Shanghai 2020 : la recherche rennaise consolide son positionnement mondial sur la ressource en eau



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Classée entre la 76e et la 100e place, l'Université de Rennes 1 se classe dans le palmarès 2020 du classement thématique Water Resources

Le classement par thématiques de l’Université Jiao Tong de Shanghai a été rendu public début juillet. Le palmarès 2020 confirme la bonne tenue de l’enseignement supérieur en France avec la présence à un haut niveau d’une trentaine d’établissements français.
Le célèvre ARWU (Academic Ranking of World Universities) dit « classement de Shanghai », est certainement le palmarès international le plus médiatisé... et contesté également. Voici donc la publication des classements thématiques qui mesurent, par spécialités académiques, les performances des établissements d’enseignement supérieur dans le monde. Avec la recherche "Ressources en eau" ("Water Resources"), l'Université de Rennes 1 tient une de ses pépites scientifiques !


Le grand gagnant de la catégorie Ressources en eau est l'ETH, l'École polytechnique fédérale de Zurich.

Au sein de l'université de Rennes 1, la recherche sur la ressource en eau est portée par l'OSUR, notamment par les UMRs CNRS Géosciences Rennes et ECOBIO, dans le cadre d'un partenariat scientifique élargi avec l'université Rennes 2 (LETG-Rennes), des UMRs INRAE Bretagne-Normandie et de l'institut Agro (Agrocampus Ouest). 

NB : dans le classement général 2020, tous domaines confondus, l'université de Rennes 1 se classe entre la 501-600 place mondiale (tendanciellement vers la 500e), soit la 18-20 position des universités françaises. Paris-Saclay est la 1ère université française, 14e au classement mondial (3e au niveau européen). Globalement, la France se place au 3e rang mondial (lire la synthèse sur le site de L'Etudiant)

Shanghai Ranking 2020 Rennes UR1


Sur les thématiques portées par l'OSUR, à noter également que Rennes 1 se classe entre la 151-200 place en Sciences de la Terre "Earth sciences" (entre 17-20 au niveau national) ; entre la 201-300 place en écologie "Ecology" (entre 14-19 au niveau national).




Classement de l'université de Rennes 1 (OSUR) dans le domaine Water Resources


L'université de Rennes 1 se classe entre entre la 76e et la 100e place.


Shanghai Ranking 2020 Water Resources

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Evolution du classement rennais sur les 4 dernières années selon les critères d'évaluation

RENNES (évolution sur 4 ans)
2017 2018 2019 2020
PUB > Q1 36,6 39,5 36,9 39,4
CNCI 74,7 89,3 82,6 87,9
IC 87 89,9 91 91,9
TOP 40,7 59,9 55,3 50,4
AWARD NA 0 0 0
  • Q1 : le nombre de publications dans les revues à notoriété élevée
  • CNCI : le facteur d’impact des publications signées par l’établissement
  • IC : le pourcentage de publications cosignées à l’international
  • TOP : le nombre de publications parues dans les meilleurs journaux et conférences scientifiques de chaque domaine
  • AWARD : le nombre total d’enseignants de chaque institution ayant reçu une récompense académique dans sa discipline



Positionnement de Rennes par rapport aux autres universités françaises

Classée entre la 76e et la 100e place, l'Université de Rennes 1 est dans les 5 universités françaises classées dans les 100 premières universités mondiales, au coude à coude avec Montpellier.

2020
RENNES MONTPELLIER GRENOBLE TOULOUSE SORBONNE
Q1 39,4 54,1 58,1 57 53,7
CNCI 87,9 68,2 69,3 76,6 73
IC 91,9 88,2 83,2 89,6 83,1
TOP 50,4 49,6 63,7 45,8 52,5
AWARD 0 0 0 0 36,5

Pour l'année 2020, si on compare Rennes avec Montpellier, Toulouse, Grenoble et Paris Sorbonne (i.e. ces 2 dernières étant les 1ères universités françaises sur le domaine de l'eau classées entre la 51-75e place), on constate que Rennes est en tête sur 2 critères sur 5. La différence de classement se fait donc essentiellement sur le critère Q1 (le nombre de publications dans les revues à notoriété élevée), i.e. un chiffre brut directement corrélé avec le nombre de chercheurs impliqués dans le domaine (également sur le critère AWARD).

Classement rennais suivant les différents critères :

  • Q1 (nombre des publis) : 164e international  et 7e national
  • CNCI (impact des publis) : 15e international et 1er national
  • IC (internationalisation des publis = ratio du nombre de publis avec 2 autres adresses internationales / nombre total de publis de l'institution dans le domaine) : 13e international et 1er national
  • Top (publications dans les revues Top = Water Resources Research et Journal of Hydrology) : 76e international et 3e national

Le classement de Rennes est donc d'autant plus remarquable qu'il s'établit sur un nombre relativement "modeste" de chercheurs et enseignants-chercheurs : autrement dit, les hydrologues/hydrogéologues rennais sont comparativement peu nombreux mais plus performants !





La recherche sur l'eau à Rennes


Sur le domaine de l'eau - sensu lato - l'OSUR assure notamment la responsabilité d'un dispositif labellisé sur le plan national : le service national d’observation H+  . Il a été créé en 2002, avec trois missions principales :

  • la mission première de l’observatoire H est de maintenir et de coordonner un réseau de sites expérimentaux capables de fournir des données pertinentes – y compris des chroniques ou expériences long terme – pour la compréhension du cycle de l’eau et des éléments transportés dans les aquifères.
  • le couplage mesures / théories / modèles est une mission fondamentale de l’observatoire H . La modélisation, à quelque niveau qu’elle soit, est un outil indispensable à la prédiction. L’observatoire a pour vocation de créer un lien pérenne entre les équipes de recherche intéressées par les aspects théoriques, numériques ou expérimentaux des transferts en milieu hétérogène.
  • l’observatoire H a enfin pour mission d’établir un partenariat entre la recherche fondamentale, la formation initiale et continue, et l’expertise : bureaux d’études, régie de l’eau, ... Les sites de H accueillent des étudiants et des professionnels dans le cadre de formations sur l’exploitation de la ressource et la prévention des risques environnementaux.

ORE Hplus

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AgrHyS
est également un des 25 Observatoires de Recherche en Environnement (ORE) labellisés par le Ministère de la Recherche en 2002. Il a pour objectif d’étudier les temps de réponse des flux hydrogéochimiques à l'évolution des agro-hydrosystèmes. On appelle agro-hydrosystèmes, les hydrosystèmes sous influence de l’activité agricole. AgrHyS appartient également au Système d’Observation et d’Expérimentation pour la Recherche en Environnement (SOERE) 'Réseau des Bassins Versants' qui a pour objet l’étude de la zone critique. Le pilotage de l’ORE est assuré par l’UMR Sol, Agro et Hydrosystème Spatialisation de Rennes (INRA-Agrocampus Ouest). L’ORE associe également l’UMR Géosciences de Rennes et l’UMR LETG-Rennes-COSTEL de l'université de Rennes 2. Il est intégré aux dispositifs d’expérimentation de l’OSUR.


AgrHyS 2020b
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Cette excellence sur la recherche en hydrologie et hydrogéologie s'est traduite ces 5 dernières années par l'obtention de financements européens conséquents, de reconnaissances nationales, régionales, locales importantes (liste non-exhaustive) :

  • Maria Klepikova arrive en septembre 2020 en post-doc Marie-Curie à Rennes (MCIF THERM, avec Olivier Bour) : Maria qui a soutenu sa thèse en 2013 à Rennes a été désignée comme "Outstanding Reviewer 2019" par l'AGU

  • Géosciences Rennes est co-lauréat d’un projet européen ITN baptisé "CoPerMix" : Control Prediction & LeaRning in Mixing processes. Le portage du réseau est assuré par le CNRS avec 2 laboratoires localisés à l’université d’Aix-Marseille (Institut de Recherche sur les Phénomènes Hors Equilibre / irphé) et l'Institut Universitaire des Systèmes Thermiques Industriels / IUSTI).  Géosciences Rennes est le 3e partenaire en importance du projet et accueillera deux thèses localisées à l’OSUR, ainsi que plusieurs étudiants en détachement. Tanguy Le Borgne est le référent rennais du projet

  • L'OSUR accueille en 2020 une chaire d'excellence de Rennes Métropole intitulée "Ressource en eau du futur" porté par Clément Roques qui a soutenu sa thèse à Rennes en 2013

  • La Fondation Rennes 1 finance une chaire intitulée "Eaux et territoires" (2019-2021) portée par Luc Aquilina et Jean-Raynald de Dreuzy (Géosciences Rennes, OSUR)

  • Highly Cited Researcher 2019 : Laurent Longuevergne entre dans le who’s who des chercheurs, seul HiCiRe CNRS du site rennais

  • avec le projet "Rivières2070", Véronique van Tilbeurgh (université Rennes 2) et Laurent Longuevergne (Géosciences Rennes) sont lauréats de l’appel à projet 80|Prime dans le cadre des 80 ans du CNRS en 2019

  • Création de "La fractory" en 2018 : le CNRS, l’Université de Rennes 1 et la société d’ingénierie Itasca Consultants ont inauguré leur laboratoire commun en novembre 2018 ; avec la création et l’hébergement de ce LabCom, les différents partenaires public et privé confortent l’expertise rennaise dans le domaine de la recherche sur la ressource en eau

  • une bourse ITN obtenue en 2016 par Philippe Davy (Géosciences) intitulée 'ENIGMA' et qui porte sur l’imagerie de la dynamique des écoulements dans les milieux souterrains

  • une bourse ERC obtenue en 2015 par Tanguy Le Borgne (Géosciences) pour un projet intitulé ‘ReactiveFronts’, catégorie ‘Consolidator grant’
  • une bourse ITN obtenue en 2013 'INTERFACES' sur les interactions eaux souterraines et eaux de surface pilotée pour Rennes par Gilles Pinay (ECOBIO)
  • le projet européen RISE 'HyFreq' pilotée à Rennes par Gilles Pinay sur le développement de méthodes hautes fréquences pour la quantification des ressources en eaux et de leur qualité



Cette excellence de l'OSUR se traduit aussi en terme d'enseignement avec le portage du master Sciences de l'Eau de Rennes.

Master SER Banniere

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Des partenariats internationaux forts entre Rennes et le Québec

L'université de Rennes 1 et l'Institut national de la recherche scientifique (Québec) ont signé ce 26 avril 2017 à Rennes une convention de bi-diplômation entre le master Sciences de l’Eau (UR1) et la maîtrise québécoise en sciences de la Terre (INRS).

L'accord signé par David Alis (président de l'UR1) et Claude Arbour (directeur général par intérim de l'INRS) a pour objet d'établir les modalités de la bi-diplômation entre les parcours "Géoingénierie et Environnement" proposés par les deux établissements. Ce parcours sera proposé à partir de la rentrée 2017 à l'université de Rennes 1 dans le cadre du nouveau master Sciences de l'Eau. Ainsi, les étudiants qui auront réussi l'une des deux formations obtiendront les diplômes émis par chacune des deux institutions. Le principe étant que l'étudiant inscrit dans l'un des deux établissements fasse sa première année dans son institution d'origine, puis la deuxième année dans l'institution partenaire.

A noter que cet accord vient renforcer plus encore des liens de coopération entre le pôle académique rennais et le Québec :

- neuf chercheurs en sciences de l'environnement (universités de Rennes, CNRS et Agrocampus Ouest) et 2 doctorants se sont rendus entre le 3 et le 5 avril 2017 à l'Université de Québec à Montréal (UQAM) pour y rencontrer nos homologues des universités québécoises (UQAM, UQAT, UQAC, INRS) au cours des "Journées Interdisciplinaires en Sciences de l'Environnement" initiées par l'Institut des Sciences de l'Environnement (ISE) de l'UQAM.

- cette rencontre fait suite à des échanges amorcés lors d'un séjour de Catherine Mounier en Bretagne en octobre 2016. La vice-rectrice de l'UQAM avait pu constater que les universités de Rennes et l'UQAM partageaient des intérêts de recherche communs en sciences de l'environnement, certaines collaborations entre chercheurs sont d'ailleurs déjà effectives : plusieurs écoles d’été ont permis à des étudiants de découvrir alternativement d’une année sur l’autre un des pays. En Août 2016, cette école d'été au Québec a même permis de réaliser des expérimentations conjointes entre les laboratoires de recherche

- cette collaboration est issue également de la signature le 16 juin 2016, à l'occasion d'une réunion dédiée aux coopérations CNRS avec le Québec à Montréal, d'une convention de LIA (laboratoire international associé) ayant principalement pour partenaires l'université de Rennes 1, l'Institut National de la Recherche Scientifique (INRS) et le CNRS : LIA France-Québec RESO "REssources et SOciétés".





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Découverte entre Jersey et le Cotentin du seul loess submergé connu à ce jour



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Article dans JOURNAL OF THE GEOLOGICAL SOCIETY

Jean-Pierre Lefort, Jean-Laurent Monnier, David Aoustin et François Pustoc'h (CReAAH) et leurs collègues britanniques et russes publient en juin 2020 dans le Journal of the Geological Society of London un article qui décrit un tremblement de terre situé au large de Jersey à l'origine du probable déclenchement d'une coulée de boue préservant le seul affleurement de loess connu sous les mers.



Le loess est constitué de fines particules transportées par le vent durant les époques glaciaires quand la Manche était à sec. On ne le retrouve jamais sous la mer car, très fragile, il a toujours été déblayé par les transgressions successives pour donner naissance à la tangue. Grâce à un forage effectué entre Jersey et le Cotentin, en vue de l’installation d’un câble sous-marin pour alimenter Jersey en électricité depuis le continent, les chercheurs rennais et leurs collègues ont néanmoins retrouvé du loess. Celui-ci a été protégé par une coulée de boues déclenchée par un tremblement de terre.


JP Lefort Loess Jersey Fig1
Figure 1 : Séismicité historique (1: forage ; 2 : épicentres ; 3 : épicentres mal localisés)




Les tremblements de terre sont fréquents dans cette région à cause de l’effet de “tide loading”. Ce phénomène est lié aux forts marnages qui peuvent ici atteindre une amplitude de 14 mètres, le poids de l’eau déformant la croûte à chaque marée et réactivant d’anciennes failles de socle.

Le loess et son environnement ont été étudiés par un groupe international de scientifiques dirigé par Jean-Pierre Lefort du CReAAH. Cette recherche a aussi donné lieu à une étude bathymétrique détaillée et à une reconstitution paléogéographique de l’évolution de la dernière transgression marine.


JP Lefort Loess Jersey Fig2
Figure 2: Reconstitution de la dernière transgression marine (C: Extension du Gois des Boeufs lors de la transgression à -12m)



Mais que vient faire l'évèque de Coutances dans cette histoire ?

C’est à cette occasion que les chercheurs se sont intéressés à une tradition orale concernant « l’évêque de Coutances ». Au Moyen-Age, l’île de Jersey dépendait de l’évêché de Coutances et les évêques avaient l’habitude d’aller toucher leurs fermages à pied grâce à un gois identique à celui de Noirmoutier, utilisable à marée basse. Il restait toutefois un léger filet d’eau à franchir, c’est la raison pour laquelle les paysans normands déposaient une “planche” pour que l’évêque ne se mouille pas les pieds.

Les mesures actuelles montrent qu’il existe entre la Chaussée des Boeufs et Jersey un goulet profond de 9 mètres à marée basse. Sa largeur est incompatible avec l’installation d’une simple planche ou même d’un petit pont, mais il est très possible que les tremblements de terre étudiés aient provoqué un petit effondrement de terrain, d’autant plus qu’il existe des cavités karstiques submergées dans cette région. Auquel cas la tradition vernaculaire serait exacte...


JP Lefort Loess Jersey Fig3
Figure 3 : Evêque attendant sa planche







Référence
Jean-Pierre Lefort, Paul Chambers, Guzel Danukalova, Jean-Laurent Monnier, Eugenia Osipova, View ORCID ProfileJohn Renouf, View ORCID ProfileDavid Aoustin and François Pustoc'h, Journal of the Geological Society, 26 June 2020, doi.org/10.1144/jgs2020-030



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cycl'OBS #33 de Juillet-Août 2020 est en ligne !


 AHLeGall    01/07/2020 : 10:17

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A la UNE ce mois-ci

Quid des résidus de médicaments vétérinaires dans les eaux bretonnes ?

Le Rapport EXPO-VETO est publié


Une contamination fréquente du milieu aquatique breton par les RMV, les résidus de médicaments vétérinaires : c'est ce que montre une étude, réalisée sur 3 ans, dans le cadre du projet de recherche "Expo-Veto" labellisé par le Plan régional santé environnement de Bretagne. Les concentrations sont significativement moindres dans les eaux traitées. Néanmoins, les recherches doivent être poursuivies pour quantifier les risques sanitaires associés.

Cette étude s’insère également dans le plan antibiotiques et dans le plan national micro-polluants . Elle a été conduite avec le soutien de l’Agence Française de la Biodiversité, de l’Agence Régionale de Santé et de la DREAL de Bretagne, par des scientifiques de l’Ecole des Hautes Etudes de Santé Publique (via sa plateforme LERES), de l’Inserm, du CNRS, de l’Université de Rennes 1, d’Agrocampus Ouest et de l’INRAE. On y retrouve notamment pour l'OSUR : Emilie Jardé (CNRS, Géosciences Rennes) et Anne Jaffrézic (l'institut Agro, Agrocampus Ouest, SAS).



Rapport EXPO VETO 2019 Emilie Jarde



>>> L'infolettre cycl'OBS #33 de Juillet-Août 2020 >>>



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Que peuvent nous dire les poissons sur les effets de l’Homme sur les cours d’eau ?



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Article dans STOTEN ‘Science of the Total Environment’

Olivier Dézerald (ESE, INRAE, LIEC-Univ. de Lorraine), Cédric P. Mondy (Direction régionale OFB), Samuel Dembski (Direction régionale OFB), Karl Kreutzenberger (Direction générale OFB), Yorick Reyjol (OFB-CNRS-MNHN), André Chandesris (Riverly-INRAE), Laurent Valette (Riverly-INRAE), Sébastien Brosse (EDB-Univ. Paul Sabatier), Aurèle Toussaint (Institue of Ecology and Earth Science-Univ. Of Tartu), Jérôme Belliard (HYCAR-INRAE), Marie-Line Merg (HYCAR-INRAE), et Philippe Usseglio-Polatera (LIEC-Univ. de Lorraine) ont publié en Mai 2020 un article dans la revue STOTEN ‘Science of the Total Environment’ visant à identifier la ou les pressions d’origine anthropique (nitrates, pesticides, urbanisation des berges, barrages et seuils, espèces exotiques et envahissantes) qui impactent les communautés de poissons d’eau douce de France métropolitaine.

Mots clefs : outils de diagnostic écologique, bio-indication, communautés piscicoles, pressions anthropogéniques, état écologique, écologie fonctionnelle


 

Face à l’anthropisation croissante des milieux aquatiques, la communauté internationale s’est fixée comme objectif d’évaluer, et de surveiller l’état écologique des eaux de surface et souterraines. En France et plus largement en Europe, la Directive Cadre sur l’Eau viendra appuyer cet objectif en proposant un cadre réglementaire pour le maintien et/ou l’atteinte du ‘bon état écologique’. En ce sens, des indices biologiques (ex : indice poisson rivière ; indice invertébrés multi-métrique) ont été développés pour les cours d’eau afin d’évaluer les sites qui sont sains (bon état écologique) ou significativement dégradés (mauvais état écologique). Cependant, ces indices biologiques ne permettent pas d’identifier les causes (pressions d’origine anthropique) à l’origine de la dégradation des sites en mauvais état, limitant alors les actions de conservation et de restauration des gestionnaires de l’environnement visant à atteindre le bon état écologique. Pour pallier ces lacunes, une collaboration scientifique menée par l’Université de Lorraine, impliquant plusieurs organismes de recherche (INRAE, CNRS, MNHN), et financée par l’Office Français de la Biodiversité, propose un outil de diagnostic des pressions d’origine anthropique à travers l’étude des communautés piscicoles.

 

Chaque espèce du monde vivant présente des caractéristiques biologiques (morphologiques, physiologiques et comportementales) qui témoignent de son adaptation à l’environnement. Par exemple, les milieux où l’écoulement de l’eau est rapide sont colonisés par des espèces qui préfèrent les milieux oxygénés (espèces rhéophiles). A l’inverse, les milieux avec un écoulement lent présentent des espèces plus résistances au manque d’oxygène (espèces limnophiles). L’hypothèse principale de cette étude stipule alors que si l’environnement change, la composition des communautés de poissons devrait aussi changer. Par exemple suite à la construction d’un seuil qui va réduire la vitesse d’écoulement de l’eau à l’amont, la composition des communautés de poissons va potentiellement être modifiée en faveur des espèces limnophiles. C’est sur ce principe théorique de l’écologie fonctionnelle que cette étude démontre comment la composition des communautés de poissons, échantillonnées de manière standardisée, peut donner des indications sur les pressions environnementales d’origine anthropique qui impactent les cours d’eau (ex : présence/absence d’obstacles à l’écoulement).

 

L’outil de diagnostic ‘poissons’ a été construit à partir de données de pêches électriques menées sur plus de 1500 sites d’étude en France métropolitaine entre 2005 et 2015. De plus les auteurs ont compilé de l’information sur plus de 50 caractéristiques biologiques (ex : régime alimentaire, capacité de déplacement et de saut, reproduction, cycle de vie, taille du corps etc…) pour évaluer les impacts de 14 pressions liées aux modifications de l’hydromorphologie (ex : obstacles à l’écoulement, urbanisation des berges, anthropisation du bassin versant), 13 pressions liées à la qualité de l’eau (ex : nitrates, pesticides, polluants organiques et minéraux) et une pression liée aux espèces de poissons exotiques et envahissantes (ex : silure, perche soleil). L’outil de diagnostic ‘poissons’ a été construit sur la base d’une méthode d’apprentissage automatique : les modèles de forêts aléatoires.

 

Les résultats montrent que cet outil de diagnostic ‘poissons’ permet, avec une bonne précision, d’évaluer les effets de 20 catégories de pressions sur les 28 étudiées au total. Dans les cours d’eau de France métropolitaine, les pressions liées aux modification de l’hydromorphologie sont plus fréquentes que celles liées à la physico-chimie de l’eau et les sites d’étude sont impactés, en moyenne, par 7 pressions. Les obstacles à l’écoulement et les hydrocarbures aromatiques polycycliques sont respectivement les pressions hydromorphologiques et physico-chimiques les plus fréquentes sur les cours d’eau Français. L’outil de diagnostic ‘poissons’ est aussi capable de bien identifier l’impact des espèces exotiques et envahissantes. Enfin, cette étude semble indiquer une légère amélioration de l’état général des cours d’eau en 2015 par rapport à 2005.

 

En conclusion, l’approche développée par les auteurs de cette étude est suffisamment robuste pour identifier les risques spécifiques de pressions d’origine anthropique sur les communautés piscicoles et offre ainsi un outil d’aide à la décision des actions de conservation et de restauration des cours d’eau. La perspective de cette étude consisterait à évaluer simultanément l’information apportée non pas seulement par les poissons mais aussi par les autres principaux compartiments biologiques des cours d’eau (ex : macroinvertébrés, diatomées, macrophytes).

 

Les auteurs tiennent à remercier tout particulièrement l’ensemble des agents de l’OFB, des DREAL et des Agences de l’eau qui ont participé à la collecte des données utilisées dans cet article.



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Un site d’étude : ‘la liepvrette à Hurst’ (Crédits : Philippe Usseglio-Polatera ; LIEC)



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Mise en œuvre d'une pêche électrique (Crédits : Michel Monsay ; OFB)



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Mise en œuvre du protocole de recueil d'informations sur les obstacles à l’écoulement (Crédits : Julien Bouchard / OFB)



Olivier Dezerald Fig4b
Mise en œuvre du protocole de la caractérisation hydromorphologique des cours d'eau (Crédits : Karl Kreutzenberger ; OFB)





Référence
Olivier Dézerald, Cédric P. Mondy, Samuel Dembski, Karl Kreutzenberger, Yorick Reyjol, André Chandesris, Laurent Valette, Sébastien Brosse, Aurèle Toussaint, Jérôme Belliard, Marie-Line Merg, Philippe Usseglio-Polatera, A diagnosis-based approach to assess specific risks of river degradation in a multiple pressure context: Insights from fish communities, Science of The Total Environment, 734, 2020, 139467, doi.org/10.1016/j.scitotenv.2020.139467




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Maria Klepikova a été désignée comme "Outstanding Reviewer" par l'AGU


 AHLeGall    30/06/2020 : 08:20

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Avec Maria Klepikova (Géosciences Rennes)

"Outstanding Reviewer" 2019 AGU - American Geophysical Union

Maria Klepikova (université de Lausanne, Géosciences Rennes) est reconnue par l'AGU comme "outstanding Reviewer" 2019 - i.e. examinatrice/réviseure/relectrice/évaluatrice exceptionnelle - pour son travail et son expertise en hydrogéologie pour la revue Water Resources Research. En provenance de l'université de Lausanne (Suisse), Maria Klepikova arrive en septembre 2020 en post-doc Marie-Curie à Rennes (MCIF THERM, avec Olivier Bour). Maria n'est pas une inconnue à Géosciences : elle y a soutenu sa thèse de l'université de Rennes 1 en mai 2013 sur l'imagerie des propriétés des roches fracturées à partir de l'écoulement et du transport de chaleur, avec des expériences de terrain et de modélisation inverse ("imaging of fractured rock properties from flow and heat transport: field experiments and inverse modelling" sous la direction d'Olivier Bour et Tanguy Le Borgne).



Comme chaque année, les éditeurs de l'AGU mettent en exergue les contributions des réviseurs, dont l'expertise précieuse permet d'élever le niveau de qualité des revues.

L'évaluation par les pairs est essentielle pour communiquer et faire avancer la science. Bien qu'il n'y ait jamais eu autant de moyens de diffuser des idées et des résultats de recherche en ligne, il reste néanmoins qu'un solide examen par les pairs garantit l'intégrité des résultats scientifiques. Dans les revues à comité de lecture, le processus d'examen par les pairs est organisé par les rédacteurs, mais chaque décision relative à un article repose sur des personnes qui prennent du temps sur leurs propres recherches pour offrir leur expertise. Le travail de ces examinateurs garantit une évaluation correcte de milliers d'articles chaque année. L'AGU à travers cette récompense témoigne de sa reconnaissance pour leurs efforts.

Cette fonction d'examen et de relecture n'a jamais été aussi indispensable : la littérature scientifique s'est développée, tout comme la complexité des articles, qui associent désormais de plus en plus de co-auteurs apportant plus de connaissances techniques, plus de données, plus de simulations/modélisations et de résultats. Cette complexité a par conséquent impacté le rôle de l'examen des articles, en le rendant encore plus crucial. Les excellents examinateurs dont fait partie Maria Klepikova pour la revue WWR  fournissent des évaluations approfondies, souvent sur plusieurs cycles de révision, qui ont in fine grandement amélioré les articles publiés dans leur version finale. Leurs contributions ont permi d'améliorer la qualité des soumissions reçues des chercheurs du monde entier, en fournissant un retour d'information précieux qui conforte la notoriété des revues, dont l'AGU peut légitimement se prévaloir dans le domaine des sciences de la Terre.


Quelques chiffres fournis par l'AGU

En 2019, l'AGU a reçu plus de 16 700 soumissions, contre 15 600 en 2018, et en a publié plus de 7 000, contre 6 600 articles en 2018. Beaucoup de ces soumissions ont été examinées à plusieurs reprises : au final, 18 173 examinateurs ont effectué 39 368 examens en 2019, contre 37 674 examens en 2018.

Cette augmentation s'est produite l'année dernière alors que chaque revue de l'AGU s'efforçait de raccourcir le délai entre la soumission et la première décision d'acceptation, puis la publication. Plusieurs revues de l'AGU renvoient régulièrement les premières décisions dans le mois suivant leur soumission, et la plupart des autres le font maintenant dans les deux mois. Les examinateurs ont donc un rôle fondamental dans ce racourcissement du processus éditorial.

>>> Pour en savoir plus sur le site de l'AGU >>>



A propos de Maria Klepikova et de la bourse européenne MCIF THERM

Transport of Heat in hEteRogeneous Media = Transport de chaleur dans les milieux hétérogènes

La géothermie représente une source d'énergie prometteuse pour satisfaire les besoins énergétiques croissants avec un impact minimal sur l'environnement. Pour mettre au point et tester de nouvelles technologies de production et de stockage d'énergie dans des réservoirs géothermiques, il est essentiel de bien comprendre le transport de chaleur dans les milieux fracturés. Le projet THERM est axé sur l'étude du transport de la chaleur et des processus thermo-hydro-mécaniques (THM) connexes qui se produisent pendant la durée de vie d'un réservoir géothermique. Bien que des progrès aient été réalisés dans la caractérisation et la modélisation de l'hétérogénéité souterraine dans les processus d'écoulement et de transport des solutés, les effets des hétérogénéités souterraines multi-échelles sur le transport de chaleur demeurent une question ouverte. Dans ce projet, il est proposé de combiner des expériences contrôlées sur site expérimental à des travaux théoriques à différentes échelles, basés sur le développement de nouveaux modèles numériques 3D, pour aboutir à une compréhension quantitative des processus complexes couplés se produisant le long des interfaces fluide-roche pendant la circulation des fluides dans les systèmes géothermiques.

MCIF THERM



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Projet H2020 MEET : l'Europe s'intéresse au potentiel géothermique de son sous-sol


 AHLeGall    23/06/2020 : 08:56

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Une chercheure de Géosciences Rennes associée au Projet H2020 MEET

Depuis plus d’un an, Sylvie Bourquin, Directrice de Recherche au CNRS (Géosciences Rennes) collabore au Projet H2020 MEET (Multidisciplinary and multi-context demonstration of Enhanced Geothermal Systems exploration and Exploitation Techniques and potentials) dont l’objectif vise à démontrer l’applicabilité de la géothermie profonde sur différents contextes géologiques à travers l’Europe par l’intermédiaire de nombreux sites de démonstration et à un niveau économique rentable. Le projet MEET fait partie du programme H2020 Secure Clean and Efficient Energy, Appel H2020 – LCE – 2016 – 2017 (competitive low carbon energy) et porte le numéro de projet 792037.

L'Europe repose sur une grande source d'énergie renouvelable mais largement inutilisée. La géothermie est une source d’énergie qui peut produire à la fois chaleur et électricité. Une partie de cette chaleur naturelle, exploitée par la technique de système géothermique amélioré (EGS), est une nouvelle approche qui suscite de grands espoirs dans le monde. Elle permet une utilisation généralisée du potentiel géothermique encore inexploité, réparti sur une zone géographique beaucoup plus large que celle de la géothermie conventionnelle produite par une activité volcanique proche de la surface ou par des aquifères chauds naturels hautement perméables, appelés systèmes hydrothermaux. La démonstration de la viabilité et la durabilité de la géothermie profonde pour la production d’électricité et de chaleur sera réalisée dans différents sites et contextes géologiques : granite, volcanique, sédimentaire et métamorphique avec divers degrés de surimpression tectonique par failles et plissements.

MEET rassemble 16 partenaires européens : industriels, petites et moyennes entreprises, instituts de recherche et Universités répartis sur 5 pays européens. Le projet a pour but l’optimisation de la valorisation énergétique du fluide produit ainsi que l’amélioration de la productivité du réservoir, prenant en compte les infrastructures préexistantes, la compréhension des différents contextes géologiques, nécessaire pour le transfert de connaissances et de technologie à différentes situations géologiques d’Europe.


Transformer les puits de pétrole en ressource géothermique

Le projet est organisé en 8 lots de travail (Work Packages, WP). La collaboration de Géosciences Rennes se fait avec l’Université de Cergy Pontoise et concerne le WP4 dont le principal objectif est d'utiliser et reconvertir des puits de production de pétrole existants et en fin de vie pour produire de l'électricité et de la chaleur à un faible coût unitaire. Les puits de pétrole matures produisent généralement plus de 90% d'eau à une température allant jusqu'à 90°C, cette chaleur est actuellement gaspillée car l'eau est simplement réinjectée dans le réservoir pour maintenir la pression. Nous proposons de développer une méthode et des outils sur une étude de cas réel en collaboration avec Vermilion en France. Les cibles potentielles concernent le Trias, dont Sylvie Bourquin est l’une des spécialistes françaises, avec comme cible privilégiée les réservoirs actuels du Trias supérieur de l’Ouest du Bassin parisien (données de forages). En parallèle une étude d’un analogue terrain sur la marge ardéchoise est en cours de réalisation. Cette étude sur des corps sédimentaires permettra d’obtenir des analyses sédimentologiques, pétrographiques et pétrophysiques à l’échelle d’un affleurement et de tester un modèle en 3D pour les modélisations des réservoirs à différentes échelles d’espace, i.e. du corps sédimentaire à la formation géologique, et de temps, en prenant en compte le contexte stratigraphique du réservoir potentiel, i.e. localisation des réservoirs de type paléosols carbonatés vs réservoirs gréseux (stage post-doctoral en cours, Cédric Bailly, Université Cergy-Pontoise).


>>> Le site H2020 MEET >>>




Contact OSUR
Sylvie Bourquin (Géosciences Rennes) / sulvie.bourquin.univ-rennes1.fr
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @


De la tablette gravée à la tablette numérique, histoire d’une partition du XVe siècle


 AHLeGall    19/06/2020 : 08:52

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Article dans Journal on Computing and Cultural Heritage

Une application numérique présente la partition musicale mise au jour sur la fouille du couvent des Jacobins de Rennes

Gaétan Le Cloirec (INRAP, CReAAH) et ses collègues Ronan Gaugne (IRISA/INRIA), Françoise Labaune (INRAP), Valérie Gouranton (INSA Rennes) et Dominique Fontaine (chanteuse, interprête) publient en juin 2020 dans la revue Journal on Computing and Cultural Heritage un article qui décrit une application numérique présentant la partition musicale mise au jour sur la fouille du couvent des Jacobins de Rennes. Cet article illustre l'utilisation de trois techniques de numérisation différentes afin d'étudier et de valoriser une tablette gravée du XVe siècle découverte lors d'une fouille archéologique préventive dans un ancien couvent à Rennes. La tablette est recouverte des deux côtés d'inscriptions gravées, dont une partition musicale. La numérisation a permis de mieux analyser les inscriptions, et de générer un modèle 3D complet et précis de l'artefact qui a été utilisé pour produire une application interactive déployée à la fois sur des tablettes tactiles et sur un site web. L'application interactive intègre une interprétation musicale de la partition qui donne accès à un témoignage du patrimoine immatériel. Ce travail interdisciplinaire a réuni des archéologues, des chercheurs en informatique et en physique, et une musicienne.



La découverte
L’ancien couvent des Jacobins de Rennes a fait l’objet d’une fouille archéologique de grande envergure entre décembre 2011 et juin 2013. Cette opération, réalisée par l’Inrap, a donné lieu à de nombreuses découvertes qui ont concerné l’histoire de la ville antique de Condate autant que celle de l’établissement dominicain fondé en 1368. Parmi la multitude d’objets mis au jour à cette occasion, beaucoup ne sont pas spectaculaires et n’attirent donc pas l’attention au premier regard. C’est notamment le cas de nombreuses plaques de schiste ardoisier retrouvées dans des remblais étalés pour niveler les espaces sous les sols de tomettes. En examinant de plus près ces éléments, on constate pourtant que certains portent des graffiti qui témoignent de leur utilisation comme supports d’écriture ou de dessins. Ce sont là des usages fréquents au Moyen Âge qui n’ont pas vocation à produire des œuvres importantes et durables. Ceci explique que les plaques sont rapidement jetées et se retrouvent parmi des gravats.
Alors que des caricatures, des jeux de marelles ou des noms sont couramment identifiés, une petite partition se distingue sur une plaque recouverte d’une multitude d’autres inscriptions. Cette découverte, inhabituelle et émouvante, a donné lieu à une collaboration fructueuse entre les archéologues de l’Inrap, les informaticiens de l’Irisa et une soprano, spécialiste de chants religieux anciens. Les résultats de l’étude approfondie qui a ainsi été menée sur l’objet et sur la musique qui y est gravée ont été publiés dans deux revues spécialisées en archéologie et en informatique. Une valorisation de ce travail a également été menée en direction du grand public grâce à la réalisation d’une application numérique.




L’analyse
Le fait d’avoir retrouvé la plaque de schiste au cours d’une fouille archéologique réalisée méthodiquement par des professionnels est un avantage certain puisque la découverte est clairement associée à un contexte spécifique et à une période précise. Il s’agit en l’occurrence d’un remblai de nivellement étalé dans le réfectoire du couvent au cours du XVe s. Ces informations, qui impliquent que la partition a été gravée avant ces travaux, ont donc orienté les recherches vers une œuvre religieuse de la fin du Moyen Âge. Cette datation a été confirmée par la chanteuse Dominique Fontaine qui a analysé la musique et en a proposé une interprétation. Malgré l’utilisation d’une portée de quatre lignes, la forme losange des notes est bien typique des XVe et XVIe siècles. De plus, le mode de la, qui est utilisé ici, permet d’écarter l’identification d’une pièce de chant grégorien, essentiellement écrit en mode de ré, mi, fa et sol. L’état de la plaque laisse penser que la partition est complète, ce qui est exceptionnel pour ce type de trouvaille. Faute de texte et d’indication sur les silences ou les pauses éventuelles pour respirer, l’interprétation reste pourtant un choix musical personnel de l'interprète. Elle permet cependant de retrouver et d’apprécier une des plus anciennes musiques recensées dans la région.


Le projet de valorisation
L’idée de développer une application visant à présenter la partition est née des échanges que nous entretenons avec Ronan Gaugne et Valérie Gouranton, chercheurs à l’Irisa, depuis quelques années. Jusque-là, cette coopération s’était surtout concentrée dans le domaine de l’imagerie virtuelle et de l’utilisation de la plate-forme Immersia pour évaluer l’impact de certaines restitutions de sites à l’échelle 1. Cette fois, le projet initial consistait à numériser la tablette gravée en haute-définition afin d’en limiter ensuite la manipulation et d’aider à identifier certains graffitis. Trois techniques ont été appliquées pour chercher à obtenir le meilleur résultat possible : la photogrammétrie standard, l'imagerie par transformation de réflectance et la microscopie numérique. C’est à la suite de ce premier travail que l’idée est venue d’utiliser la copie numérique pour créer une application interactive réalisée dans le cadre du projet ANR- FRQSC INTROSPECT. Pour cela, nous avons apporté nos données de fouille et mis en contact Françoise Labaune-Jean, qui était chargée de l’étude des objets issus de la fouille, Dominique Fontaine, qui a analysé la partition musicale avant d’en proposer une interprétation et l’équipe de l’Irisa, qui a développé l’application numérique. Le résultat donne toutes les informations sur le contexte de découverte et permet à l’utilisateur d’explorer l’objet en le manipulant de façon virtuelle. Il peut déplacer une lumière artificielle à sa surface et faire varier son intensité pour mieux distinguer les inscriptions. Il est également possible d’écouter la musique et de jouer indépendamment chaque note de la partition.


Le résultat de ce travail, qui était d’abord conçu pour une utilisation sur tablette tactile, a été présenté au public dans le cadre des journées Sciences et Musiques 2017, ainsi qu’au moment des Journées de l’Archéologie 2019. L’application a ensuite été adaptée pour être accessible sur internet et manipulable à l’aide d’une souris.




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Fig. 1 : vues de la fouille du couvent des Jacobins (cl. G. Le Cloirec et H. Paitier, Inrap)



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Fig. 2 : vues du réfectoire dans lequel a été retrouvée la tablette de schiste gravée (cl. T. Bethus, Inrap)



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Fig. 3 : recto et verso de la tablette gravée d’une partition musicale (F. Labaune-Jean, Inrap)



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Fig. 4 : numérisation de la tablette à l’aide d’un dôme RTI (cl. R. Gaugne, Irisa)



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Fig. 5 : analyse de la tablette en microscopie numérique (cl. R. Gaugne, Irisa)




Référence
Ronan Gaugne, Françoise Labaune-Jean, Dominique Fontaine, Gaétan Le Cloirec, Valérie Gouranton, « From the engraved tablet to the digital, history of a fifteenth century music score », Journal on Computing and Cultural Heritage, Association for Computing Machinery, 2020, p. 1-19. 101145/3383782
Dominique Fontaine, Françoise Labaune-Jean et Gaétan Le Cloirec, « Renaissance musicale », Archéologie médiévale, 49 | 2019, p. 171-176. doi.org/10.4000/archeomed.24758




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"Revenir sur nos fouilles, un vieux rêve..."



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L'archéologie numérique dans le cadre du projet ANR Introspect : fouille virtuelle du site de Big-Er-Vil sur la presqu’ile de Quiberon

Grégor Marchand et Jean-Baptiste Barreau (CReAAH) et des collègues rennais de l’INSA et de l’IRISA (CNRS, INRIA, université de Rennes 1) sont impliqués dans le projet ANR "Introspect" dédié à l’introspection du matériel archéologique sous forme numérique, virtuelle, et donc non intrusive et destructrice.

INTROSPECT est le fruit d’une collaboration internationale : il a fait l’objet d’une réponse à un AAP franco-québécois en Sciences humaines et sociales (ANR-FRQSC-2) en 2016. Il est financé à hauteur de 250 K€ depuis janvier 2017 et pour une durée de 36 mois ; il est coordonné par Valérie Gouranton (Institut National des Sciences Appliqués, INSA de Rennes).


Voici le teaser (et bientôt le film) des résultats d’archéologie numérique avec la fouille virtuelle du site de Big-Er-Vil sur la presqu’ile de Quiberon.

"Revenir sur nos fouilles, un vieux rêve..." (Grégor Machand)







>>> En savoir plus sur Introspect : INSIDE, le numérique, avenir de l’archéologie ? >>>






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La végétation riveraine des cours d’eau : un atout pour le développement durable des territoires



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ARTICLE DANS BIOSCIENCE

Simon Dufour (Université Rennes 2, LETG-Rennes) et ses collègues publient en juin 2020 dans la revue BioScience un article de synthèse (Editor's choice) sur les services écosystémiques rendus par la végétation riveraine des cours d'eau. Dans cet article, les auteurs proposent non seulement de caractériser les services rendus mais aussi d’être capable d’évaluer l’effectivité et l’ampleur de chaque service selon les contextes afin d’améliorer effectivement la gestion des systèmes fluviaux. Pour avancer dans cette direction, l'article propose de poser les bases d’une approche plus fine de la caractérisation des servies écosystémiques rendus par cette végétation très spécifique.  Pour cela, les principaux services ont été identifiés et analysés en distinguant quatre types principaux de végétation riveraine en fonction de la structure de la végétation (arborée/non) et des conditions d’humidité (humide/sec).

 


La végétation riveraine des cours d’eau a la capacité de fournir une quantité disproportionnée de services écosystémiques par rapport à leur étendue dans le paysage en raison de leur nature d'écotone et de leurs fonctions écologiques (biodiversité, rôle de corridor, lutte contre l’érosion, etc.). Toutefois, la végétation riveraine est soumise à une pression importante (modification du régime de perturbation,  régulation du débit des cours d'eau, pollution, changement d’usages des sols, etc.). Ainsi, malgré la reconnaissance ancienne de ces nombreuses fonctions, l’état des ripisylves reste souvent très dégradé ce qui limite leur capacité à rendre effectivement les services écosystémiques potentiellement associés à ces fonctions. En Europe, on estime que 80 % des habitats riverains ont été profondément transformés au cours des 200 dernières années. Elle a diminué de 85 à 95 % en Californie, en Arizona et au Nouveau-Mexique (États-Unis), majoritairement sous l’effet du pâturage. Parmi les causes de la dégradation des écosystèmes riverains, la difficile intégration des services rendus par les ripisylves dans leur gestion et leur restauration, le caractère multifonctionnel des ripisylves et la diversité des situations en fonction des contextes géographiques restent des freins majeurs. En effet, la zone riveraine est caractérisée par une forte variabilité spatiale et temporelle principalement due aux conditions bioclimatiques, géomorphologiques et d'usages des sols, qui changent toutes avec le temps sous l'influence de processus biophysiques et des activités humaines. Ainsi, il ne s’agit pas seulement de reconnaître les services rendus mais aussi d’être capable d’évaluer l’effectivité et l’ampleur de chaque service selon les contextes. Pour avancer dans cette direction, cet article propose de poser les bases d’une approche plus fine de la caractérisation des servies écosystémiques rendus par la végétation riveraine des cours d’eau.  Pour cela, les principaux services ont été identifiés et analysés en distinguant quatre types principaux de végétation riveraine en fonction de la structure de la végétation (arborée/non) et des conditions d’humidité (humide/sec).

 

Cet article souligne également les lacunes en matière de connaissances et les auteurs évaluent les possibilités qu'une approche des services écosystémiques offre à la gestion. En effet, cette synthèse met en évidence le besoin de connaissances quantitatives et spatialement explicites sur la manière dont les quatre principaux types de végétation et les caractéristiques des espèces soutiennent spécifiquement les différents services. En outre, les chercheurs n’ont pas pris en considération uniquement les principaux types de végétation, mais de nombreux types de végétation intermédiaires sont également présents et pourraient soutenir différentes combinaisons de services. Deuxièmement, certains services sont sous représentés en matière de connaissances comme la dispersion des semences et des propagules, les ressources génétiques et la protection contre les incendies. Troisièmement, une question générale qui se pose pour toutes les approches basées sur les services écosystémiques est celle de l'échelle spatiale. Quelle est la surface nécessaire pour soutenir et optimiser chacun services ? Comment intégrer la dimension amont / aval de la fourniture des services ? Etc. Enfin, quatrièmement, les services culturels sont importants, mais il est actuellement difficile d'évaluer quantitativement leurs bénéfices, et ils sont donc généralement écartés des outils de gestion. Ainsi, actuellement, la plupart des projets de restauration liés à l'eau visent simplement à améliorer les habitats ou la qualité de l'eau, mais passe à côté d'autres services importants. Afin de maximiser les bénéfices de ces investissements dans la restauration, les auteurs suggèrent de développer des approches plus intégrées.

 

 

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Fig. 1 : Le modèle de cascade des écosystèmes, qui met en évidence le rôle des processus de soutien et des services intermédiaires dans la fourniture des services finaux et des biens et avantages que les humains tirent de la végétation riveraine. (Source : adapté avec la permission de Potschin et Haines-Young, 2011).

 

 

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Fig. 2 : Diagramme montrant les quatre principaux types de végétation riveraine, structurés selon deux facteurs principaux : couverture de la végétation (arborée/non) et des conditions d’humidité (humide/sec)

 

 

Référence

Tenna Riis, Mary Kelly-Quinn, Francisca C Aguiar, Paraskevi Manolaki, Daniel Bruno, María D Bejarano, Nicola Clerici, María Rosário Fernandes, José C Franco, Neil Pettit, Ana P Portela, Olga Tammeorg, Priit Tammeorg, Patricia M Rodríguez-González, Simon Dufour, Global Overview of Ecosystem Services Provided by Riparian Vegetation, BioScience, Volume 70, Issue 6, June 2020, Pages 501–514, doi.org/10.1093/biosci/biaa041

 

 

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Centenaire de la Société Géologique et Minéralogique de Bretagne (SGMB)



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Le centenaire de la SGMB, c'est en 2020

Fondée le 14 mars 1920, la Société Géologique et Minéralogique de Bretagne a pour but de concourir aux progrès de la géologie et de la minéralogie du massif breton, de diffuser la connaissance du patrimoine géologique de Bretagne, d'oeuvrer pour sa protection, conservation et mise en valeur.

La SGMB fête en 2020 son centième anniversaire. A cette occasion, un rendez-vous mensuel aura lieu de janvier à la fin de l'année sur un site majeur d’intérêt géologique. Vous découvrirez l’histoire géologique du Massif Armoricain (le programme à télécharger).

Par ailleurs, dans le cadre de son centenaire, la SGMB vient d'éditer des timbres sur la géologie du Massif Armoricain, carnet de 8 timbres à 8€40 ainsi qu'une série de 8 cartes postales sur le patrimoine géologique breton à 9€.



Commander dès maintenant auprès de

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ou courrier postal à SGMB c/o Jonin L’Ormeau 20860 Plabenn

>>> Le site de la SGMB >>>




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