de lisiers de porc) ne s’étaient pas immédiatement retranscrit par une amélioration de la qualité de l’eau de nos rivières. C’est parce que ces efforts ont d’abord servi à diminuer le stock de nitrates présents dans les sols et les nappes phréatiques du bassin versant.
Cette quantification permet aussi d’envisager la mise en place d’un nouveau type de politiques publiques qui s’adaptent aux avantages naturels que possèdent certaines zones du bassin versant (par exemple, la zone proche des rivières) pour réduire les concentrations en nitrates dans les eaux. Cela a des implications très concrètes pour le monde socio-économique comme par exemple être capable de tester l’impact de la conversion d’un certain pourcentage des terres agricoles bretonnes en agriculture biologique.


Et maintenant ?

Suite à l’obtention de son doctorat, Jean souhaite désormais s’orienter vers la recherche appliquée à l’environnement, à l’interface entre l’appui aux politiques publiques, la recherche académique, et son transfert vers les cabinets de conseil environnementaux ou les bureaux d’études. Pour cette raison, il s'est mis en disponibilité du Ministère de l’Agriculture afin de pouvoir développer des projets de recherches qui visent à prédire l’impact des activités humaines sur leur milieu, via une meilleure intégration données / modèles. Cette stratégie ambitionne à terme de fournir la capacité aux décideurs d’adapter leur gestion de l’environnement.
Dans l'immédiat, Jean est en contrat post-doctoral à l’Institut de Physique du Globe de Paris dans le cadre du projet « Make Our Planet Great Again » obtenu par Louis Derry, professeur à l’université de Cornell. Ce projet vise à mieux comprendre les interactions entre l’eau, les sols, les écosystèmes et les activités humaines qui ont lieu dans la zone critique.
La zone critique est la fine pellicule de la Terre qui s’étend du sommet de la canopée, aux horizons de roches non altérées (quelques dizaines de mètres sous la surface du sol). Cette zone est critique pour l’humanité puisque c’est là que les sociétés humaines vivent, pratiquent l’agriculture et se développent.
Le projet vise à utiliser des données de qualité d’eau obtenues à haute fréquence (de l’ordre d’une toutes les 5 minutes) pour prédire l’évolution de la zone critique dans les milieux fortement anthropisés et ceux moins impactés par l’homme suite aux changements globaux en cours (i.e. changement climatique, agriculture intensive).



>>> Pour en savoir plus : Comment dater les eaux souterraines des aquifères cristallins ? >>>



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Pourquoi utiliser des ontologies pour interpréter les images de télédétection ?



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ARTICLE DANS GISCIENCE & REMOTE SENSING

Le lancement de nouveaux capteurs et un accès facilité aux données satellitaires transforment considérablement la théorie et la pratique de la télédétection. Le développement exponentiel des corpus de données d'observation de la Terre requiert la mise au point d’algorithmes innovants et performants. A ce titre, les approches privilégiées aujourd’hui sont surtout inductives, basées sur de l’apprentissage à partir d’échantillons d’entraînement. De la sorte, la communauté de la télédétection tend à développer des approches « boîtes noires » qui ne permettent pas d’appréhender toute la complexité du processus d’interprétation d’images.

Pourtant, l’interprétation des images satellitaires est bien une tâche complexe qui dépend fortement des caractéristiques de l’image (résolutions spectrales, radiométriques, spatiales et temporelles), des compétences de l’opérateur et surtout de ses intentions. Par exemple, un écologue peut considérer une haie comme un habitat pour certaines espèces animales tandis qu’un agronome peut appréhender cette même haie comme une barrière limitant la dispersion de maladies entre deux parcelles cultivées. Par ailleurs, même si les intentions sont claires, les experts mobilisent constamment des concepts vagues (il existe par exemple plus de 800 définitions du concept de forêt basées sur différents critères de superficie ou densité et de hauteur d’arbres) et ambigus (une plantation d’arbres doit-elle être considérée comme une forêt ?) qui rendent difficiles les échanges entre télédétecteurs et les utilisateurs finaux. Ainsi, les approches inductives axées sur la donnée et mettant de côté l’expertise thématique (en écologie, agronomie, géographie, etc) tendent à creuser le fossé avec les utilisateurs des images satellitaires, lesquels sont en effet plus habitués à mobiliser des approches déductives, basées sur de l’inférence logique (par exemple, une haie - est composée - d’arbres – et – a –une fonction).

La communauté scientifique de la télédétection se doit donc aujourd’hui de développer des méthodes hybrides alliant les approches inductives et déductives. Dans cette optique, des techniques de représentation des connaissances telles que les ontologies sont appelées à jouer un rôle primordial. Malheureusement, force est de constater que les applications de télédétection basées sur les ontologies ont encore du mal à capter l'attention des experts en télédétection. L’article publié en mars 2019 par Damien Arvor (LETG-Rennes) et ses collègues dans la revue GIScience & Remote Sensing a pour objectif d’expliquer de manière simple ce que les ontologies peuvent (ou pas) apporter à la télédétection.


Les ontologies : définition et utilisation en télédétection

Dans un contexte scientifique de traitement informatique des données de masse (« big data »), on s’intéresse ici davantage à la définition du terme ontologie à l’aune de l'intelligence artificielle. Une ontologie est une technique de représentation des connaissances généralement définie comme "une spécification formelle et explicite d'une conceptualisation partagée" (Gruber 1995) fournissant une représentation non ambiguë et formelle d'un domaine. Une conceptualisation est une vision abstraite et simplifiée du monde dans un but précis. Plus concrètement, les ontologies sont des manières formelles de spécifier explicitement la connaissance du domaine, en définissant les propriétés des concepts étudiés et les relations qui les maintiennent ensemble. Par exemple, "un arbre - est une sorte de - végétation", "une feuille - fait partie d'un - arbre", "la plage - est adjacente à - la mer", etc.

La définition des ontologies repose donc sur deux piliers : (1) "explicite" signifie que tous les concepts et leurs relations sont explicitement formalisés et (2) "partagé" signifie que l'ontologie représente une connaissance consensuelle dans un domaine spécifique, c'est-à-dire qu'elle a été approuvée par une communauté scientifique. Les ontologies formelles sont censées fournir un vocabulaire et un sens communs pour permettre aux applications informatiques de communiquer entre elles et aussi de communiquer avec les utilisateurs. Enfin, les ontologies formelles sont basées sur des logiques de description (DL) qui permettent de raisonner afin d'inférer de nouvelles connaissances.

Les ontologies sont utilisées avec succès depuis longtemps dans divers domaines scientifiques tels que la génétique, la biologie, l’écologie, ou encore l’économie. Toutefois, leur utilisation en géographie reste principalement limitée aux applications dans les systèmes d'information géographique (SIG). Cependant, les ontologies ont également été utilisées avec succès en télédétection, notamment par Damien Arvor dès 2013. Bien que leurs applications soient diverses (annotation sémantique d'images satellitaires, analyse de chaînes de traitement en télédétection, etc), l’application majeure consiste à utiliser les ontologies pour interpréter les images satellitaires en intégrant de la connaissance experte dans le processus de classification d’image. Des ontologies ont ainsi été utilisées pour la reconnaissance automatique des caractéristiques urbaines (réalisées par ailleurs à partir de données LiDAR), pour l'identification de constructions individuelles à partir des images TerraSAR-X, pour l'analyse des images SAR à très haute résolution, pour la cartographie des zones côtières à partir d'images multispectrales, pour la classification basée sur les pixels à partir de règles spectrales, etc.

Cependant, malgré l'intérêt croissant pour les ontologies en télédétection, leurs concepteurs et utilisateurs ont encore la plus grande difficulté à susciter l'attention et l’adhésion des experts en télédétection. Cette difficulté peut être due à l'écart existant d’une part entre les attentes des experts en télédétection concernant les ontologies formelles, et d’autre part, leur contribution réelle à la télédétection. En effet, les télédétecteurs attendent surtout des améliorations significatives et quantifiées des cartes produites tandis que les ontologies apportent surtout plus de transparence et d’échange dans la construction des chaînes de traitement. Les principaux avantages offerts par les  ontologies pour les applications de télédétection basées sur des logiques de description sont les suivants :

  1. Une représentationsymboliquedes éléments observés dans les images, associant les concepts de haut niveau (ex. forêt) avec des concepts plus bas-niveau issus de l’image (ex. indice de végétation ou indice de texture).
  2. Un partage des connaissances facilité par l'utilisation d'une conceptualisation commune (vocabulaire et sémantique) et l'adoption d'un langage ontologique standard.
  3. Un raisonnement logique assuré par les logiques de description, celles-ci permettant d'utiliser d’algorithmes de raisonnement pour inférer de nouvelles connaissances à partir de descriptions explicites.

 

 

Référence

Damien Arvor, Mariana Belgiu, Zoe Falomir, Isabelle Mougenot & Laurent Durieux (2019): Ontologies to interpret remote sensing images: why do we need them?, GIScience & Remote Sensing

 

 

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Les cycles astronomiques expliquent probablement la présence discontinue des Néandertaliens en Bretagne



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ARTICLE DANS QUATERNARY INTERNATIONAL

Les occupations discontinues de néandertaliens en Bretagne et leurs disparitions temporaires de nos latitudes a généré de nombreuses hypothèses : manque de nourriture, empoisonnements, problèmes de naissances, problèmes génétiques, épidémies, variations brusques du climat, désastres naturels, attaques par des animaux, rivalités avec l’homme moderne, communautés trop petites etc.. Un article publié dans Quaternary International en février 2019, avec notamment Jean-Pierre Lefort et Jean-Laurent Monnier (CReAAH), démontre pour la première fois que ces disparitions étaient probablement d’ordre climatique et liées à des paramètres astronomiques tels que l’insolation et la précession.


La production totale de coquilles typiques de l'association à Pupilla (mollusque gastéropode qui constitue un marqueur important pour le Pléistocène européen) prélevées sur le site côtier de Nantois (Baie de Saint Brieuc, Bretagne, France) a mis en évidence pour la première fois quatre épisodes de légers réchauffements humides et brefs au moment du dépôt des loess pendant la période glaciaire « MIS 6 ». Le loess est une roche sédimentaire meuble déposée au cours d'une période froide de l'histoire récente de la Terre. Elle est formée par l'accumulation de particules fines déposées par le vent et issues de l'érosion des régions désertiques périglaciaires, en l'occurrence de la Manche occidentale qui était alors à sec.

Ces légers réchauffements sont d'autant plus remarquables qu'ils sont intervenus au Saalien Supérieur, nom donné en Europe à l'avant-dernière glaciation Quaternaire qui a duré de -190 000 à -130 000 ans.



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Fig1. Localisation des quatre sites étudiés où des sections datées du Saalien Supérieur ont été reconnues à l'ouest de l'Europe. Les sites sont figurés sur une carte montrant le moment de la régression saalienne maximale.
LCSB : La Cotte de Saint Brelade (Jersey)
MD 03-2692 : Forage effectué en la mer Celtique
N : Nantois
Va : Villiers-Adam.
Flèches noires : direction des vents catabatiques issus de la calotte glaciaire britannique.
Figuré vertical : calotte glaciaire britannique.



Des améliorations climatiques ont également été observées, à la même époque, dans des dépôts marins de la mer Celtique. L’étude des variations contemporaines du niveau de la mer montre que les épisodes de "réchauffement" n'étaient pas seulement régionaux mais correspondaient à des événements globaux régis par les cycles astronomiques de précession (mouvements liés à l’inclinaison de l'axe de rotation de la Terre) et d'insolation (intensité du rayonnement solaire) qui conditionnaient alors la température à la surface du globe.

Des comparaisons avec des marqueurs biologiques tels que des mollusques marins et continentaux, des végétaux (actuellement trouvés sous forme charbons de bois) ou des rongeurs, préalablement étudiés dans le Bassin de Paris (Villiers-Adam) et sur l'île de Jersey (La Cotte de Saint Brolade), confirment l'existence de ces courts événements climatiques.

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Fig2. Extension de l’avancée de la Manche occidentale lors des différents épisodes de "réchauffement" du Saalien Supérieur.
Les sites archéologiques de Bretagne Nord et de Jersey sont indiqués.
Contours de la mer d'après P. Stephan, IUEM Brest (légèrement modifié).


Des corrélations entre l’âge des traces archéologiques montrant la présence discontinue des néandertaliens en Bretagne et les périodes d’amélioration climatique, suggèrent que ces populations ne devaient migrer vers la Bretagne et l’Europe occidentale que lors de ces courts épisodes de climat plus clément.



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Fig3. Corrélations entre les "épisodes de réchauffement" du Saalien supérieur et les périodes d’habitats néandertaliens.
Colonne de gauche : âges des différents sites néandertaliens datés en Bretagne lors du Saalien supérieur superposés aux quatre épisodes de "réchauffement" identifiés à terre et en mer.
Colonnes de droites : calculs d’erreurs.


Référence
J.P. Lefort, G.A. Danukalova, F. Eynaud, J.L. Monnier, Onshore and offshore evidences for four abrupt “warming” episodes during MIS 6  at the westernmost tip of continental Europe: did they control the migrations of Neanderthals?, Quaternary International, 2019, https://doi.org/10.1016/j.quaint.2019.02.024.


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Pour une révolution dans la mer. De la surpêche à la résilience



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Didier Gascuel est professeur à Agrocampus Ouest, directeur du Pôle halieutique, responsable du Master Sciences halieutiques et aquacoles.

Didier Gascuel est professeur à Agrocampus Ouest, directeur du Pôle halieutique, responsable du Master Sciences halieutiques et aquacoles. Il est chercheur à l'UMR INRA "Ecologie et Santé des Ecosystèmes" (ESE) associé à l'OSUR. Il publie ne avril 2019 chez Actes Sud un livre grand public de vulgarisation scientifique, en même temps qu'un essai politique. Il y est évidemment question de pêche, de gestion des pêches ou d'impacts écologiques, mais aussi de développement durable, de socio-économie, de gouvernance, de citoyenneté  ou d'éthique. Il y est question de diagnostic, mais aussi de propositions, avec l'idée que le secteur des pêches cristallise quelques une des grandes questions qui traversent aujourd'hui nos sociétés, dans le contexte du changement global (l’alliance Homme/Nature, le partage des richesse, le local versus global...).

En mer, sans doute plus tôt et plus fort qu’ailleurs, l’homme a percuté les limites de la biosphère. Au cours du xxe siècle, avec la généralisation de la surpêche, nous avons vidé la mer d’une partie de ses poissons et perturbé le fonctionnement des écosystèmes en profondeur. Mais les premières victimes sont les hommes eux-mêmes. La crise écologique, ce sont des ports qui se vident et des communautés humaines laissées à l’abandon.

Cette histoire rarement évoquée nous concerne tous, pêcheurs, consommateurs et citoyens. Elle pose des questions nouvelles : peut-on exploiter une ressource naturelle de manière vraiment durable ? Sommes-nous capables de mettre des bornes à notre propre capacité d’autodestruction ? Que faudrait-il changer radicalement pour enfin assurer un avenir durable à l’exploitation des ressources vivantes de l’Océan ?

À ces questions, Didier Gascuel apporte un nouvel éclairage. Il propose un diagnostic de la surexploitation des mers et des principes nouveaux pour mettre sur pied la “pêchécologie”, qui réconcilierait l’exploitation et la conservation, les hommes et leur territoire, le local et le global.

La pêche maritime est un test de notre capacité à muter vers le durable et la résilience. C’est un morceau, petit mais significatif, de la grande histoire des hommes confrontés à leur propre crise écologique. Une révolution dans la mer est possible, pour qu’avec les poissons, les écosystèmes et la diversité du vivant, l’aventure humaine continue.


>>> Pour en savoir plus >>>

>>> Présentation de l'ouvrage chez Actes Sud >>>


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Didier Gascuel (ESE) / @


Hoedic, une île atlantique à la veille de la Conquête romaine.10 ans d’étude pluridisciplinaire


 AHLeGall    01/04/2019 : 12:59

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Ouvrage publié sous la direction de Marie-Yvane Daire et Anna Baudry (CReAAH).

Ouvrage publié sous la direction de Marie-Yvane Daire et Anna Baudry (CReAAH).

Ancrée au large de la côte atlantique bretonne, à quelques brasses de Belle-Île-en-Mer et de Houat, l'île d'Hoedic a connu plusieurs périodes de fréquentation humaine, au cours de la Préhistoire, de la Protohistoire et des périodes historiques. Cet ouvrage est consacré aux riches occupations de la fin de l'âge du Fer qui ont marqué Hoedic et ses îles soeurs du Mor Braz.

Les recherches archéologiques, conduites sous la direction de Marie-Yvane Daire sur les sites de Port-Blanc et de Sterflant entre 2004 à 2015, ont généré des études multidisciplinaires des structures et mobiliers archéologiques, des assemblages archéozoologiques et de l'environnement du site. Elles offrent une vision inédite de l'économie de subsistance des populations insulaires et de la place des îles dans le contexte atlantique à la veille de la conquête romaine...



Ouvrage publié sous la direction de Marie-Yvane Daire et Anna Baudry, préface de Jean-Marc Large, avec les contributions de :

Mathis Arthur, Salvador Bailon, Anna Baudry, Charlotte Choisy-Guillou, Marie-Yvane Daire, Klet Donnart, Yvon Dréano, Catherine Dupont, Benjamin Gehres, Yves Gruet, Mikael Guiavarc'h, Fany Jude, Loïc Langouët, Solenn Le Forestier, Nancy Marcoux, Laurent Quesnel.

et la collaboration de : Jean-Christophe Le Bannier, Klervi Le Nagard, Caroline Mougne, Pau Olmos, François Pustoc'h, Guirec Querré, Delphine Rambaud et Anne Tresset.

Ouvrage de 296 p., couleur, co-édité par le CeRAA et l’AMARAI

Diffusion : CeRAA, Centre Régional d’Archéologie d’Alet. BP 60. 35413 - Saint-Malo cedex

http://ceraaalet.free.fr/contact.htm



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L'(épi)génome : la face cachée pour le succès des espèces invasives ! Ecrevisse, frelon, jussie, même combat !



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ARTICLE DANS FUNCTIONAL ECOLOGY

Dans un article publié dans Functional Ecology en février 2019, Julien Genitoni (INRA ESE) et ses collègues font un état de l’art des études du lien entre épigénétique, éléments transposables et plasticité phénotypique chez les espèces invasives et le rôle de ces mécanismes dans l’adaptation et la réussite des invasions.


Les changements globaux d’origine anthropique affectent de manière importante les écosystèmes. La vitesse de ces altérations engendre une réduction de la biodiversité, un grand nombre d’espèces n’ayant pas le temps de s’adapter à leur nouvel environnement. Les activités humaines offrent de nouvelles opportunités de dispersion pour les espèces exotiques envahissantes, ou plus communément appelées par son anglicisme « invasive ». Ce sont des espèces animales ou végétales qui, transportées dans un nouvel environnement, vont s’y développer, s’étendre plus que de raison et in fine causer des problèmes économiques et écologiques. L’exemple le plus connu est celui du frelon asiatique bien plus agressif que son cousin européen. Le préjudice financier représente plusieurs milliards par an uniquement aux États-Unis et ces invasions représentent la troisième menace qui pèse sur la biodiversité derrière le changement climatique et la destruction des habitats. L’étude de ces espèces invasives est donc devenue primordiale pour réussir à limiter leurs impacts.


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Illustration 1 : Trois espèces invasives, en France, l’écrevisse de Louisiane, le frelon asiatique et la jussie grande fleur



On peut également voir les invasions biologiques comme des expériences naturelles permettant de mieux comprendre les mécanismes d’adaptation des espèces. Ainsi, le chercheur utilise ces espèces invasives comme modèles pour comprendre des phénomènes complexes et difficilement observables au laboratoire.

Comment une espèce, qui n’est pas adaptée localement, peut réussir à s’installer et remplacer les espèces autochtones ? Les scientifiques ont longtemps vu le succès des invasions biologiques comme un paradoxe. L’effet de goulot d’étranglement subi par la population introduite, goulot d’étranglement qui correspond à un faible nombre d’individus arrivant dans un nouvel environnement, devrait engendrer une réduction de son potentiel adaptatif. De nombreux chercheurs se sont penchés sur ce paradoxe, aujourd’hui résolus, et ont proposé de multiples hypothèses pour l’expliquer. Par exemple, Davidson et al. (2011) expliquent que ces espèces possèdent une plasticité phénotypique plus importante que les espèces dites natives. Cette dernière est définie comme le fait qu’un génome puisse donner plusieurs phénotypes correspondant à différents environnements.


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Illustration 2 : Le processus d’invasions comprend une étape d’introduction puis d’établissement et d’expansion et durant toute la durée de l’invasion des facteurs déterminants influencent sa réussite



Parmi les hypothèses plus récentes, on retrouve les mécanismes épigénétiques (Rey et al., 2016). Terme né/utilisé en 1942 par Conrad Waddington, l’épigénétique concerne les modifications moléculaires de l’expression du génome, sans changement de la séquence d’ADN, qui peuvent être héritables. Cette définition prend en compte plusieurs niveaux de modification nommée marques épigénétiques : la méthylation de l’ADN appelé “méthylome”, l’acétylation des histones et les ARN non codants. (Duncan et al. 2014).

Pourquoi s’intéresser à l’épigénétique chez les espèces invasives ? Parce que ces marques épigénétiques, comme la méthylation, sont sensibles à l’environnement. On peut citer l’exemple de la vernalisation, derrière ce phénomène qui décrit le processus qui promeut la floraison après une période de froid, se cache des mécanismes épigénétiques. Ces derniers interviennent dans de multiples processus liés de près ou de loin, au développement des organismes, à la mémoire et à la réponse aux stress biotiques ou abiotique mais aussi à l’expression de la plasticité phénotypique (Meyer, 2015, Crisp et al. 2016). La question de l’héritabilité de ces marques épigénétiques est centrale pour déterminer si ces mécanismes interviennent dans l'adaptation. De plus en plus de preuves s’accumulent et montrent que les marques épigénétiques peuvent être transmises à travers les générations. Et, si la capacité des modifications épigénétiques à se transmettre à la descendance est importante pour jouer un rôle dans l’adaptation, leur caractère réversible permet un ajustement aux conditions environnementales. En outre, ces mécanismes régulent les éléments transposables qui, découverts en 1950 par Mc Clintock, sont des petites séquences ADN nombreuses et capables de se déplacer (de « transposer ») dans le génome. Conjointement, ces processus pourraient participer à l’adaptation des organismes à de nouvelles contraintes. C’est l’objet de l’article de Marin/Genitoni et al., 2019 publié dans Functional Ecology et intitulé « Biological invasion: The influence of the hidden side of the (epi) genome ».

Les chercheurs font l’état des lieux des connaissances liant l’épigénétique, les éléments transposables et la plasticité phénotypique chez les invasions biologiques. Dans le sillage de Rey et al (2016), l’hypothèse d’un rôle primordial des éléments transposables et des mécanismes épigénétiques dans le succès des invasions biologiques est posée. Ces processus sont encore trop peu étudiés chez les espèces invasives. En effet, les espèces invasives, contrairement à Arabidopsis thaliana, ne sont pas des espèces modèles. Ainsi, on dispose de peu de données et de ressources les concernant. Cet état de fait complique l’étude approfondi des mécanismes génétiques et épigénétiques. S’ajoute à cela, la difficulté de séparer la composante génétique de la composante épigénétique dans des systèmes naturels, c’est pourquoi les chercheurs travaillent sur des populations dont la diversité génétique est presque nulle (population clonale et epiRILs, qui sont des lignées génétiquement identiques, mais qui différent au niveau épigénétique). Néanmoins, l’apport des nouvelles technologies de séquençage haut débit et d’outils bio-informatique venant des espèces modèles peuvent permettre de connaitre le génome et l’épigénome à moindre coût et donc de surmonter ces difficultés.



Référence
Marin, P, Genitoni, J, Barloy, D, et al. Biological invasion: The influence of the hidden side of the (epi)genome. Funct Ecol. 2019; 00: 116. https://doi.org/10.1111/1365-2435.13317



Références complémentaires
- Crisp PA, Ganguly D, Eichten SR, et al (2016) Reconsidering plant memory: Intersections between stress recovery, RNA turnover, and epigenetics. Science Advances 2:e1501340–e1501340. doi: 10.1126/sciadv.1501340
- Davidson, A. M., Jennions, M., & Nicotra, A. B. (2011). Do invasive species show higher phenotypic plasticity than native species and, if so, is it adaptive? A meta-analysis: Invasive species have higher phenotypic plasticity. Ecology Letters, 14(4), 419–431. doi:10.1111/j.1461-0248.2011.01596.x
- Duncan, E. J., Gluckman, P. D., & Dearden, P. K. (2014). Epigenetics, plasticity, and evolution: How do we link epigenetic change to phenotype?: EPIGENETICS, PLASTICITY, AND EVOLUTION. Journal of Experimental Zoology Part B: Molecular and Developmental Evolution, 322(4), 208–220. doi:10.1002/jez.b.22571
- Meyer, P. (2015). Epigenetic variation and environmental change: Fig. 1. Journal of Experimental Botany, 66(12), 3541–3548. doi:10.1093/jxb/eru502
- Rey O, Danchin E, Mirouze M, et al (2016) Adaptation to Global Change: A Transposable Element–Epigenetics Perspective. Trends in Ecology & Evolution 31:514–526. doi: 10.1016/j.tree.2016.03.013




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Julien Genitoni (INRA ESE, Agrocampus Ouest) / @


Distinctions pour services rendus à l'enseignement : Erwan Hallot reçoit les Palmes académiques


 AHLeGall    29/03/2019 : 07:24

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Neuf personnels de l'Université de Rennes 1 ont été décorés, jeudi 28 mars 2019, des insignes des palmes académiques.

Neuf personnels de l'Université de Rennes 1 ont été décorés, jeudi 28 mars 2019, des insignes des palmes académiques. Lors de la cérémonie, David Alis, président de l'Université de Rennes 1, a présenté la carrière de chacun des récipiendaires. Guy Cathelineau, commandeur des palmes académiques, leur a ensuite remis l'insigne correspondant à leur grade.


Erwan Hallot fait partie des récipiendaires : enseignant-chercheur à Géosciences Rennes, directeur-adjoint de l'OSUR en charge de l'enseignement de 2012 à 2017, Erwan est désormais vice-président de la commission formation et vie universitaire du conseil académique de l'université de Rennes 1.


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Rivières2070 : lauréat de l’appel à projet 80|Prime dans le cadre des 80 ans du CNRS


 AHLeGall    25/03/2019 : 13:46

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Une nouvelle approche des rivières : prospective à 50 ans au croisement des dynamiques naturelles et anthropiques

Dans le cadre des 80 ans du CNRS, la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) vient d’annoncer en mars 2019 les 80 lauréats de l’appel à projet 80|Prime destiné à soutenir et renforcer l’interdisciplinarité entre instituts du CNRS. Le projet porté par Laurent Longuevergne (chercheur à Géosciences Rennes, INSU) et Véronique Van Tilbeurgh (ESO Rennes, INSHS, professeure à l’université de Rennes 2) a été retenu.


Rivières 2070 propose une nouvelle vision des rivières par une approche intégrée de leurs dynamiques naturelles et anthropiques, considérant le lien indissociable entre l’évolution de nos rivières et la question des ressources en eau, notamment dans la perspective des changements climatiques à venir. Il est ainsi nécessaire de repenser les systèmes de gestion de la ressource en eau et de co-construire avec les différents acteurs des outils d’adaptation partagés. Rivière2070 a donc pour ambition de développer des expériences numériques pour représenter virtuellement les futurs probables des paysages usuels (notamment rivière et ripisylve) tels qu’ils sont décrits dans des simulations de transfert d’eau.

Les objectifs sont doubles :
(1) définir si les politiques et outils de gestion de la ressource en eau restent pérennes avec la variabilité climatique et les attentes des populations ;
(2) scénariser les changements pour que les acteurs (scientifiques, politiques, gestionnaires de l’eau au sens large, citoyens) puissent partager leurs connaissances, se projeter et réagir dans la perspective de prise de décisions. Il s’agit donc ainsi de poser les premières briques de la réalité virtuelle comme outils de la gouvernance environnementale, voire « d’intelligence environnementale » collective.



Un projet expérimental qui couple virtuel et réalité, données qualitatives et quantitatives, facteurs physiques et sociaux

L’enjeu du projet Rivières2070 réside dans le couplage des formes de modélisation issues de plusieurs disciplines, allant des sciences physiques et naturelles aux sciences sociales. Les connaissances scientifiques mobilisées dans ces expériences numériques de scénarisation s’appuient sur notre compréhension des contrôles climatiques, écologiques et socio-économiques, qu'il faut ensuite intégrer dans des modèles numériques représentant les divers chemins de l'eau connectant versant, aquifère et rivière. Il s’agit notamment de créer une base de connaissance virtuelle des ouvrages et de tester leurs sensibilités aux pressions climatiques et la résilience qu’ils offrent. Ces scénarisations scientifiques ambitionnent d’intégrer et donc de s’enrichir par les connaissances des autres parties-prenantes afin d’enraciner les simulations prédictives dans les expériences sensibles et inductives des milieux et dans les territoires.

Si ces approches de modélisation intégrant l’ensemble des aspects de la gouvernance se développent à l’échelle globale (on pense notamment aux travaux du GIEC), l’originalité de ce projet s’appuie sur l’ancrage au plus près des sociétés locales, de leurs intérêts, de leurs relations aux milieux et sur la représentation de l’avenir des paysages usuels tels qu’ils seront décrits dans les simulations numériques (notamment rivière et ripisylve). Ainsi, les simulations réalisées seront « fondues » dans des données 3D de haute résolution spatiale qui permettent de décrire les paysages avec un réalisme inégalé (voir les illustrations ci-dessous).

Ces paysages numériques virtuels évolueront avec les simulations pour représenter l’impact probable des politiques de gestion sous contrainte climatique (évènements extrêmes sur les débits, éventuellement de stress hydrique sur la végétation etc.). Pour ce faire, les scientifiques s’appuieront sur le lidar topo-bathymétrique Nantes-Rennes, outil spécialisé dans la numérisation de tous les éléments constitutifs des corridors fluviaux (sol, bathymétrie végétation, connectivité hydraulique, infrastructures…). Ces nouveaux outils de scénarisation des avenirs probables permettront de réduire l’incertitude de la décision (politique, de gestion) tout en conservant, en partie, la complexité des enjeux qu’elle soulève. Pour cela, une attention particulière sera portée à la prise en compte des éventuelles tensions que les décisions créeront en termes de conflits d’usage et de choix politiques.

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Figure 1 : représentation d’un milieu naturel par traitement d’une image lidar-bathymétrique haute résolution spatiale. Les outils de classification par apprentissage automatique permettent d’identifier et singulariser les principaux éléments d’un paysage (rivière, sol, végétation, lignes électriques, …), et de représenter la bathymétrie de la rivière (nuances de bleu). Une texturation de ces modèles permettrait de leur donner un aspect plus réaliste, devenir un support dans les entretiens et un outil de pédagogie sur l’impact du changement climatique. Il est également possible de faire apparaitre l’invisible (aquifère), de faire évoluer le paysage et représenter les conséquences d’évènements particuliers (inondation, débit d’étiage faible, impact du stress hydrique etc.)



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Figure 2 : Image non classifiée (pont de l’Ain), mais illustrant le réalisme des données numériques à haute résolution spatiale sur les infrastructures humaines.



Le contexte breton est un laboratoire intéressant à plusieurs titres

D’une part, le contexte géologique cristallin hétérogène (du massif armoricain) ne favorise ni l’accès à la ressource, ni le stockage d’eau sur de longues périodes, ce qui implique
(1) un système d’alimentation qui s’appuie essentiellement sur des prélèvements dans les eaux de surface, qui deviendront risqués, et l’ambition de développer des sources d’approvisionnement alternatives, telles que les ressources souterraines
(2) des arrêtés réguliers pour inondation et sécheresse (hivernales et estivales).

D’autre part, la Bretagne est une région dynamique qui voit sa population augmenter plus rapidement qu’à l’échelle nationale avec un attrait particulier pour les zones côtières. Ainsi, la pression anthropique peut devenir équivalente aux débits minimums réservés pour les écosystèmes. La Bretagne est en outre une région ou les problèmes de gestion de l’eau se posent avec beaucoup d’acuité, depuis les années 1990 en particulier, en raison en partie de la prégnance du débat sur la dégradation de la qualité de l’eau de surface, donnant lieu à de nombreux conflits dans l’espace public et engageant des visions de l’avenir très différentes. Enfin, depuis 2018 la Région Bretagne est la première, en France, à se voir confier, par décret ministériel, le rôle d’animation et coordination en matière de politiques de l'eau.

Dans cette optique, les scientifiques de l’OSUR peuvent s’appuyer sur l’ancrage local fort de la ZA Armorique et de l’observatoire de Ploemeur pour définir les transitions socio-écologiques. Le modèle, quant à lui, sera mis en oeuvre prioritairement sur les observatoires gérés par l’OSUR, la Zone Atelier, mais également sur le SAGE du Scorff, où des tensions se cristallisent autour du projet de mise en pompage sur le site de Guidel (associé à l’observatoire de Ploemeur), situé à 2 km de la mer en amont d’une zone Natura2000, qui aura certainement un impact localement important.


Implication des équipes et la contribution des participants : un projet fédérateur pour l’OSUR et ses partenaires

Rivières2070 est porté par des chercheurs reconnus en sciences de l'environnement et en sciences humaines et sociales en partenariat avec des jeunes chercheurs (Mélanie Congretel de ESO Rennes et Joris Heyman de Géosciences Rennes). Il s'appuie sur les compétences et ressources de l'OSUR et de ses partenaires sur les questions de paysage, de la modélisation des écoulements (Laurent Longuevergne et Olivier Bour de Géosciences Rennes), l’imagerie lidar topo-bathymétrique (Dimitri Lague de Géosciences Rennes) et l’imagerie par drone (Thomas Houet du LETG-Rennes), de géomorphologie et de processus en rivière (Simon Dufour du LETG-Rennes, Alain Crave et Joris Heyman de Géosciences Rennes), les relations entre quantité d’eau et écologie (Christophe Piscart d’ECOBIO). Il utilisera et contribuera aux observatoires et zones ateliers portés par l'observatoire (ZA Armorique et l’observatoire de Ploemeur (SNO H+). La Plateforme de modélisation hydrogéologique nationale AquiFR, pour lequel l’OSUR est partenaire sera sollicitée pour les simulations des climats actuels et futurs.

Partenaire de l’OSUR, l’UMR ESO est mobilisée à travers ses chercheurs, géographes et sociologues, qui possèdent une pratique de recherche concernant, soit directement la gestion des ressources en eau, soit l’analyse de l’hybridation et de la traduction des savoirs (Véronique van Tilbeurgh et Mélanie Congretel).

Le projet s’appuie également sur l’ancrage local et la qualité des observations long-termes et thématiques disponibles sur les observatoires et différents projets d’envergure sur le terrain qui font intervenir scientifiques et acteurs (e.g. BERCEAU, avec le transfert de compétence pour le suivi de restauration des cours d’eau). Le CRESEB, Centre de ressources et d'expertise scientifique sur l'eau de Bretagne, structure régionale qui favorise les interactions entre les acteurs de l’eau (dont les scientifiques), est également impliqué dans le projet. Les capacités de modélisation des systèmes naturels développées depuis plusieurs années à Rennes auront une place centrale. Citons par exemple Floodos ou les approches couplées surface-profond (avec les thèses de Jean Marçais et Luca Guillaumot).



Tour du CNRS en 80 jours


A noter que dans le cadre de l'appel à projet de Tour de France des 80 ans du CNRS, deux projets portés par les unités ont été financés :
- à Géosciences Rennes : "La circulation de l’eau souterraine : rendre visible l’invisible"
Réalisation d'une vidéo de 3 mn montrant l'état de l'art de la recherche scientifique en matière d'observation et d'imagerie du sous-sol, et plus particulièrement de la ressource en eau. Il s'agit de « rendre visible l'invisible », de présenter plus globalement la problématique du cycle de l'eau, de la vulnérabilité de la ressource, au regard notamment des changements globaux, en centrant plus particulièrement sur les particularités de la Bretagne.
Correspondants : Camille Bouchez et Alain-Hervé Le Gall
- à ECOBIO : "Pourquoi l'homme a-t-il besoin de la biodiversité ?"
Manifestation déclinée sous forme de plusieurs évènements :
* Mardi de l’Espace des Sciences, avec une conférence grand public avec Joan van Baaren
* Café des Sciences, bar des sciences, 2 rencontres prévues : avec Philippe Vandenkoornhuyse sur "La biodiversité cryptique et l’holobionte" et David Renault sur "La biodiversité en réponse aux changements climatiques et aux invasions biologiques en région polaire"
* Journée Ecologie urbaine, journée portes ouvertes organisée en collaboration avec la ville de Rennes à l'occasion de l'inauguration des Prairies Saint Martin
Correspondante : Myriam Bormans



Pour en savoir plus
>>> Depuis 80 ans, nos connaissances bâtissent de nouveaux mondes : le tour du CNRS en 80 jours >>>



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Les parures au début de la préhistoire : étude comparative de parures personnelles et d’objets d'ornementation issus de deux sites funéraires de chasseurs-cueilleurs



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ARTICLE DANS PALEOANTHROPOLOGY JOURNAL

La revue PaleoAnthropology journal publie en mars 2019 un numéro spécial consacré aux parures associées au corps de la préhistoire ancienne. Luc Laporte et Catherine Dupont, auxquels il faut ajouter Laurent Quesnel qui a réalisé la DAO des squelettes et des parures, consacrent un article à l’étude comparative de parures personnelles et d’objets d'ornementation issus de deux sites funéraires de chasseurs-cueilleurs, l'un en France à La Vergne (Charente-Maritime) et l'autre en Argentine (Arroyo Seco II). Il traite notamment de la nature de ces objets associés, des matières premières et du degré de modification des coquilles utilisées.



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Figure 1. Carte de localisation des deux études de cas : A) Arroyo Seco II, Argentine (photo L. Laporte), B) La Vergne, France (photo H. Duday/P. Courtaud)



Cet article présente deux études de cas de secteurs géographiques et ambiances culturelles, puisqu’ils se trouvent sur les deux côtés de l'océan Atlantique : le premier site est celui du cimetière d'Arroyo Seco II, dans la pampa en Argentine (7800 à 6300 BP et 4800 à 4300 BP), et le second se trouve dans l'ouest de la France, à La Vergne (Charente-Maritime), daté du Mésolithique ancien (9280 à 9000 BP). Ces deux cimetières, dont les vestiges sont exceptionnellement bien conservés, appartiennent à des populations de chasseurs-cueilleurs dont les coquillages sont une composante majeure. De tels lieux de sépulture, en particulier les tombes en pleine terre, permettent de discuter du statut des objets de parure et d'ornementation en lien avec les défunts, mais également de leur emplacement dans la tombe. Certains d'entre eux contiennent des parures corporelles en abondance, tandis que d'autres semblent correspondre au dépôt d'objets en matière périssable richement ornés. Chacun d'entre eux contribue à la mise en scène des funérailles. La comparaison d'exemples aussi éloignés oblige à aller au-delà des contingences strictement locales et permet de mieux souligner les similitudes. C'est aussi l'occasion de mettre en lumière différents types d'actions humaines sur la matière, parmi lesquelles nous opposerons une appropriation d'entités naturelles au façonnage de matière première. En ce qui concerne les ornements personnels préhistoriques, ce débat rappelle la distinction antérieure entre les coquilles et les coquillages. Dans ce schéma comparatif, un nouvel exemple - l'ensemble funéraire néolithique de Germignac en Charente-Maritime (6090 avant notre ère) où les coquillages sont aussi un élément majeur de parure – permet de mettre en évidence comment les premiers agriculteurs, au moins dans ce cas, ont effacé l'identité originelle (et donc l’origine naturelle) de certains éléments.



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Figure 2. Arroyo Seco II, Argentine : Les parures corporelles de ces deux individus de la même classe d'âge (respectivement des Secteurs A et B) ont plus ou moins le même emplacement. Néanmoins, les objets sont le résultat dans un cas d'une appropriation des espèces naturelles ; dans l’autre, d'une transformation de la matière première (photographies de L. Laporte, DAO de L. Quesnel).




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Figure 3. Parure des derniers chasseurs et des premiers agriculteurs de l'Ouest de la France. Les premiers éléments en haut utilisent la forme originelle des coquilles, les seconds en bas modifient totalement la forme d’origine du mollusque (après Bonnardin 2009 ; Dupont et al. 2014 ; Gaillard et al. 1984 ; Verjux et al. 1998).




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Figure 4. Mégalithes dans l'ouest de la France : l'utilisation de grosses pierres "brutes", qui rappellent souvent la forme des affleurements, pourrait être considérée comme une forme d'appropriation des entités naturelles. Ces blocs sont intégrés dans un monument construit principalement en pierres sèches, qui les transforme en matière première.



Référence
Luc Laporte and Catherine Dupont (2019) "Special Issue: Early Personal Ornaments --- Personal Adornments and Objects of Ornamentation: Two Case Studies From Hunter-Gatherer Burials in France (La Vergne) and Argentine (Arroyo Seco II)" PaleoAnthropology 2019:156-176
L'intégralité des articles de ce numéro du PaleoAnthropology journal est accessible ici




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Science citoyenne et stations biologiques de terrain : la station biologique de Paimpont a une ambition internationale !



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Projet BFS3 : vers une opportunité pour les citoyens de participer à la recherche sur les changements globaux pour la société

Dans le cadre d’un appel à projet européen H2020-SwafS sur les sciences citoyennes, des chercheurs d'ECOBIO (Daniel Cluzeau et Annegret Nicolai) associés à la Station Biologique de Paimpont ont décidé de candidater avec un projet intitulé "Biological Field Station Science for Society (Acronyme : BFS3). Cette candidature se compose de plusieurs pays européens et internationaux. Afin de co-rédiger de façon optimale cet appel à projet, un workshop de 2 jours a eu lieu à la Station Biologique de Paimpont les 6 et 7 février 2019. Ces deux jours d’ateliers ont été riches en idées et en discussions et ont permis de définir la structure et les différents “work-packages” nécessaires à la réussite d’un tel projet d’envergure.

Ce workshop a été possible grâce à un financement “Boost” de la Région Bretagne. Ce financement permet de préparer dans les meilleures conditions une candidature H2020. Enfin, cette candidature H2020 est montée en étroite collaboration avec Claire Bajou ingénieure projet de la plateforme 2PE - Plateforme projet Européens. La candidature est déposée le 2 avril.

BFS3 Peoples

de gauche à droite :
Hugues Sansregret (biologiste et directeur de la Forêt Montmorency), Xim Cerda (chercheur en écologie et directeur de la Station de Donana), Alexandra Langlais (chercheuse en droit de l'environnement à l'IODE - CNRS UR1), Caroline Cieslik (photographe et enseignante à Ecole Européenne Supérieure d'Art de Bretagne - Rennes), Freerk Molleman (chercheur en écologie Adam Mickiewicz University), Romain Julliard (chercheur en écologie au MNHN), Annegret Nicolai (chercheuse en socio-ecosystèmes, Agrocampus Ouest / ECOBIO UR1), Olivier Norvez (médiateur scientifique à la Station Biologique de Paimpont), Mariusz Pelechaty (chercheur en écologie et directeur de la Station de Jeziory), Claire Bajou (ingénieure projet pour la Plateforme 2PE)




Résumé scientifique du projet

Face aux changements globaux, l'accès à la science est indispensable pour les décideurs politiques, mais également pour le grand public afin de s'assurer de son appui. En faisant participer les citoyens à la recherche sur le changement planétaire grâce à la science participative, le grand public et les acteurs territoriaux acquièrent une connaissance plus approfondie de la science.

Les Stations Biologiques de Terrain (BFS - Biological Field Station) jouent un rôle important en veillant à ce que la science citoyenne soit solide et efficace, à ce que le citoyen puisse prendre part aux décisions en sciences et à ce que les résultats soient traduits en politique.

L’objectif du projet BFS3 est de développer et d’expérimenter un cadre de travail pour un réseau de BFS en Europe pour mettre en œuvre une science participative efficace (de la conception aux résultats en passant par l’analyse de la méthodologie) ayant des impacts sur la science, le citoyen et la société. Pour atteindre cet objectif, le consortium est piloté par la Station Biologique de Paimpont - Université de Rennes 1, qui développe depuis plusieurs années une expertise en médiation scientifique et en pilotage de projets faisant appels aux sciences participatives (BioBlitz, Observatoire Participatif des Vers de Terre, projet communal d’inventaire de biodiversité sur la Communauté de communes de Brocéliande, etc.).

Ce consortium de recherche se compose de :
● 4 Station de terrain en Europe (Station Biologique de Paimpont en France, Station de Jeziory en Pologne, Station de Doñana en Espagne, et la Station de l'Université d'Hasselt en Belgique
● 1 Station de terrain en Amérique du Nord (la Forêt Montmorency, Canada)
● de chercheurs de plusieurs laboratoires (CNRS, Muséum National d’Histoire Naturelle - Vigie nature, Université de Goettingen, Université de Rennes 1 et Rennes 2, Université A&M du Texas, Université d'Etat du Colorado, Université Laval, Université de Grenada, Système mondial d'information sur la Biodiversité - GBIF)
● et d’acteurs territoriaux dans chaque pays (parcs nationaux, collectivités, associations)



Focus sur 4 stations emblématiques du réseau international

BFS3 Montmorency
Au Canada (Québec) : la Forêt Montmorency, c'est l'Université Laval en pleine nature ! Couvrant une superficie de 412 km2, elle est la plus grande forêt d'enseignement et de recherche au monde. C'est plus de 50 ans de recherche et d'expérience pour continuellement améliorer les pratiques d'aménagement durable de la forêt. Le grand public peut aussi y pratiquer des activités de plein air et dormir dans le pavillon principal ou les chalets situés au cœur de la forêt.


BFS3 Jeziory
En Pologne : dans la station Jeziory, un certain nombre de travaux sont basés dans le parc national de Wielkopolski, principalement dans le bassin versant du lac Górecki. Des travaux de recherche dans le domaine des sciences biologiques, chimiques, géographiques et géologiques portent entre autres sur le changement de l’écosystème aquatique. Les activités éducatives concernent les étudiants mais aussi les écoles secondaires dans le cadre du programme européen POWER.


BFS3 Donana
En Espagne : la station biologique de Doñana fait partie du réseau des LTER en Europe. La mission fondamentale est de mener des recherches multidisciplinaires du plus haut niveau afin de comprendre, d’un point de vue évolutif, la manière dont la biodiversité est générée, maintenue et détériorée, ainsi que les conséquences de sa disparition et les possibilités de sa conservation. Le transfert de ce savoir vers la société est également au centre des activités de cette station dans la Reserve de Doñana.



BFS3 Hasselt
En Belgique, la Station de terrain de l'Université d'Hasselt est un centre de recherche situé dans le parc national Hoge Kempen afin d’effectuer des recherches sur les problèmes liés au changement climatique et à la biodiversité. Les principaux objectifs du centre de recherche sur le terrain sont les suivants :
- permettre à la recherche internationale de bénéficier et d'accroître la connaissance sur la biodiversité, qu'elle soit directement liée à la biologie, à la géographie, au droit de l'environnement, à la géologie, à l'écologie du paysage ou à la gestion de l'environnement,…
- permettre et faciliter l'échange d'expertise et d'expérience en matière de biodiversité, de conservation et de gestion de la nature
- fournir et proposer des modules pour les excursions et la formation des étudiants dans l'enseignement supérieur dans plusieurs disciplines




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Contact OSUR
Daniel Cluzeau (ECOBIO, directeur de la station biologique de Paimpont) / @
Annegret Nicolai (ECOBIO) / @
Olivier Norvez (Chargé de mission médiation scientifique, Station Biologique de Paimpont - Université de Rennes 1) / @