La végétation riveraine des cours d’eau : de quelles connaissances avons-nous besoin ?


 AHLeGall    07/12/2018 : 10:12

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Publication dans STOTEN

On appelle zone riveraine la zone plus ou moins large qui longe un cours d'eau, qui influence ce cours d’eau et qui est influencée par ce cours d’eau. Elle peut être recouverte de végétation, appelée ripisylve, forêt alluviale, etc. La végétation riveraine (VR) est une composante essentielle des systèmes fluviaux car elle joue un rôle fondamental pour de multiples fonctions socio-écologiques : régulation des crues, amélioration de la qualité de l’eau, etc. Cette végétation est donc reconnue et étudiée par les scientifiques depuis longtemps. Et pourtant, ces connaissances demeurent incomplètes et surtout fragmentées. C’est que montre un article de synthèse publié dans STOTEN en novembre 2018, avec notamment Simon Dufour et Marianne Laslier (LETG-Rennes à université Rennes 2). En analysant le cheminement scientifique complexe des études sur la végétation riveraine à travers l'histoire, la géographie et les approches disciplinaires, cette étude met l’accent sur l’importance de mieux comprendre cet écosystème particulier, anthropisé, et ses services écosystémiques, dans le contexte des changements globaux.


De fait, une telle synthèse n’est pas été facile à réaliser car la végétation des rives des cours d’eau est un système socio-écologique co-construit et ouvert, au carrefour de la biosphère, de l'hydrosphère, de la lithosphère, de l'atmosphère et de l'anthroposphère, elle peut donc être étudiée de mille façons. L’étude a donc analysé presque 2000 publications portant sur une large gamme de systèmes écologiques dans des contextes climatiques, morphologiques et humains différents.

Ainsi, du point de vue scientifique, les auteurs ont constaté que la façon dont la VR a été étudiée a évolué au fil du temps, du fait par exemple du développement de la modélisation et des approches géomatiques. Elle a pu aussi varier selon les systèmes fluviaux et les zones géographiques : par exemple, sa relation aux eaux souterraines – car ce sont les nappes qui alimentent les cours d’eau - est habituellement davantage étudiée en Océanie et en Asie que sur les autres continents.



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Occurrence des mots-clés issus de l'analyse du corpus bibliographique en fonction des aires géographiques continentales



Cette étude a de fait révélé l'absence d'une communauté scientifique spécialisée sur la VR qui serait unique, homogène et facilement identifiable. Cela est probablement dû à la nature du sujet, qui inclut divers champs de connaissances (i.e. disciplines) et plusieurs questions appliquées : biodiversité, foresterie, qualité de l'eau, hydromorphologie, restauration des écosystèmes, écologie, etc..

Les chercheurs ont également constaté que certains thèmes sont étudiés depuis le début du 20ième siècle et qu’ils sont activement remis au goût du jour (par exemple les approches biogéomorphologiques), alors que d'autres approchent émergent, ce qui reflète d'ailleurs les tendances générales en écologie (c'est le cas des approches fonctionnelles par exemple).



Végétation riveraine et changements globaux : quelques perspectives

Parmi les changements globaux, le changement climatique est actuellement le principal sujet étudié pour la VR, avec deux approches principales : la première approche consiste à analyser les impacts du changement climatique sur la VR ; la deuxième approche, à l’inverse, met l'accent sur l'influence atténuante de la VR sur l’impact du réchauffement sur les écosystèmes aquatiques. Historiquement, les effets des changements dans l'utilisation des terres sur la végétation riveraine ont également également un sujet de recherche important et des recherches récentes s’intéressent notamment aux effet de l’urbanisation.

Une meilleure compréhension de la relation entre la VR et les changements globaux repose sur au moins trois approches complémentaires :
(1) l’analyse des processus qui améliorent la compréhension du rôle fonctionnel et de la réponse de la VR,
(2) les outils géomatiques qui facilitent le suivi à large échelle des changements d’état des zones riveraines et
(3) la modélisation qui améliore la prévision des changements à venir.

Cependant, penser l'intégration de la VR dans le cadre des changements globaux soulève plusieurs questions. Le principal défi consiste à bien comprendre le fonctionnement des zones riveraines d'une manière intégrée (ce qui est difficile en raison de la complexité de ces écosystèmes), et qui soit également valable dans tous les contextes géographiques (surtout climatiques, géomorphologiques et anthropiques).

Pour relever ce défi, au moins trois pistes sont à explorer dès à présent :
(1) l'examen de la littérature montre qu'il existe déjà un grand nombre d'études. Mais, la consolidation de ces connaissances est une étape cruciale, car celles-ci sont encore trop éparpillées entre les disciplines et les zones géographiques, etc. Idéalement, il faudrait en outre intégrer aux connaissances universitaires d'autres formes de connaissances fournies par les gestionnaires, les décideurs locaux, etc.
(2) cet examen devrait aider à distinguer les connaissances existantes qui doivent être transférées (vers les gestionnaires, vers les décideurs, vers les scientifiques d’autres pays ou d’autres disciplines) et les lacunes à combler. D’une façon générale, de nombreuses études font le lien entre la biosphère, l'hydrosphère, la lithosphère et l'atmosphère, mais des progrès sont nécessaires pour les relier à l'anthroposphère. En effet, l’approche effectivement intégrée de la végétation riveraine pâtit d’un manque flagrant d’approches sociales, culturelles, politiques, etc.
(3) la VR est la résultante de processus climatiques, hydromorphologiques et biologiques qui sont tous directement ou indirectement modifiés par les activités humaines. Les auteurs de l’article craignent que la dispersion des connaissances et l'intégration des dimensions socioculturelles échouent si les connaissances ne sont pas correctement contextualisées et si tous les particularismes géographiques ne sont pas pris en compte. Il faut donc mieux couvrir l’ensemble des contextes existants (ex. systèmes urbains, petits systèmes tropicaux) et élaborer des cadres ad hoc adaptés à chaque milieu qui combinent les facteurs naturels et humains (actuels et passés).




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Le LETG – et notamment son équipe rennaise - en privilégiant l’approche spatiale des interactions entre nature et société et en mettant l’accent sur l’étude des processus naturels et anthropiques, est particulièrement bien positionné pour aider à la définition des cadres d’analyse pertinents de cette végétation riveraine dans le contexte des changements globaux. Son expertise sur les dynamiques socioécologiques, en modélisation et dans le traitement des données acquises par télédétection à toutes les échelles spatiales complètent et confortent son positionnement national et international, comme en témoigne cette étude de synthèse dans la prestigieuse revue STOTEN.



Référence
Simon Dufour, Patricia Maria Rodríguez-González, Marianne Laslier, Tracing the scientific trajectory of riparian vegetation studies: Main topics, approaches and needs in a globally changing world, Science of The Total Environment, Volume 653, 2019, Pages 1168-1185,



Contact OSUR
Simon Dufour (LETG-Rennes) / @
Marianne Laslier (LETG-Rennes) / @
Alain-Hervé Le Gall (multiCOM OSUR) / @





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