Comment concilier l’enjeu social et écologique des espaces verts en ville ?



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Article dans Journal of Urban Ecology

Et si une des solutions pour concilier les attentes des citoyens et celles de la biodiversité au sein des espaces verts publics en ville passait par un peu de POESy ? Cette approche a été proposée dans le cadre d’un projet sur la Perception Oculométrique Ecologique et Sociale des paYsages (POESy) en ville publié par Emmanuelle Hellier (Université Rennes 2, ESO), Françoise Burel (CNRS, ECOBIO) et Benjamin Bergerot (Université des Rennes 1, ECOBIO) dans la revue internationale Journal of Urban Ecology. Il ne s’agit pas ici d’utiliser de la poésie au sens littéraire du terme, mais une approche innovante d’eye tracking permettant de caractériser les préférences esthétiques visuelles des espaces verts urbains Rennais par les usagers. Cette caractérisation visuelle des préférences esthétiques a été mise en regard de leur perception écologique au sein de ces mêmes espaces verts.

 

 

Les espaces verts font partie intégrante des paysages urbanisés. Ils répondent à des attentes sociales fortes et représentent des espaces de détente et de bien-être au sein des villes et des agglomérations. Depuis plusieurs années, outre l’adéquation avec ces attentes sociales, la gestion des espaces verts doit également favoriser le maintien et l’implémentation d’une certaine nature en ville. Les gestionnaires doivent donc aujourd’hui concilier dans leur gestion la double fonctionnalité sociale et écologique des espaces verts en ville. A l’heure actuelle, peu d’études scientifiques ont analysées l’impact de cette nouvelle gestion sur la perception des usagers. C’est dans cette optique que le projet POESy a été développé, utilisant des techniques oculométriques de perception et d’enregistrement du regard.

 

Les objectifs de cette étude sont (1) d’évaluer les comportements visuels des usagers des parcs urbains suivant différents types de gestion des lisières arbustives pour (2) identifier quels sont les éléments que les usagers considèrent comme esthétiques dans ces lisières et s’ils sont sensibles aux éléments écologiques mis en place par les gestionnaires.

 

A Rennes, pour répondre aux enjeux écologiques, les gestionnaires ont mis en place dans les lisières boisées des parcs des strates arbustives et herbacées hautes plus favorables au maintien et au support de la biodiversité. Pour analyser comment ces nouveaux éléments sont perçus par les usagers, une expérience de science participative menée directement dans des parcs urbains a été développée. Des photographies de lisières boisées prises dans des parcs rennais présentant 5 éléments structurant (ciel, strate arborée, strate arbustive, strate herbacée et pelouse) dans de multiples configurations ont été présentées à des usagers. Le protocole d’oculométrie mis en place a permis d’enregistrer comment les usagers observent ces lisières (objectif 1), puis par un système de clics sur les images, d’identifier quels étaient les éléments qu’ils considèrent comme esthétiques et ceux qu’ils considèrent comme favorables pour la biodiversité (objectif 2).

 

L’originalité de la méthode et des résultats obtenus était de mettre en relation les modalités de gestion écologique des espaces verts et l’appréhension sociale de cette gestion par les usagers, en utilisant des techniques innovantes de sciences participatives au travers de l’oculométrie. Le challenge étant de relier la perception visuelle, mesurable et objective, à des valeurs plus subjectives telles que l’esthétisme et la perception écologique par des usagers non experts, mais quantifiables quantitativement par oculométrie.

 

Les résultats mettent en évidence qu’esthétiquement, dans la plupart des configurations de gestion des lisières boisées, les zones herbacées et arbustives ne sont pas les plus choisies (ce sont les zones arborées qui sont considérées comme les plus esthétiques). Cependant, elles sont significativement plus sélectionnées lorsque les usagers doivent déterminer quelles sont, selon eux, les zones les plus favorables à la biodiversité et ce, malgré une proportion des zones herbacées et arbustives plus faible sur les photographies présentées. Par conséquent, les résultats de cette étude montrent que si les usagers sont sensibles aux efforts de gestion mis en place par l’apport de strates herbacées et arbustives, ils sont esthétiquement plus sensibles aux strates arbustives.

 

Par l’utilisation de techniques innovantes, d’une collaboration entre chercheurs issus des sciences sociales, de l’écologie et des gestionnaires, cette étude a permis de fournir aux gestionnaires des leviers d’action pour concilier les attentes sociales des usagers tout en améliorant la valeur écologique des espaces verts au travers de la gestion des lisières boisées. En effet, un des résultats innovant de cette étude est que lorsque la lisière boisée est dite complexe (c’est-à-dire incluant une strate herbacée, arbustive et arborée distinctes), esthétiquement, les différences de préférences entre les strates arbustive et arborée ne sont plus significatives. Par conséquent, des préconisations de gestion de lisières complexes par ajout de strates arbustives en plus des strates herbacées et arborées seraient à privilégier pour concilier gestion écologique et le bien être des usagers en ne diminuant pas la valeur esthétique de la lisière.


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Exemple de points de fixation du regard sur une haie arbustive pour 4 observateurs. Les 4 couleurs représentent la trajectoire du parcours oculaire de chaque personne



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La carte de chaleur permet de résumer les trajectoires oculaires des participants



Référence
Benjamin Bergerot, Emmanuelle Hellier, Françoise Burel, Does the management of woody edges in urban parks match aesthetic and ecological user perception?, Journal of Urban Ecology, Volume 6, Issue 1, 2020, juaa025, doi.org/10.1093/jue/juaa025



Contact OSUR
Benjamin Bergerot (Université de Rennes 1, ECOBIO) / @
Alain-Hervé Le Gall (CNRS, OSUR multiCOM) / @