L’archéologie aux Emirats Arabes Unis


 AHLeGall    13/02/2018 : 10:42

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Une exposition retrace 40 ans de coopération archéologique franco-émirienne

Le Musée archéologique de Charjah, l’Institut français des Emirats arabes unis (Service culturel de l’Ambassade de France) et la Mission archéologique française aux Emirats arabes unis ont présenté l’exposition «40 ans de coopération archéologique entre les EAU et la France», au Musée Archéologique de Charjah, du 18 octobre 2017 au 31 janvier 2018. L’exposition était également soutenue par l’UNESCO. Sophie Méry (CReAAH) est à la tête de la Mission archéologique française aux Emirats. A ce titre, elle est également la commissaire invitée de cette exposition.


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Cette exposition, fruit de 40 ans de fouilles communes, consacre les relations fortes qui unissent les Emirats Arabes Unis (EAU : Abou Dhabi, Fujairah, Ras-al-Khaimah, Charjah et Umm-al-Quwain) et la France depuis 1977 en matière d’archéologie. Force est de constater que l’archéologie des EAU reste aujourd’hui peu connue du grand public comparée à celles des grandes civilisations de la Mésopotamie, de l’Iran et de l’Indus.

A travers une sélection de 100 objets, l’exposition met donc en lumière l’histoire des EAU, terre de passage des premiers hommes entre l’Afrique et l’Asie, lieu central du dialogue entre les cultures, au croisement des grandes routes commerciales, depuis la période Néolithique jusqu’à la période islamique. La vaste collection de pointes de flèche, poteries, bijoux, brûle-encens, armes, et beaucoup d’autres objets éclaire notre compréhension de l’histoire ancienne des Emirats à travers cinq périodes : le Néolithique, l’Age de fer, l’Age de bronze, la période pré-islamique et la période islamique.

Les 100 objets donnent un aperçu unique de l’histoire émirienne à la fois comme un lieu très ancien d’anthropisation, un centre des routes commerciales, un territoire où de nombreuses cultures se sont rencontrées : une occasion inédite de présenter au public certaines des découvertes faites sur les onze sites principaux fouillés par les scientifiques français en partenariat avec les autorités des émirats d’Abou Dhabi dès 1977, de Charjah d’Umm-Al-Quwain et de Ras-Al-Khaimah dès le milieu des années 1980, de Fujairah à partir de 2000.

Il y a quarante ans, les EAU restaient pour l’archéologie un terrain pionnier, les premières recherches scientifiques n’y datant que de 1959 avec la fouille d’Umm an-Nar par le Musée danois de Moesgård. Jusqu’en 1999, plusieurs missions françaises se sont succédé, se regroupant depuis dans la Mission archéologique française aux EAU, dirigée aujourd’hui par Sophie Méry. Aux fouilles se sont ajoutées des prospections régionales, des analyses de poterie, de vaisselle en pierre tendre, de métallurgie du cuivre. L’exploitation des ressources minérales, de la faune et de la flore ancienne, les échanges, la sédentarisation, l’émergence des oasis agricoles et des falaj (réseaux d'adduction d'eau souterrains utilisés pour l'irrigation des cultures) ont été autant de problématiques phare.

Les changements sociétaux, économiques et culturels des communautés humaines sont au cœur de ces recherches, mais aussi l’évolution de leur implantation géographique en fonction des conditions environnementales et climatiques. Car l’archéologie est une discipline essentielle pour la compréhension des modèles d’adaptation des communautés humaines, et ce, dès la préhistoire.

L'exposition est organisée de manière chronologique : elle couvre 7500 ans d'histoire, organisées en 5 périodes, du Néolithique (5500 ans av JC), puis l'Age de bronze, l'Age de fer, jusqu'à la période pré-islamique et présente les résultats des fouilles effectuées sur 11 sites à travers cinq émirats.

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En voici donc quelques jalons historiques


Les fouilles de sites néolithiques côtiers ont permis de découvrir par exemple ces perles, dont l’orient est magnifiquement préservé, datant de la seconde moitié du Ve millénaire av. J.-C., importantes car elles attestent de l'activité de pêche perlière dès cette époque. D’autres, datant de 5300 ans av. J.-C., ont depuis ont été trouvées sur un autre site de l’émirat d’Umm al-Quwain par une équipe franco-émirienne. Ce sont les plus anciennes perles connues au monde !



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Perles d'Akab. Néolithique, Ve millénaire av. J.-C.


Pour l'Age du bronze (à partir de 3000 av. J.-C.), les fouilles ont mis au jour des objets qui attestent de l'existence d'échanges entre la péninsule arabique, la Mésopotamie et le sous-continent indien : des perles en cornaline et des poteries. L’agriculture en oasis apparaît, puits et canaux à ciel ouvert permettent l’irrigation. L’artisanat de la poterie et la métallurgie du cuivre se développent localement.

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Poterie fine locale, Hili (émirat d’Abou Dhabi). Âge du Bronze ancien, fin du IIIe millénaire av. J.-C.

Un autre grand tournant se situe à l'Age de Fer (1300-300 av. J.-C.) avec le développement des aflaj qui permet une installation plus éloignée des ressources en eau. La production locale de poterie et de vaisselle en pierre et d'objets rituels se développe encore. Le brûle-encens trouvé à Masafi (émirat de Fujairah) illustre cette période marquée aussi par la domestication du chameau et une intensification des échanges commerciaux.

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Brûle-encens au dromadaire, à décor de serpents (Hauteur 455mm x Diamètre du bol 165mm). Terre cuite. Âge du fer, Ier millénaire av. J.-C. Masafi

La période pré-islamique (-300 à 300) a aussi son objet emblématique : une figurine en bronze d'homme portant un oiseau, provenant du site de Mleiha (émirat de Sharjah).

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A gauche : homme à l’oiseau (Hauteur : 200mm). Bronze. Mleiha. Période pré-islamique récente, 3ème-2ème s. av. J.-C..
A droite : plaque inscrite en araméen (82mmx58mm. Bronze. Mleiha. Période pré-islamique récente, 2ème-1er s. av. J.-C..

Une nouvelle population venue du nord-ouest de l’Arabie se sédentarise progressivement, on parle probablement l’haséen, des pièces de monnaie étrangère et locale sont utilisées, les échanges commerciaux se développent à plus grande distance, comme le montrent des amphores venant de Rhodes. De la vaisselle d'Inde et de la faïence d'Iran sont aussi importées.

Enfin, la période islamique (postérieure au 7e siècle de notre ère) est illustrée par de nombreux objets issus du site de Julfar (Ras al-Khaimah), qui évoquent la vitalité des échanges commerciaux, porcelaine chinoise, céladon thaï, gourde de pèlerin iranienne... Des textes arabes et portugais témoignent de l'influence de cette ville dans le commerce des perles, notamment avec l’Inde.

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Porcelaine chinoise blanc-bleu de Julfar. 16e siècle de notre ère


Cet ambitieux projet culturel et scientifique, porté par plusieurs chercheurs du CNRS issus de l’UMR CReAAH, mais aussi des UMR Archéorient (Lyon), CEPAM (Nice), Orient et Méditerranée (Paris), de l’IFPO (Beyrouth) et de l’Inrap (Paris) a été accompagné d’un volet éducatif, d’ateliers et de conférences auprès des écoles et universités du pays.
L’exposition a permis également de faire connaître le formidable travail des archéologues émiriens et français, notamment A. Benoist, R. Boucharlat, V. Charpentier, C. Hardy-Guilbert, O. Lecomte, P. Lombard, S. Méry et M. Mouton. Leurs recherches apportent notamment un éclairage nouveau pour expliquer l’importance des échanges dans le développement de ces cultures, l’adaptation des activités humaines aux changements climatiques, la sédentarisation progressive, puis l'émergence des oasis et des palmeraies, renforcée par le développement du système d'irrigation.



Extrait de la Revue de presse

Revue Presse Expo Archeo

Gulf News, 18 Octobre 2017



>>> Pour en savoir plus
Le catalogue d'exposition est disponible sur le site de l'Institut français des Emirats arabes unis en français/anglais
Les Céramiques d'Oman et l'Asie moyenne. Une archéologie des échanges à l'âge du bronze



Contact OSUR
Sophie Méry (CReAAH) / @
Alain-Hervé Le Gall (multiCOM OSUR) / @





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