COP23 : quelles avancées ?


 AHLeGall    28/11/2017 : 08:47

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« Plus tard, ce sera trop tard ! », l’Appel de 15 000 scientifiques de 184 pays le 13 novembre dernier pour sauver le climat a-t-il été entendu par les décideurs lors de la COP 23 ?

La 23ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 23), a réuni à Bonn du 6 au 18 novembre près de 20 000 participants, parmi lesquels près de 11 000 représentants des 196 Etats de la planète et 5000 représentants d’ONG. Deux ans après l’adoption de l’Accord de Paris, quel bilan dresser de cette COP ?

Les enjeux de la COP 23 étaient principalement techniques et d’apparence modestes :

1) adopter un « Paris Rulebook », manuel d’utilisation de l’Accord de Paris permettant l’opérationalisation des règles adoptées en 2015, prévues pour s’appliquer à compter de 2020.

2) maintenir la confiance entre les participants afin de s’entendre sur les actions à mener efficacement avant 2020, date prévue pour l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris.


La dynamique et efficace présidence fidjienne de la COP tire la sonnette d’alarme en accueillant les participants autour d’un symbolique canoé traditionnel, rappelant l’urgence d’agir pour sauver les populations insulaires. Le fil d’Ariane de la COP est la mobilisation autour du « Dialogue de Talanoa », processus participatif qui doit conduire à un premier bilan des actions en 2018 et préparer un renforcement des engagements climatiques des pays avant 2020.

Plusieurs questions centrales figuraient sur la table des négociations : le financement, pour que les Etats alimentent le Fonds vert pour le climat à hauteur des 100 milliards de dollars promis chaque année, alors que seuls 40 milliards sont aujourd’hui disponibles; approfondir les liens entre atténuation des émissions de GES et adaptation ; préciser le rôle des marchés du carbone ; les liens entre océans et climat, soulevant notamment la question épineuse de l’inclusion des puits de carbone dans les « contributions nationales », ces fameuses promesses de réduction des émissions nationales formulées par chaque Etat et recensées dans un registre tenu par l’ONU. Pour mettre en œuvre l’Accord de Paris, les négociateurs doivent s’entendre sur la comparabilité et le système de vérification internationale de ces promesses formulées à l’échelle nationale. En attendant le rapport spécial du GIEC commandé pour 2018, les projections actuelles placent le cumul des CDN sur une trajectoire à 3,4°C d’ici 2100, bien loin de l’objectif de limitation à 2°C voire 1.5°C posé dans l’Accord de Paris. Pour les petits pays insulaires comme les Iles Fidji, c’est une question de survie.

Parmi les bonnes surprises, l’agriculture, longtemps laissée de côté en dépit des presque 20% d’émissions mondiales, fait une entrée remarquée avec l’adoption d’un programme de travail, une décision reconnait le manque d’égalité femme/homme dans les instances décisionnaires sur le climat, ainsi qu’une plate-forme d’échange de bonnes pratiques pour les peuples autochtones. La place des instruments de marché progresse lentement mais sûrement autour de mécanismes de compensation des émissions et de connexion des marchés régionaux du carbone, faisant écho à l’adoption d’un marché du carbone dans le secteur aérien sous l’égide de l’organisation pour l’aviation civile internationale. La notion de neutralité carbone ou de croissance zéro émission nette occupent une place importante dans les discussions. Les questions de solidarité climatique entre pays du Nord et pays du Sud ont fait partie des points durs de la négociation.

Sur le plan de la gouvernance, la COP 23 approfondit la dynamique d’élargissement du réseau d’acteurs. Suite à l’annonce par les Etats-Unis de leur retrait de l’Accord de Paris (effectif en 2020 seulement), la mobilisation des acteurs régionaux, des villes, mais aussi des entreprises, des syndicats, des ONG, des coalitions de citoyens s’est largement accélérée (We are still in), attestant d’une prise de conscience à l’échelle planétaire de l’urgence d’agir et de la nécessité d’articuler l’action globale et l’échelle locale. La gouvernance du climat entremêle ainsi acteurs publics et acteurs privés et les COP deviennent des lieux incontournables de rencontres, d’échange de bonnes pratiques, de discussion et de mobilisation de tous les acteurs. La COP 23 est une réussite sur ce point. Sur le plan de la diplomatie étatique cependant, ni la Chine ni l’Union européenne ne prennent clairement le lead dans les négociations et la confiance entre négociateurs demeure fragile. Gageons que les prochains rendez-vous climatiques avant la COP 24 en Pologne l’année prochaine, comme le Sommet One Planet du 12 décembre prochain à Paris, renforcent cette dynamique positive héritée de la COP de Paris et conduisent à la transition économique et écologique nécessaire.


>>> Pour en savoir plus
Le site officiel de la COP23
One Planet Summit
L'appel des 15000 scientifiques (site France Culture)


Contact OSUR
Marion Lemoine (CR CNRS, IODE) / @
Alain-Hervé Le Gall (multiCOM OSUR) / @


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