La surpêche entraîne l'effondrement fréquent des populations de poissons, mais de rares extinctions



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Olivier Le Pape, professeur à Agrocampus Ouest et chercheur à l’UMR ESE (INRA/ACO) associée à l’OSUR vient de publier une Letter dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) en août 2017, en réponse à un article de Burgess et al.

Olivier Le Pape, professeur à Agrocampus Ouest et chercheur à l’UMR ESE (INRA/ACO) associée à l’OSUR vient de publier une Letter dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) en août 2017, en réponse à un article de Burgess et al. paru dans la même revue en avril 2017.


L’article de Burgess paru dans PNAS sous le titre "Range contraction allows harvesting to extinction" (« La réduction de l'aire de répartition permet la récolte jusqu' à l'extinction », avril 2017), fournit une perspective très utile sur les conséquences des contractions des aires de répartition des espèces en permettant de maintenir des densités suffisantes de populations locales en déclin. Burgess suggère que cette contraction sur la densité des populations permet de maintenir des rendements de pêche ou de chasse au niveau local, - et donc une rentabilité économique - qui permettent aux populations naturelles d'espèces marines et terrestres appauvries d'être chassées jusqu' à leur effondrement puis leur extinction finale. L'approche proposée par Burgess qui combine modélisation et observation empirique couvre un large spectre d'espèces (éléphant, esturgeon, thon rouge) avec des résultats tout à fait convaincants.

Cependant, bien que le lien direct entre la surexploitation et le risque élevé d'extinction soit bien documenté et vérifié pour les espèces terrestres, force est de constater que l'homme a causé peu d'extinctions complètes de mollusques, crustacés et poissons en mer. Olivier Le Pape et ses collègues tempère donc l’approche radicale et catastrophiste de Burgess dans une Letter parue dans PNAS en août 2017 sous le titre « Overfishing causes frequent fish population collapses but rare extinctions » (« La surpêche entraîne l'effondrement fréquent des populations de poissons, mais de rares extinctions »). La surpêche entraîne effectivement des effondrements fréquents de population, car la pêche réduit les niveaux de population de plusieurs ordres de grandeur. Néanmoins, on observe que les populations de poissons marins peuvent demeurer à des niveaux très faibles en termes de quantité ; quant aux aires de répartition des espèces elles peuvent rester contractées pendant des années, voire des décennies, sans pouvoir se rétablir et retrouver leur état initial. Cela est particulièrement vrai pour les poissons pélagiques qui vivent en bancs.

Mais ces effondrements conduisent rarement à des extinctions, comme l'illustrent la surpêche de la morue du Nord et du thon rouge de l'Atlantique et du Sud. Le faible niveau d'extinction des poissons marins peut ainsi s’expliquer par leur stratégie démographique spécifique. En effet, la stratégie de vie de la plupart des espèces de poissons marins se caractérise par une fécondité élevée, la production puis l’émission de grandes quantités d'œufs dans le milieu marin, et enfin l'absence d’assistance parentale. Cette stratégie entraîne une mortalité élevée aux premiers stades de la vie, avec une forte variabilité de l'abondance et des taux de survie de l’œuf à maturité de l’ordre de 1 pour 100 000. En comparaison, les mammifères et les oiseaux ont peu de descendance par événement reproducteur (<20) mais des taux de mortalité plus faibles. Cependant, cette stratégie de vie a aussi pour résultat – et avantage - une probabilité beaucoup plus faible d'extinction de la population, car quelques poissons marins femelles peuvent potentiellement générer des millions de juvéniles.

Il va de soi que la réduction des menaces de surexploitation mérite une plus grande attention pour les poissons marins, comme pour les autres espèces. Même si les risques d'extinction sont faibles, Il est néanmoins d'une importance primordiale d'éviter l'effondrement des stocks de poissons marins, avec une diminution durable et dramatique de leurs populations et une contraction de leurs aires de répartition. Le problème de la conservation des espèces au niveau mondial n'est pas seulement celui de l'extinction des espèces, mais aussi et surtout celui de l'état précaire des populations, dont il ne reste parfois que peu de vestiges d'espèces autrefois répandues, avec des conséquences importantes à l'échelle des écosystèmes.

Sources
Burgess MG, et al. (2017) Range contraction enables harvesting to extinction. Proc Natl Acad Sci USA 114:3945–3950 
Le Pape O, et al. (2017) Overfishing causes frequent fish population collapses but rare extinctions. Proc Natl Acad Sci USA 114: E6274 


Contact OSUR
Olivier Le Pape (ESE, Agrocampus Ouest/INRA)





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