Des étudiants de master se lancent dans le « creative writing » scientifique... et sont publiés dans la revue Global Change Biology



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Article dans Global Change Biology

Ivan Couée (ECOBIO) et les étudiants de la promotion 2018 PMAS (Physiologie moléculaire et adaptations aux stress) du Master 2 APVV (parcours : Amélioration, Production, Valorisation du Végétal), co-habilité par l’Université de Rennes 1, Agrocampus Ouest et l'Oniris, publient un article de synthèse dans la revue Global Change Biology en décembre 2018 sur l’importance des mécanismes sensoriels et signalétiques des plantes pour comprendre les interactions végétation-changement climatique.


Le travail de construction du manuscrit a été conçu comme un workshop de « creative writing » scientifique. Certains congrès organisent parfois de tels workshops ou symposia d’écriture collective (Daniel T. Shaughnessy et al. -2014- « Mitochondria, energetics, epigenetics, and cellular responses to stress » Environmental Health Perspectives, 122 : 1271-1278). Il s’agit ici d’un workshop encadré de Master 2. Sur la base d’une thématique pré-définie et d’un premier corpus de publications, les étudiants doivent faire une première analyse, imaginer eux-mêmes un sous-thème à développer et, après validation ou ajustement de ce sous-thème, trouver la littérature pertinente, la critiquer, et construire un texte et une figure destinés à être intégrés dans un authentique manuscrit scientifique qui est réellement soumis à une revue scientifique internationale. Les articulations entre les contributions individuelles et la cohésion générale de l’ensemble sont faites de manière progressive par des tables rondes et des bilans d’étape.

Ce workshop rejoint un ensemble de pratiques éducatives visant à l’authenticité du travail scientifique réalisé par des étudiants (James M. Burnette III, Susan R. Wessler -2013- « Transposing from the laboratory to the classroom to generate authentic research experiences for undergraduates » Genetics, 193 : 367-375), en se démarquant de pratiques non-authentiques, « comme si », ou dématérialisées. Susan Wessler à Riverside a ainsi mis en place un véritable laboratoire de recherche en biologie moléculaire des plantes pour des étudiants de niveau Master. Les ressources nécessaires pour une telle démarche de recherche expérimentale avec des étudiants de Master sont évidemment très importantes. L’organisation d’un workshop d’écriture collective est plus simple, mais mobilise des ressources importantes en termes d’effectif étudiants et de temps d’encadrement.

En plus du travail universitaire classique, la perspective d’une soumission réelle du manuscrit auprès d’une revue internationale, et donc obligatoirement auprès d’experts internationaux, donne aux étudiants un sentiment très fort d’enjeu scientifique et de valorisation personnelle. Le risque bien sûr pourrait être de générer de faux espoirs et de grandes déceptions. Mais d’une part, ce risque d’échec est aussi une expérience authentique de persévérance, dans les cas où la publication du manuscrit nécessite plusieurs tentatives de soumission. D’autre part, ce risque est atténué par le travail de synthèse, d’aménagement, de mise en cohérence, et de présentation à la revue que peut faire le responsable du projet. Un tel travail en aval est bien sûr nécessaire pour donner à l’ensemble des contributions une cohérence complète, une vision globale et une visibilité qui correspondent à la politique éditoriale de la revue choisie. Il faut en effet concilier la liberté de choix, d’analyse et d’expression, et le droit à l’erreur, d’étudiants de niveau Master 2 avec la rigueur nécessaire pour que le manuscrit à soumettre soit solide et fiable. La liberté d’expression des étudiants est d’ailleurs ce qui apporte une grande nouveauté de ton et d’analyse, mais le souci de rigueur et de qualité impose une vérification précise des sources utilisées et une relecture fine des commentaires rédigés par les étudiants.

La publication de cet article dans une revue telle que Global Change Biology (facteur d'impact de 8.997 !) montre que les étudiants impliqués ont parfaitement saisi la portée du thème initialement proposé, et ont su en rendre compte avec pertinence, au moment même où la communauté scientifique du domaine prenait conscience de l’importance de ces thématiques.

La compréhension des mécanismes de perception de l’environnement par les plantes, et en particulier des mécanismes de perception de contraintes stressantes (chaleur, salinité, forte lumière, hypoxie, ozone, UV), a fait des progrès immenses ces dernières années, avec par exemple la découverte des récepteurs à l’hypoxie et à l’ennoiement ou des photorécepteurs aux rayonnements UV-B. Cette capacité de perception des stress environnementaux est un trait fonctionnel en soi qui détermine le niveau d’expression des fonctions de réponse et de défense et donc la qualité de la réponse de la plante à des fluctuations et à des stress environnementaux. De plus, ces voies de perception et de signalisation peuvent donner lieu à des processus de mémorisation épigénétique, ce qui ajoute une dimension temporelle aux possibilités de réponse. Enfin, les interconnexions entre les différentes voies de perception sont déterminantes pour que la plante développe ou non des réponses intégratives et adaptatives aux contraintes environnementales complexes du changement climatique, où la situation que doit interpréter la plante est un mélange de signaux multiples, parfois déjà « connus » par elle, ou parfois nouveaux pour elle, de par leur nature ou de par leur intensité.

Cette plasticité de perception et d’interprétation de l’environnement ajoute des niveaux supplémentaires de complexité aux interactions végétation-changement climatique. Il est possible d’imaginer que des conflits de perception, par exemple entre la salinité et la chaleur, aboutissent à un écroulement des réponses adaptatives au stress environnemental. Ce type d’impact non-linéaire et non-additif est actuellement difficile à prendre en compte dans les modélisations ou les prédictions, d’où l’importance des recherches actuelles de caractérisation des mécanismes de perception chez les plantes.


Biology Dec2018


Référence
Servane Bigot, Julies Buges, Lauriane Gilly, Cécile Jacques, Pauline Le Boulch, Marie Berger, Pauline Delcros, Jean-Baptiste Domergue, Astrid Koehl, Béra Ley-Ngardigal, Loup Tran Van Canh, Ivan Couée (2018) « Pivotal roles of environmental sensing and signaling mechanisms in plant responses to climate change » Global Change Biology, 24 :5573-5589



Le Master mention Biologie, agrosciences
parcours Amélioration, production, valorisation du végétal (APVV)
La deuxième année est articulée autour d’un tronc commun et de 4 options, dont Physiologie moléculaire et adaptations aux stress



Contact OSUR
Ivan Couée (ECOBIO) / @





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