TERRA FORMA, Lauréat 2020 du dispositif "Com'Lab" de soutien aux projets de médiation scientifique du CNRS



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Un projet de recherche/action pour développer et déployer des réseaux de capteurs environnementaux intelligents

TERRA FORMA est un projet de recherche déposé dans le cadre de l'appel à projet PIA3 EQUIPEX +. Il est porté par Laurent Longuevergne (CNRS, Géosciences Rennes) et Arnaud Elger (ECOLAB/OMP) et rassemble une centaine de chercheurs et d'ingénieurs de toute la France. Le projet TERRA FORMA propose de développer et déployer des réseaux de capteurs intelligents, ce qui implique l'adaptation de nouvelles technologies pour l'environnement et la production massive de données hétériogènes. Ce réseau de capteurs intelligents questionne en particulier l'habitabilité de la Terre à l'heure de l'Anthropocène. Dans l'attente du résultat de l'AP du PIA3, le projet est d'ores et déjà été sélectionné par la Dircom du CNRS dans le cadre du dispositif "Com'Lab", un dispositif de soutien aux projets de médiation scientifique.



Le projet, porté par les infrastructures de recherche OZCAR (Observatoires de la Zone Critique : Application et Recherche) et RZA (Réseau des Zones Ateliers), repose grandement sur la co-construction avec les divers utilisateurs et les citoyens : aussi bien du point de vue de la conception, que de la réalisation, de l'utilisation, de la formation, de la communication etc..

Le projet repose entièrement sur le principe de la recherche/action et propose la construction d'une infrastructure sociale qui s'appuie sur les développements instrumentaux.


L'apport de la Dircom porte sur l'établissement d'une identité visuelle, de supports de communication, ainsi que sur l'élaboration de la stratégie de communication et de projets de sciences participatives.

Ce dispositif, qui ne comprend pas de soutien financier,  propose de mettre toutes les compétences des équipes de la Direction de la communication pour :

  • Soutenir en amont la conception d'une action de médiation à partir d'un contenu scientifique susceptible d'éveiller l'intérêt du plus grand nombre  (appui à la conception et au montage du projet) :
    • Aide à l'élaboration du projet
    • Étude de la faisabilité
    • Aide à la planification budgétaire
    • Recherche de subventions (aide sur les appels à projets ANR, européens, etc.)
    • Élaboration du plan de communication
  • Soutenir le développement d'une action déjà éléborée, ayant déjà obtenu un financement ANR, européen, régional, etc. (apport en production et relais en termes de communication nationale) :
    • Aide à la mise en œuvre de l'opération
    • Recherche de partenaires
    • Expertise web
    • Réalisation et/ou conseils à la réalisation graphique
    • Réalisation et/ou conseils à la réalisation audiovisuelle
    • Réalisation du plan de communication
  • Donner une envergure nationale à des projets, de l'élaboration à la mise en oeuvre finale.




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Résumé du projet

L'Anthropocène, nouvelle période géologique où les actions humaines modifient l'habitabilité de la Terre pour toutes les formes de vie, pose de nouveaux défis que des approches fragmentées ne peuvent résoudre. En effet, en raison des interactions complexes entre les humains et son
environnement, sur les territoires, nous devons développer une approche holistique à une échelle pertinente pour une recherche et une action territorialisées. La compréhension de la variabilité des SES implique un grand nombre de variables de nature diverse et une fréquence d'acquisition spatiale et temporelle élevée pour capturer les points et les moments “chauds”.

TERRA FORMA vise à concevoir et tester des observatoires in-situ apportant une nouvelle vision multi-messagers, couplant les points de vue des capteurs sur les dynamiques humaine, biotique et abiotique. Ce projet s'appuie sur les dernières avancées technologiques (capteurs optiques, impression 3D, Internet des objets, intelligence artificielle) pour concevoir et tester un réseau évolutif de capteurs intelligents. Le WP2 consiste à développer une nouvelle génération de capteurs intelligents, connectés, bas-coût, socialement intégrés et adaptés au terrain sur des sites parfois difficiles, consacrés à la mesure du comportement, du métabolisme et des trajectoires des SES, émergeant des états et des flux de matière du vivant. Le WP3 implique le développement d'une infrastructure de communication modulable et économe en énergie, avec une puissance de calcul pour traiter en ligne les observations générées par des capteurs hétérogènes et alimenter des bases de données quasiment en temps réel. Le WP4 consiste à construire une boîte à outils pour assurer l'appropriation du matériel scientifique par les acteurs du territoire. La qualification des observatoires nécessitera un effort de co-déploiement sur 3 sites pilotes dans des systèmes contrastés (montagne, plaine agricole, littoral) (WP5). La phase d'exploitation (WP6) consiste à diffuser les outils développés sur 12 sites complémentaires pour échantillonner la diversité des observatoires français sur différents territoires en France et à l’étranger. Enfn, la coordination (WP1) est assurée par une équipe interdisciplinaire de chercheurs et est structuré autour d’axes transversaux (données, industrialisation, IA).

Les observatoires de TERRA FORMA sont des points de convergence entre les communautés scientifiques et les acteurs, dont la mise en oeuvre offrira des services pour répondre à la fois à des questions scientifiques fondamentales et à des demandes des gestionnaires concernant le capital sol, les ressources en eau, l'état chimique, la biodiversité et l'intégrité des paysages. Ces observatoires relèvent le défi de caractériser les processus et trajectoires internes des territoires avec une pertinence et une précision inégalées. De plus, ces nouvelles technologies contribueront à la définition de «variables essentielles» pour les systèmes territoriaux et à l’évaluation de la capacité descriptive et prédictive des modèles.

TERRA FORMA rassemble des scientifiques, dans un effort interdisciplinaire au carrefour des sciences de la Terre, naturelles, technologiques, informatiques et sociales et s'appuie sur deux infrastructures de recherche (IR) : les Zones Ateliers et les observatoires de la Zone Critique. Tous deux partagent des sites et ont développé des approches complémentaires : une approche socio-écologique et une approche incluant la profondeur du sol et les dimensions géologiques à long terme. Les observatoires renforcent les infrastructures existantes en tant que plates-formes expérimentales in situ et la collaboration internationale (chercheurs eLTER/ILTER, plateformes technologiques et industrielles, télédétection). Ces collaborations seront favorisées par des bases de données structurées, interopérables et ouvertes. L'homogénéisation des jeux de données qui en résultent ouvriront la voie au big data dans les sciences de l’environnement.





Contact OSUR
Laurent Longuevergne (Géosciences Rennes) / @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @


Le calcium contrôle la capacité des agrégats fer-matière organique à piéger les polluants : exemple de l’arsenic



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Article dans Journal of hazardous materials

Anthony Beauvois, Martine Bouhnik-Le Coz, Charlotte Catrouillet et Mélanie Davranche (Université de Rennes 1, CNRS, Géosciences Rennes) et leurs collègues Jacques Jestin (CEA Saclay), Delphine Vantelon, Valérie Briois, Thomas Bizien (Synchrotron SOLEIL) publient en février 2021 dans le Journal of hazardous materials un article sur le contrôle du calcium sur la capacité des agrégats fer-matière organique à piéger les polluants, notamment de l’arsenic.


Les agrégats organo-minéraux fer-matière organique (Fe-MO) sont très rependus dans l’environnement. Leur forte affinité pour les polluants, leur taille sub-micromètrique et leur faible masse en font des vecteurs majeurs des polluants métalliques. Ils sont produits dans de nombreux systèmes naturels tels que les zones humides, les tourbières et, plus récemment, via la fonte des pergélisols. Le changement climatique, en provoquant une augmentation de la fréquence des événements pluvieux extrêmes et donc des processus d’érosion des sols ainsi que l’augmentation des températures responsable de l’amplification de la fonte des pergélisols, a drastiquement augmenté leur production dans l’environnement.

La capacité de piégeage des polluants par les agrégats Fe-MO est contrôlée par leur organisation structurale. Dans le cas de l’arsenic (As), cette capacité dépend de la disponibilité des fonctions chimiques de surfaces des nano-hydroxydes de Fe et de leurs interactions avec la matière organique. En combinant des techniques d’analyse de pointe (telles que l’imagerie haute résolution, la diffusion des rayons X et neutrons à petits angles ou encore la spectroscopie d’absorption des rayons X), il a récemment été montré que ces agrégats Fe-MO possèdent une organisation structurale complexe. La matière organique se lie au fer ce qui inhibe la croissance des hydroxydes de Fe. Ainsi, le Fe s’organise sous forme d’oligomères (taille inférieure à 1 nanomètre) et de nano-hydroxydes (taille de l’ordre de quelques nanomètres). Les nano-hydroxydes sont soit isolés, soit agrégés et enchevêtrés dans un agrégat de MO formant un agrégat globale dont la taille est de l’ordre de la centaine de nanomètres1.

Cette organisation structurale complexe varie en fonction de la composition géochimique des eaux naturelles et notamment la concentration en cation majeurs. Parmi ces cations majeurs, nous avons montré que le calcium (Ca) crée des ponts cationiques entre les molécules de MO et permet la formation d’un réseau organique de taille micrométrique dans lequel sont enchevêtrés les oligomères et les nano-hydroxydes de fer2. Le calcium, lié à la matière organique, contrôle non seulement la répartition oligomères/nano-hydroxydes mais aussi la taille des nano-hydroxydes de Fe et leur taux de recouvrement par la matière organique, contrôlant ainsi la disponibilité de leurs sites de surface qui sont responsables du piégeage des polluants.

Dans le cas de l’arsenic, la transition structurale entre agrégats fer-matière organique (faible concentration de calcium) et formation du réseau micrométrique (forte concentration en calcium) induit une augmentation du pourcentage de nano-hydroxydes de Fe qui entraine une augmentation de la capacité d’adsorption globale des agrégats Fe-MO (Figure 2a) bien que l’affinité des nano-hyrdoxydes de Fe pour l’As décroisse (Figure 2b). En effet, en règle générale, les oligomères de Fe ont plus d’affinité pour l’arsenic que les nano-hydroxydes de fer



Anthony Beauvois Fig1

Figure 1 – Evolution de (a) la capacité d’adsorption des agrégats Fe-MO et (b) l’affinité du Fe pour l’As en fonction du pourcentage de Fe distribué sous forme de nano-hydroxyde.



Le Ca, en formant des complexes Ca-MO et en limitant partiellement les interactions Fe-MO, a deux conséquences majeures :
- les oligomères de Fe peuvent croître et se transformer en nano-hydroxydes ;
- les sites de surface des nanoparticules de Fe sont moins recouverts par la MO.
Le Ca entraine donc une augmentation de la disponibilité des sites de surface des phases ferriques et donc de leur capacité d’adsorption. L’ensemble de ces résultats est schématisé Figure 2.



Anthony Beauvois Fig2

Figure 2 – Schématisation de l’effet du calcium sur l’organisation structurale des agrégats Fe-MO et les conséquences pour leur capacité d’adsorption. Pour de faibles teneurs en Ca, les phases de fer sont liés à la MO et organisées sous forme d’oligomères de Fe(III), de nano-hydroxydes isolées (image a) ou agrégées et enchevêtrées dans un agrégat de MO (image b). Pour les plus fortes teneurs en Ca, ce dernier crée des ponts entre les molécules organiques menant à la formation d’un réseau micrométrique (image c) dans lequel sont enchevêtrés les oligomères et les nano-hydroxydes moins recouverts par la MO donc avec des sites d’adsorption plus disponibles.



Cette étude offre une nouvelle vision du rôle des agrégats Fe-MO dans la mobilité des éléments chimiques. En présence de fortes concentrations en Ca, la structure des agrégats Fe-MO évolue vers un réseau micrométrique ayant de plus fortes capacités d’adsorption et donc de piégeage des polluants. S’ils étaient considérés, jusqu’à présent, comme des piégeurs de polluants, leur petite taille et leur faible masse en faisait également des facteurs majeurs de leur dissémination dans l’environnement (transport par les flux d’eau). Or notre étude démontre que ça n’est pas le cas, puisqu’en présence de fortes concentrations en calcium, ils se transforment en réseau micrométrique et restent très probablement piégé dans la porosité des sols.



1 H. Guénet, M. Davranche, D. Vantelon, J. Gigault, S. Prévost, O. Taché, S. Jaksch, M. Pédrot, V. Dorcet, A. Boutier and J. Jestin, Characterization of iron–organic matter nano-aggregate networks through a combination of SAXS/SANS and XAS analyses: impact on As binding, Environmental Science: Nano, 2017, 4, 938–954
2 A. Beauvois, D. Vantelon, J. Jestin, C. Rivard, M. Bouhnik-Le Coz, A. Dupont, V. Briois, T. Bizien, A. Sorrentino, B. Wu, M.-S. Appavou, E. Lotfi-Kalahroodi, A.-C. Pierson-Wickmann and M. Davranche, How does calcium drive the structural organization of iron–organic matter aggregates? A multiscale investigation, Environ. Sci.: Nano, 2020, 7, 2833–2849



Référence
Anthony Beauvois, Delphine Vantelon, Jacques Jestin, Martine Bouhnik-Le Coz, Charlotte Catrouillet, Valérie Briois, Thomas Bizien, Mélanie Davranche, How crucial is the impact of calcium on the reactivity of iron-organic matter aggregates? Insights from arsenic, Journal of Hazardous Materials, 404, Part A, 2021, 124127, doi.org/10.1016/j.jhazmat.2020.124127



Contact OSUR
Anthony Beauvois (Université de Rennes 1, Géosciences Rennes, Synchrotron SOLEIL) / @
Mélanie Davranche (Université de Rennes 1, Géosciences Rennes) / ahlegall@;univ-rennes1.fr
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @


Croiser les sciences pour lire les animaux



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Se rapprocher des gorilles. Histoire x primatologie

L'ouvrage collectif "Croiser les sciences pour lire les animaux" (Éditions de la Sorbonne) sous la direction d'Eric Baratay est paru en octobre 2020. Violette Pouillard (CNRS, LARHRA) et Nelly Ménard (CNRS, ECOBIO, Station biologique de Paimpont) y ont contribué avec un article intitulé "Se rapprocher des gorilles. Histoire x primatologie".



Présentation de l'ouvrage "Croiser les sciences pour lire les animaux"

Plus aucune science ne peut penser les animaux à elle seule, ni prétendre pouvoir faire le tour de la question : pour mieux lire les animaux, il faut croiser les sciences. C'est devenu une évidence entre les différentes sciences de la nature, où des croisements ont déjà donné naissance à des hybrides devenus disciplines à part entière, telle l’écologie comportementale ; c’est aussi vrai entre les sciences humaines, qui ont investi, depuis quelques décennies, le versant humain des relations avec les animaux.

Cet ouvrage propose un troisième croisement, novateur, difficile, car peu pensé, peu usité, entre les sciences dites « de la nature » et les sciences dites « humaines ». Il s’agit de montrer que les questions, les concepts et les méthodes de ces dernières peuvent apporter beaucoup à la connaissance des animaux eux-mêmes, à l’étude de leurs capacités qui sont de plus en plus reconnues comme étant riches et complexes. Il y a profit – et donc un besoin – à croiser les sciences de la vie – génétique, physiologie, éthologie, écologie, neurosciences – avec les sciences de l’homme – archéozoologie, histoire de l’art, histoire, littérature, anthropologie, sociologie, ethnologie – pour décrypter, saisir et penser davantage les animaux – en somme, passer sur le versant animal.

Rassemblant des spécialistes de ces disciplines, ce livre s’adresse aux archéologues, aux historiens, aux géographes, aux littéraires, aux anthropologues, aux sociologues, aux philosophes, comme aux généticiens, aux zoologues, aux éthologues, aux écologues, aux vétérinaires.

Et aux passionnés d’animaux.

>>> En savoir plus avec les Editions de la Sorbonne >>>




Présentation de l'article "Se rapprocher des gorilles. Histoire x primatologie", avec Violette Pouillard (CNRS, LARHRA) et Nelly Ménard (CNRS, ECOBIO, Station biologique de Paimpont)

Cette contribution croise deux regards, l’un éthologique et l’autre historique, celui de Violette Pouillard, sur des opérations de capture de gorilles de l’Est (Gorilla beringei) menées au Congo belge, particulièrement bien documentées par les sources historiques produites par la « machine scientifico-coloniale ». Le cas a déjà été abordé par l’historienne dans des recherches antérieures sur les effets disruptifs, pour les individus et les sociétés de gorilles, d’incursions violentes. Pour comprendre la portée de la geste coloniale et des gestes des capteurs, ces recherches avaient expérimenté un croisement solitaire, en exploitant la bibliographie de primatologie sur les dynamiques sociales des gorilles de l’Est.

Ce nouvel exercice de croisement revisite ce travail avec l’appui d’une éco-éthologue et primatologue, celui de Nelly Ménard, qui dispose d’une longue expérience de recherche sur les dynamiques sociales des gorilles de plaine de l’Ouest (Gorilla gorilla gorilla) dans leur milieu, dans le parc national d’Odzala-Kokoua en République du Congo. Ses travaux portent sur l’histoire démographique des individus et des groupes de deux populations de gorilles observées pendant quinze ans.

Nelly Menard Gorilles Ecology Juin2019





Contact OSUR
Nelly Ménard (CNRS, ECOBIO, Station biologique de Paimpont) / @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @


L’archéomalacologie, une discipline qui s’incruste (et les chercheurs rennais y sont pour quelque chose)



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Article dans Quaternary International

Nouveaux paradigmes dans l'exploitation des amas coquilliers mésolithiques en France atlantique : l'exemple de Beg-er-Vil, en Bretagne. Une publication de Catherine Dupont et Grégor Marchand (CNRS, CReAAH) dans la revue Quaternary International en septembre 2020.

 

Comme souvent en archéologie, les « poubelles » de nos ancêtres ont beaucoup à dire de leurs modes de vie et leurs interactions avec leur environnement. Mais jusqu’il y a peu, force est de constater que les déchets coquilliers ne suscitaient quasiment aucun intérêt. Les choses changent grâce aux nouvelles recherches en malacologie et méthodologies développées au labo CReAAH à Rennes avec Catherine Dupont et Grégor Marchand. On peut même dire qu’un tout nouveau champ scientifique a émergé ces dernières années.

La côte atlantique du nord-ouest de la France est l'une des régions classiques du Mésolithique européen, rendue célèbre par les fouilles de Téviec et Hoedic (Morbihan) dans la première moitié du XXe siècle. Mais à cette époque, on s'intéressait peu à la composante "déchets alimentaires" des dépotoirs de coquillages. Cependant, à la fin des années 1990, de nouvelles méthodes et techniques d'étude ont contribué à une meilleure description des activités variées de ces populations côtières. En France atlantique, de nouvelles fouilles ont démontré que les dépôts de coquillages ne sont pas un « simple » type de site mais plutôt une des nombreuses unités stratigraphiques qui constituent une occupation humaine sur le littoral. On peut alors en extraire des informations spécifiques qui du coup changent notre perception des chasseurs-cueilleurs du Mésolithique de la côte atlantique française. On est ainsi passé de la vision d’une population préoccupée par la survie quotidienne et contrainte de manger des coquillages par nécessité, à celle de pêcheurs-chasseurs-cueilleurs engagés dans des activités variées, avec une approche raisonnée de l’exploitation des ressources de leur environnement. On découvre ainsi que leur connaissance des biotopes marins est révélée par la diversité des animaux marins dédiés à l'alimentation, mais aussi par la collecte d'autres matières premières échouées sur la plage, dont le silex ou les coquillages dépourvus de chair. Les techniques d’analyse mises au point par les chercheurs du CReAAH permettent désormais de distinguer ces différentes utilisations et pratiques liées à ces matériaux. Ces derniers donnent alors accès à la sphère symbolique et ont été clairement et soigneusement sélectionnés à des fins ornementales.

Ce manque d'intérêt passé contraste avec l'énorme potentiel de ces coquillages récemment révélé par le développement du tamisage, parfois associé à un tri exhaustif. Ces dernières années, une véritable révolution dans les techniques d'enregistrement des vestiges et des structures a eu lieu. Les fouilles menées pendant 7 ans à Beg-er-Vil ont permis d’affiner ces méthodes.

Les avancées dans les connaissances reposent donc en grande partie sur l’originalité des méthodes de fouilles – l’échantillonnage - et des analyses de post-fouilles menées à Beg-er-Vil dans la dernière décennie. Les fouilles initiales remontent néanmoins aux années 80 : la totalité des sédiments avait été tamisée à sec avec un tamis de 5 mm. Cependant, seuls quelques éléments de coquille ont été mis à part. Fort heureusement, tous les sédiments avaient été mis en sac et préservés. Plus de 10 ans plus tard, seuls quatre mètres carrés de l’amas coquillier et le contenu des structures identifiées comme des fosses ont été tamisés avec des mailles de 5 et 1 mm. La plus grande maille a été complètement triée. Seul un rapide contrôle visuel a été effectué sur la plus petite maille pour évaluer l'homogénéité des déchets. Par exemple, les archéologues ont ainsi pu montrer que la principale espèce visible dans le milieu, la moule Mytilus edulis Linné, 1758, était absente d’un ramassage à vue, tandis qu’elle est clairement l’espèce majoritaire après un tamisage associé à un tri exhaustif. En effet, cette espèce, qui possède une coquille fine et fragile, est caractérisée à Beg-er-Vil par un taux de calcination élevé qui a accentué sa fragilité. Bien que plusieurs milliers de moules aient été recensées à Beg-er-Vil, aucune d'entre elles n'a été observée intacte.


 

L'impact des méthodes d'échantillonnage différentiel

Tous les restes archéologiques de Beg-er-Vil ont été collectés par quart de mètre carré avec un tamisage complet des sédiments : avec des mailles de 4 et 2 mm, avec de l'eau de mer dans un premier temps, suivi ensuite d'un rinçage à l'eau douce. Seule une partie des sédiments a pu être tamisée à 0,5 mm en laboratoire avec de l'eau douce. Tous les restes retenus dans la maille de 4 mm ont été triés. Pour la maille de 2 mm, le même protocole a été appliqué, à l’exception des coquillages. Pour ces derniers, les chercheurs rennais ont d'abord extrait toutes les parties des coquilles utilisées afin de calculer le NMI (Nombre Minimum d’Individus), puis ils ont procédé à un échantillonnage pour calculer le NR (Nombre de Restes). L'objectif à long terme de ce tamisage est d'étudier la distribution spatiale et la composition des différents artefacts sur le site, en relation avec les structures identifiées et les biais taphonomiques. Tous les restes des animaux et des plantes exploités par cette population mésolithique ont été considérés comme des artefacts. En complément de cet inventaire, en novembre 2018, 1772 échantillons ont fait l’objet d’une mesure pH, tandis que 310 échantillons ont été analysés par fluorescence X.

Ce protocole d'échantillonnage appliqué à Beg-er-Vil ouvre la voie à une meilleure connaissance de la biodiversité des zones côtières de la période Mésolithique à travers le filtre des activités humaines. Ce protocole, combinant le tamisage et le tri exhaustif des échantillons de sédiments, a d’ailleurs déjà fait ses preuves dans d'autres milieux coquilliers mésolithiques à l'échelle européenne. Il donne une représentation plus réaliste des proportions d'espèces exploitées en contournant la sous-estimation des espèces les plus friables ou les plus petites. A noter que certaines de ces petites espèces peuvent refléter la contribution d'autres produits marins, comme les algues par exemple.

A l’avenir, l'analyse exhaustive de plusieurs dizaines de mètres carrés de fouille permettra également de caractériser l'hétérogénéité de la composition de la décharge. De même, ces opérations à Beg-er-Vil permettent d'aborder une question majeure pour l'évolution de ce type de site : en effet, il est généralement admis que certaines de ces accumulations ont probablement été dissoutes en raison de l'acidité du substrat. Le milieu coquillier est par essence un système dans un état d'équilibre fragile, en raison de niveaux d'acidité élevés : cet équilibre se détériore généralement au fil du temps, entraînant la dissolution des coquilles qui composent la structure. Les milieux coquilliers sont donc des sites menacés qui nécessitent une surveillance archéologique particulière. De plus, cette "autodigestion" du milieu coquillier sous-tend sans doute la représentation différentielle de certains vestiges, comme ceux d'origine animale. L'attention portée aux "miettes" du milieu contribuera sans aucun doute à expliquer certaines des lacunes dans la distribution spatiale des coquillages.




L’émergence de nouvelles conceptions de l'économie maritime mésolithique dans l'Ouest de la France

Avec les méthodes mises au point au CReAAH à Rennes, les chercheurs montrent que les chasseurs-cueilleurs du Mésolithique de la côte atlantique française étaient des « pêcheurs-chasseurs-cueilleurs » sachant tirer avantage de la diversité offerte par les environnements côtiers. A l'interface entre l'océan et la terre, on découvre qu’ils savaient utiliser les marées quotidiennes et les cycles saisonniers pour extraire de nombreuses espèces qui restent invisibles sans une connaissance approfondie de l'environnement proche. Ainsi, ils ont fouillé le sable pour trouver certaines espèces de coquillages, soulever des rochers pour débusquer les crabes, attendre la période de nidification de certains oiseaux de mer pour les attraper et les manger, et profitez de la saison de maturation des fruits !

Ils ont également passé du temps à surveiller la plage et ont profité de ce que la mer a rejeté, y compris des coquillages échoués morts qui pouvaient être utilisés comme ornements. De telles stratégies, clairement distinctes de l'approvisionnement en proies vivantes, ont été décrites dans d'autres parties du monde, en Afrique du Sud par exemple. La diversité des invertébrés marins identifiés à Beg-er-Vil ne semble pas représenter une occupation correspondant seulement à quelques journées de présence sur le site. Il est tout à fait légitime d'évoquer la possibilité d'une transmission intergénérationnelle des coins de pêche, étant donné que cette diversité englobe à peu près tout ce qui peut être consommé. Cette pression sur les ressources accessibles ne semble pas avoir impliqué de la prise de risque pour obtenir de la nourriture. Les données actuelles ne montrent aucune preuve matérielle que les gens sont partis à ailleurs pour trouver de la nourriture. Aucune espèce de mollusques et de crustacés nécessitant une immersion dans l'eau n’a été recueillie. De même, les poissons ont pu être pêchés sur le rivage sans bateau et l'hypothèse de l'utilisation les barrages à poissons (i.e. des pêcheries) reste ouverte.

Au final, ce sont plus de quinze disciplines archéologiques qui ont été impliquées dans l'étude de l’amas coquillier de Beg-er-Vil. Des développements méthodologiques sans précédent pour cette région ont conduit à la découverte de vestiges archéologiques jusqu'alors invisibles. La comparaison des données selon les diverses techniques de fouille employées met en évidence la nécessité de faire preuve de prudence dans les interprétations archéologiques. Cependant, le tamisage des coquillages a aussi ses limites : la conservation d'énormes volumes de coquilles ! Bien que le tri constitue la première étape du processus - car il comprime ces volumes… - l'étape suivante consiste à convaincre les autorités compétentes de conserver ces restes... Ces dépôts de fouille – au sens des archives - constituent notre patrimoine et témoignent de la biodiversité et des activités humaines passées. Pour l’archéologue d’aujourd’hui, il est très difficile de prévoir exactement ce que sa truelle doit conserver dans les dépôts où la masse des coquillages se dissout avec le temps, et où la précision des techniques d'analyse est en constante amélioration.

 

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Succession sédimentaire générale vue dans la coupe naturelle à Beg-er-Vil (Quiberon, Morbihan, France) (Photo : G. Marchand, CNRS)



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Vue détaillée du niveau archéologique de Beg-er-Vil (Quiberon, Morbihan, France) (Photo : G. Marchand, CNRS)

 

 

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La quantité, la diversité et les proportions des mollusques marins selon les méthodes d'échantillonnage. Expérimentation sur les sédiments provenant des fouilles de Beg-er-Vil dans les années 80 (NMI=MNI : Minimum Number of Individuals ; NR=NISP : Number of Individual Spécimens ; C. Dupont CNRS)




Référence
Catherine Dupont, Grégor Marchand, New paradigms in the exploitation of Mesolithic shell middens in Atlantic France: The example of Beg-er-Vil, Brittany, Quaternary International,  2020, doi.org/10.1016/j.quaint.2020.09.043





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Catherine Dupont (CNRS, CReAAH) / @
Grégor Marchand (CNRS, CReAAH) / @
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Laure Giambérini, nouvelle vice-présidente du Conseil de l'OSUR


 AHLeGall    21/10/2020 : 10:03

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Laure Giambérini est professeure des universités, directrice du LIEC (CNRS - Université de Lorraine, à Metz)

Lors de sa séance du 10 juin 2020, le Conseil de l’OSUR a procédé au renouvellement de sa présidence, au titre des personnalités du monde de la recherche. Ghislain de Marsily a accepté de renouveler son mandat de Président du Conseil ; Eric Chauvet, jusqu’alors vice-président, a fait valoir ses droits à la retraite. Il est désormais remplacé au poste de VP par Laure Giambérini, élue à l’unanimité.

 

Laure Giambérini est professeure des universités, directrice du LIEC (Laboratoire Interdisciplinaire des Environnements Continentaux - UMR 7360 CNRS - Université de Lorraine, à Metz).

L'objectif premier du LIEC est de comprendre le fonctionnement des écosystèmes continentaux fortement perturbés par l'activité humaine, avec pour finalité leur réhabilitation. Le laboratoire messin s’appuie donc sur une recherche interdisciplinaire alliant les concepts et les méthodes de la minéralogie environnementale, de la science du sol, de l’écologie microbienne, de la physico-chimie colloïdale, de l’écotoxicologie, de l’écologie fonctionnelle... ce qui n'est pas s'en rappeler certaines approches de l'OSUR sur les questions transverses d'environnement.

Laure Giambérini est écotoxicologie, spécialiste en toxicologie, en histophysiologie animale, physiologie, écologie comportementale, et bioévaluation de la qualité de l'environnement, intéressée également par les outils bio-analytiques. Ses thématiques de recherche l'amènent à travailler sur le développement et la validation de biomarqueurs cellulaires de contamination chez différentes espèces d'invertébrés et de vertébrés. Spécialiste de parasitologie environnementale, elle étudie notamment le parasitisme chez les espèces de bivalves du genre Dreissena (en collaboration avec le New York State Museum). Sa recherche par les approches histologiques et histochimiques va jusqu'à considérer les effets cellulaires et tissulaires des contaminants chimiques (polluants organiques, métaux). Une partie des recherches menées par Laure Giambérini concerne aussi l'écotoxicologie des nanoparticules et des Éléments Terres Rares.

Outre ses activités de chercheuse et d'enseignante, Laure Giambérini met son expertise au service de la communauté : membre du conseil du Pôle OTELo (Observatoire Terre et Environnement de Lorraine, OSU et Pôle de recherche de l’Université de Lorraine), co-animatrice du domaine Impact environnemental du Labex Ressources 21 (pour la connaissance et la gestion des métaux stratégiques du XXIème siècle).

 

Nul doute que l'expérience personnelle de Laure Giambérini, sa complémentarité avec Ghislain de Marsily, nous inspirera pour la réflexion en cours sur l'organisation et les objectifs de l'OSUR.



>>> Pour en savoir plus >>>
Laure Giambérini (page perso / ResearchGate)
LIEC ((Laboratoire Interdisciplinaire des Environnements Continentaux)
OTELo
Labex Ressources 21




Contact OSUR
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @


Cendrine Mony (ECOBIO) reçoit le Prix Recherche 2020 de la SFE²


 AHLeGall    20/10/2020 : 12:12

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Cendrine Mony, maître de conférences à l’université de Rennes 1, chercheuse à ECOBIO, est la lauréate 2020 du Prix Recherche SFE² décerné par la Société Française d’Ecologie

Le Prix Recherche SFE² est destiné à récompenser une ou un chercheur·e en début ou milieu de carrière pour l’originalité et l’ampleur de ses travaux scientifiques, qui apportent une contribution majeure à un domaine de l’écologie et/ou de l’évolution. Cendrine est récompensée pour la qualité de ses travaux de recherche et son approche originale des "traits des plantes" de la communauté au paysage. Son investissement dans l'enseignement de l'écologie – Cendrine est depuis 2008 co-responsable du master parcours Environnement et Droit et depuis 2016 co-responsable du master mention Biodiversité, Ecologie, Evolution - a également largement contribué au choix de cette nomination. Il est à noter d’ailleurs que c’est la toute première fois que la SFE décerne ce prix à un·e enseignant·e-chercheur·se !

Ce prix lui sera remis lors de la prochaine AG de la SFE² qui aura lieu courant janvier 2021 à Montpellier.

 

Les "traits des plantes" de la communauté au paysage

Ses travaux portent sur le rôle des stratégies de reproduction des plantes sur leur assemblage à l’échelle des communautés et des paysages. Elle s’est intéressée en particulier à l’influence de la multiplication végétative des espèces (i.e. croissance clonale) sur la réponse des plantes à l’hétérogénéité environnementale et démontré son importance dans les interactions entre espèces à échelle spatiale fine. La multiplication clonale des plantes joue en effet un rôle majeur dans la mise en place des patrons spatiaux des plantes, et ainsi sur la transmission et la distribution des microorganismes associés aux plantes. Plus récemment, ces travaux l’ont amenée à s’interroger sur la transposition des concepts d’écologie du paysage à la compréhension des interactions plantes-microorganismes, modulées par les traits de dispersion des plantes ; et à ainsi contribuer au développement théorique de ce nouveau champ de recherche. Ces différents travaux présentent de nombreuses applications pour la gestion des agrosystèmes à l’échelle locale et du paysage.

 

>>> Annonce des Prix 2020 de la SFE² >>>




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Contact OSUR

Cendrine Mony (Université de Rennes 1, ECOBIO) / @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @

 

 

 

 


DEEP IMPACT : un projet ANR pour analyser des interactions plante-microbiote et promouvoir la défense des plantes aux bioagresseurs



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Le projet DEEP IMPACT est financé par l'ANR

Le projet DEEP IMPACT est un projet scientifique qui vise à l’analyse des interactions plante-microbiote pour promouvoir la défense des plantes aux bioagresseurs. Il se concentrera sur l’étude du microbiome des cultures. Outre le volet recherche, un volet enseignement est mis en avant et mobilisera largement les enseignants-chercheurs de l’Institut Agro de Rennes et l’Université de Rennes1. Le projet qui débutera début 2021 pour une durée de 6 ans est coordonné par Christophe Mougel (INRAE, IGEPP).



Logo Cultiver Proteger Autrement


Le projet DEEP IMPACT fait partie des lauréats du Programme Prioritaire de Recherche Protéger et Cultiver Autrement (PPR-PCA) financé par le programme d’investissements d’avenir (PIA) de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

Les partenaires du projet sont : Agroécologie Dijon, BFP Bordeaux, Bioger Grignon, DyliSS Rennes, ECOBIO Rennes, Ecologie Microbienne Lyon, GDEC Clermond-Ferrand, IGEPP Le Rheu (Coord), LIPM Toulouse, MaIAGE Jouy en Josas.

 
ANR Deep Impact Logos Partenaires


L'un des défis actuels de l'agriculture est d’assurer la production et la sécurité alimentaire dans un respect de l’environnement. Les intrants chimiques de l'agriculture conventionnelle ont ainsi permis une augmentation de la productivité, mais leur impact négatif sur l'environnement et sur la santé humaine rend nécessaire le développement de nouveaux systèmes agricoles productifs et respectueux de l’environnement, tout en limitant les pertes liées aux ravageurs. L’agriculture moderne doit donc relever le défi de concevoir une nouvelle génération de solutions agroécologiques permettant d’accroître la résistance des plantes aux stress biotiques pour une production végétale et une protection des plantes plus saines et durables. Des résultats prometteurs montrent que la diversité inexploitée du microbiote du sol, et plus spécifiquement de celui associé aux plantes, peut influencer la tolérance et/ou la résistance des plantes à des ravageurs. Cependant, mobiliser le microbiote associé aux plantes nécessite une meilleure compréhension des mécanismes sous-jacents aux interactions plante-microbiote dans un contexte écologique réaliste.

Dans ce cadre, sur la base d'un consortium multidisciplinaire et d'approches novatrices, DEEP IMPACT vise à combiner l'écologie, la biologie, la génétique des plantes et les mathématiques pour identifier, caractériser et valider les communautés microbiennes, les communautés végétales et les facteurs abiotiques (pratiques agricoles) modulant la résistance du colza (Brassica napus) et du blé (Triticum aestivum) à plusieurs parasites.

Pour cela, une approche in situ permettra de caractériser 100 parcelles agricoles (50 pour chaque espèce cultivée) visera à caractériser les environnements (variables climatiques et édaphiques) et les facteurs biotiques (microbiote, virome, communautés de mauvaises herbes, attaques de ravageurs et prévalence du pathobiote). Certaines parcelles seront expérimentales, d’autres chez des agriculteurs. Pour la Bretagne, des contacts sont en cours auprès de la Chambre d’Agriculture Bretagne pour identifier les parcelles en fonction du cahier des charges des scientifiques. Les informations tirées de cette caractérisation générale seront intégrées dans des modèles statistiques corrélatifs afin de décrire la part relative de la variance expliquée par les caractéristiques de l’habitat et des facteurs biotiques, et corrélée à une réduction des attaques de ravageurs. Ceci permettra d'identifier une combinaison d'espèces microbiennes et de sols corrélés à une meilleure résistance des cultures aux bioagresseurs.

Ces consortia microbiens seront isolés par des techniques de culturomique et caractérisés à la fois par le séquençage de génomes entiers et par des mesures biochimiques. Des consortia synthétiques (SynComs) seront reconstruits pour tester leur efficacité sur un large éventail de ravageurs attaquant les deux cultures. Un consortia synthétique correspond à un assemblage d'espèces microbiennes (bactéries, champignons) préalablement isolé. C'est une façon de construire une communauté microbienne dont l'assemblage est guidé par des hypothèses (souvent déduite de l'analyse des communautés in situ) et les connaissances des entités (ressource génomiques, potentiel métabolique, type d'interaction avec d'autres facteurs comme un agent pathogène etc.). Au cours du projet, différents SynComs ayant des effets bénéfiques, délétères et neutres sur la résistance des plantes aux ravageurs seront testés dans le cadre d'une étude de génétique quantitative croisée de type joined-GWA sur un large panel de génotypes de B. napus et T. aestivum, afin d’identifier des traits d’interaction entre plante et microbiote modulant la résistance de la plante face aux bioagresseurs.

Une approche fonctionnelle, basée sur la métatranscriptomique et la caractérisation des miARN, sera également développée pour identifier les modules fonctionnels chez tous les partenaires de l'interaction (microbiote-plantes-bioagresseurs) et pour tester l'impact de la diversité du microbiote sur la sécrétion des miARN de plante. DEEP IMPACT étudiera également le rôle potentiel d’espèces de plantes auxiliaires dans la modulation de la résistance des cultures aux ravageurs en agissant indirectement sur le microbiote du sol.

Enfin, un retour à l'échelle du champ permettra de tester si les communautés microbiennes reconstruites associées à des plantes auxiliaires sont efficaces pour protéger les cultures contre les infections des bioagresseurs naturels dans un large éventail de zones pédo-climatiques françaises.

Au final, DEEP IMPACT contribuera au développement de pratiques agricoles durables basées sur le microbiote de plante pour réduire l’utilisation de pesticides en milieu agricole. Pour l’implication OSUR du projet, deux laboratoires sont fortement impliqués : l’IGEPP avec Christophe Mougel, Anne-Marie Cortesero et d'Alain Bouchereau, et ECOBIO, avec Philippe Vandenkoornhuyse, Joan van Baaren et Abdelhak El Amrani El Hanchi.


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Contacts OSUR
Christophe Mougel (INRAE, IGEPP) @
Philippe Vandenkoornhuyse (Université Rennes 1, ECOBIO) @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @


Au cœur d’un quartier de Condate


 AHLeGall    09/10/2020 : 13:49

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Ouvrage édité aux Presses Universitaires de Rennes (PUR)

La fouille archéologique de l’ancien hôpital Ambroise-Paré de Rennes

Ouvrage sous la direction de Gaétan Le Cloirec de l'INRAP, chercheur associé au CReAAH.

Les données apportées par cet ouvrage sur l’organisation de la trame urbaine de l’Antiquité et l’analyse architecturale de plusieurs ensembles spécifiques complètent nos connaissances sur l’urbanisme de Condate. La présentation exhaustive des objets retrouvés illustre également la richesse du site pour divers types de mobiliers d’époque romaine. Enfin, des découvertes plus anecdotiques apportent des informations inédites sur un aqueduc du XVIe siècle et sur des aménagements de la défense passive à Rennes durant la Seconde Guerre mondiale.

Avec le soutien de l’Institut national de recherches archéologiques préventives et de la direction régionale des affaires culturelles de Bretagne – service régional de l’archéologie.




Contact OSUR
Gaétan Le Cloirec (INRAP, CReAAH) / @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @


Recommandations pour des stratégies de gestion durable des paysages


 AHLeGall    08/10/2020 : 14:20

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ITN TerraNova, White paper 1 : Policy recommendations for sustainable landscape management strategies

Voici le premier "white paper" du projet ITN TerraNova dans lequel le LETG-Rennes est étroitement impliqué avec Thomas Houet (une supervision de thèse et une co-supervision), en lien aussi avec un autre laboratoire GEODE du CNRS (université de Toulouse).

Il s'agit donc du premier des trois livres blancs programmés de cet ITN dédié à la connaisance des paysages, réseau de formation et de recherche (Innovative Training Networks - ITN), un projet collaboratif des actions Marie Sklodowska Curie du Programme cadre européen Horizon 2020.

TERRANOVA étudie plus particulièrement l'histoire des interactions entre l'homme et l'environnement, et la façon dont ces interactions ont façonné les paysages européens. L'objectif est de servir de base à la conception de politiques environnementales durables en Europe.

Entre 2019 et 2023, quinze doctorants sont formés pour mener des recherches interdisciplinaires autour de ce thème afin de promouvoir une compréhension à long terme de la structure et du fonctionnement des paysages européens ; in fine, l'objectif est de relever les défis actuels en lien avec l'érosion de la biodiversité et le changement climatique.

TERRANOVA vise à acquérir des connaissances sur les régimes et les transitions énergétiques du paysage, qui permettront la transition vers une société future à faible émission de carbone.

Dans cet article, les auteurs présentent le point de départ de la démarche et décrivent brièvement les contours du projet et les résultats attendus.

>>> White paper 1 : Policy recommendations for sustainable landscape management strategies >>>
Terranova White Paper 1 2020 1




>>> Le site web de TerraNova >>>
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Contact OSUR
Thomas Houet (CNRS, LETG-Rennes) / @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @


Un changement climatique soudain peut-il provoquer un effondrement écologique irréversible ?



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Article dans Science Advances

Une nouvelle étude montre un effondrement écologique irréversible en Asie provoqué par des changements climatiques.

Il y a trente-quatre millions d'années, un changement climatique soudain a provoqué une désertification généralisée et une dégradation des écosystèmes dans toute l'Asie centrale. Aujourd'hui, les déserts se développent à nouveau rapidement dans toute la région, signalant l'imminence d'un effondrement écologique. Telles sont les conclusions d'une équipe internationale, dirigée par des chercheurs de l'université d'Amsterdam et du CNRS, dont Guillaume Dupont-Nivet (Géosciences Rennes, CNRS, Potsdam University). Leurs résultats sont publiés dans la revue Science Advances en octobre 2020.


L'étude a intégré des enregistrements de pollen fossile provenant d'Asie avec des nouvelles données géologiques, fauniques et climatiques. Ces résultats révèlent qu'une catastrophe écologique a eu lieu il y a environ 34 millions d'années, avec des déserts hyperarides s'étendant sur de vastes zones de la Mongolie, du Tibet et du nord-ouest de la Chine. Causée principalement par des changements rapides du climat et du dioxyde de carbone atmosphérique, cette ancienne crise des écosystèmes a beaucoup en commun avec l'expansion des déserts pendant le changement climatique en cours.

"Les résultats ont des implications majeures pour la biodiversité, l'agriculture et la santé humaine à l'avenir", déclare Natasha Barbolini, auteure principale et chercheuse en paléoécologie à l'Université d'Amsterdam (maintenant à l'Université de Stockholm). "Le comportement passé nous dit que la région d'Asie centrale ne retrouvera jamais sa diversité biologique unique si la désertification se poursuit".

L'étude suit les prévisions du modèle du GIEC et les récents relevés climatiques montrant que l'Asie intérieure est en train de devenir rapidement l'un des endroits les plus chauds et les plus secs de la planète. Mais jusqu'à présent, personne n'avait reconstitué l'histoire passée de la steppe asiatique de manière aussi complète.

"En rassemblant 43 millions d'années d'évolution, nous avons pu comprendre la résilience de ces écosystèmes d'une manière totalement nouvelle", déclare le Dr Carina Hoorn, professeure à l'Institut de la biodiversité et de la dynamique des écosystèmes de l'Université d'Amsterdam. "Même si les plantes qui dominaient autrefois existent encore aujourd'hui dans la région, elles sont relativement rares. Cela montre que les populations peuvent être altérées de façon permanente par un changement climatique rapide, même si des extinctions généralisées ne se produisent pas".

L'étude montre que la biodiversité asiatique moderne a été façonnée par ces anciens changements climatiques, mais aussi par la formation de montagnes et du plateau tibétain. "L'Asie Centrale, autrefois recouverte par une vaste mer peu profonde, est devenue un immense désert en raison de la collision entre l'Inde et l'Asie et le soulèvement des plus hautes montagnes du monde", précise Guillaume Dupont-Nivet qui supervise ce projet financé par le Conseil Européen de la Recherche (ERC) au CNRS ("Monsoons of Asia caused Greenhouse to Icehouse Cooling" (MAGIC)). Cette diversité géologique et climatique a généré un nombre étonnant d'espèces qui ont élu domicile dans la région. Mais aujourd'hui, ces espèces sont menacées par le changement climatique actuel, tout comme près d'un demi-milliard de personnes, qui ont de plus en plus de mal à gagner leur vie. Les cultures sont ravagées par la sécheresse, et les mers de sable en pleine croissance réclament les steppes indigènes nécessaires au pâturage du bétail.

"Ces steppes modernes dominées par les herbes n'ont émergé que lorsque le climat est devenu temporairement plus humide, il y a environ 15 millions d'années. Avant cela, le climat était tout simplement trop sec", explique Amber Woutersen, assistante de recherche à l'Institut pour la biodiversité et la dynamique des écosystèmes de l'Université d'Amsterdam. "Nos résultats montrent que l'Asie intérieure pourrait bientôt entrer dans une phase hyperaride semblable à celle des temps anciens, où l'agriculture s'effondrerait et des millions de moyens de subsistance seraient détruits".

Dans cet article, alors que nous célébrons en 2020 l'Année internationale de la santé des végétaux, les auteurs mettent en garde contre la dégradation des steppes asiatiques modifiées par l'exploitation alors qu'elles se désertifient à un rythme sans précédent. Cette tendance doit être inversée pour préserver ce qui est devenu l'un des biomes terrestres les plus menacés au monde.



Référence
†N. Barbolini, †A. Woutersen, †G. Dupont-Nivet, D. Silvestro, D. Tardif, P.M.C. Coster, N. Meijer, C. Chang, H.X. Zhang, A. Licht, C. Rydin, A. Koutsodendris, F. Han, A. Rohrmann, X-J. Liu, Y. Zhang, Y. Donnadieu, F. Fluteau, J-B. Ladant, G. Le Hir et †C. Hoorn. Évolution cénozoïque du biome steppe-désert en Asie centrale. Science Advances, 2020, DOI: 10.1126/sciadv.abb8227
†Egales contributions



Dr. Natasha Barbolini, phone +46-7-02024773, email: @
Department of Ecology, Environment and Plant Sciences (DEEP), Stockholm University

Dr. Carina Hoorn, phone +31-6-22565063 or +218-91-8946671, e-mail: @
Institute for Biodiversity and Ecosystem Dynamics (IBED), University of Amsterdam

Ms. Amber Woutersen, phone +31-6-54917318, email: @
Institute for Biodiversity and Ecosystem Dynamics (IBED), University of Amsterdam

Dr. Guillaume Dupont-Nivet, phone +49-176-7281-5441, email: @
CNRS, France. Aussi à l'Université de Potsdam, Allemagne.


Image captions: ‘Cenozoic evolution of the steppe-desert biome in Central Asia,’ in Science Advances (2020). DOI: 10.1126/sciadv.abb8227

 

Gurbantunggut Desert Credit Hong Xiang Zhang  V2
Steppes désertiques du sud du désert de Gurbantunggut, où la couverture végétale est inférieure à 30 %. L'une des seules plantes à pouvoir pousser dans les sols sableux est le saxaul (Haloxylon ammodendron), un arbuste menacé d'extinction. Photo credit: Hong-Xiang Zhang, Xinjiang Institute of Ecology and Geography, Chinese Academy of Sciences.
Photo locality: Fukang County, Xinjiang Uygur Autonomous Region, China.

 

Fossil Nitraria And Ephedra Pollen V2

Images au microscope électronique à balayage (MEB) de pollen fossile utilisé pour reconstruire les anciens écosystèmes d'Asie centrale ; de gauche à droite, Nitraria sp. (vue polaire), Nitraria sp. (vue équatoriale), et Ephedra sp. (vue équatoriale). Ces arbustes tolérants à la sécheresse et au sel dominaient les paysages à la fin de l'Éocène (il y a 40 à 34 millions d'années), mais sont aujourd'hui des plantes rares dans les steppes asiatiques. Les barres d'échelle représentent 5 µm (1 µm = 0,001 mm).
Photo credits: Nitraria pollen was photographed by Carina Hoorn at the Xinjiang Institute of Ecology and Geography, Chinese Academy of Sciences, and the Department of Paleontology, University of Vienna. The middle image was previously published in Hoorn et al. (2012), doi:10.1016/j.palaeo.2012.05.011. Ephedra pollen was photographed by Fang Han at Stockholm University.

 

 

Sand Sea Of The Taklamakan Credit Matthias Alberti
Mer de sable du désert du Taklamakan, le deuxième plus grand désert de sable mouvant du monde, légèrement plus petit que l'Allemagne. Des déserts hyperarides similaires ont pu se répandre en Asie centrale dans le passé en raison de la dégradation écologique causée par un changement climatique rapide.
Photo credit: Matthias Alberti (distributed via imaggeo.egu.eu).

 

 

Meadow In Qilian Mountain China Credit Xiaoming Wang
Les steppes de prairie dans les montagnes de Qilian, au nord de la Chine, entourées d'habitats de steppe alpine et de toundra. L'élévation de la topographie de la région tibétaine sur plusieurs millions d'années a créé de nouveaux écosystèmes de haute altitude favorable à la croissance de biotes tolérants au froid.
Photo credit: Xiaoming Wang (distributed via imaggeo.egu.eu).

 

 

Tianshan Mountain In China Credit Xiaoming Wang
Le Tian Shan, qui signifie "Montagnes célestes", est une grande chaîne de montagnes d'Asie centrale. La variation d'altitude créée par cette chaîne de montagnes et d'autres en Asie centrale génère un large éventail d'habitats et donc une grande biodiversité dans le biome steppe-désert.
Photo credit: Xiaoming Wang (distributed via imaggeo.egu.eu).




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Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @