L’Atlas des Prairies. Le montage des images


 AHLeGall    12/09/2017 : 12:40

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L’atlas des prairies est présenté aux rencontres doctorales en architecture et paysage qui se tiennent à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris La Villette du 12 au 14 septembre 2017. Les rencontres sont dédiées cette année à la question des représentations.

L’atlas des prairies est présenté aux rencontres doctorales en architecture et paysage qui se tiennent à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris La Villette du 12 au 14 septembre 2017. Les rencontres sont dédiées cette année à la question des représentations. Caroline Cieslik, collaboratrice de l'OSUR, doctorante en Esthétique à l'université Rennes 2 et enseignante en photographie à l'Ecole Européenne Supérieure d'Art de Bretagne (site de Rennes), intervient dans l’axe 3 : "la représentation comme outil heuristique et analytique".



Les friches, espaces intermédiaires

Le paysage est un concept polysémique qui légitime une approche pluridisciplinaire. Entre réalité et représentation, le terme ne désigne pas uniquement un espace purement topographique donc figé, mais un lieu mouvant car en plus ou moins lente ou brutale modification du fait de l’écosystème, de l’action et de la perception humaine. Cette mobilité est perceptible à travers la disparition de certaines typologies d’espaces (urbain / industriel / rural) au profit de friches qualifiées d’espaces intermédiaires dans une dimension spatio-temporelle. Situées en périphérie des territoires gérés, leur marginalité repose sur un point de vue spatial et idéologique. Pour les dynamiques spécifiques qu’elles impulsent, elles sont qualifiées de "catalyseurs urbains" (1).


Observatoire Photographique du Paysage - observatoire d’écologie urbaine

Les Prairies Saint-Martin (Rennes) sont en l’état, exemplaires de cette intermédiarité. Cet espace végétal, situé en centre-ville de Rennes, site d’anciennes tanneries et de jardins familiaux est depuis 2013 en friche, dans l’attente d’un projet de parc naturel urbain (aujourd'hui en cours de réalisation). La ville de Rennes n’a pas la maitrise foncière de la totalité du site. La friche coexiste avec le chantier. En 2011, l’Institut Écologie et Environnement du CNRS a souhaité la mise en place d’un observatoire d’écologie urbaine sur le site. Le thème fédérateur de cet observatoire est le paysage au sens large du terme.

Au sein de celui-ci est mené depuis 2013 un Observatoire Photographique du Paysage (OPP)Cette recherche s'inscrit dans le cadre de la Zone Atelier Armorique de l'OSUR. Sur les 29 ha du site, vingt-quatre points de vues sont reconduits à la chambre quatre fois par an.


Dynamique des espaces : cycles et alternatives

Chaque image de l’observatoire est prise dans la multiplicité d’une série. Leur analyse permet de caractériser les dynamiques de ces espaces : les cycles (saisons végétales (fig.1-2), usages (fig. 3 à 6)), les ruptures (coupes, tas (fig. 7-8), squat (fig. 3)) puis l’adaptation de la végétation (colonisation, développement d’autres espèces (fig. 6)) et celles des usagers : en 2016 des blocs de pierres ont été posés par la ville pour empêcher le stationnement des camions (fig.9). Ceux-ci se sont déplacés à d’autres endroits du site puis récemment quelques-uns des blocs ont été enlevés par certains afin de pouvoir de nouveau garer leur camion (image en cours de développement).


De l’archive à l’atlas, les différents montages

« L’atlas choisit à un moment où l’archive refuse de choisir pendant longtemps. Il vise un argument et procède par coupes violentes là où l’archive renonce à l’argument et impose l’inembrassable de sa masse (...) . L’atlas est le devenir voir et le devenir savoir de l’archive » (2).

L’enjeu de cette recherche est d’abandonner la représentation du paysage comme un système stable et reproduire ses dynamiques à travers un ensemble d’images hétérogènes. La base d’images issues de l’OPP classées et montées sous formes de planches constitue une archive des paysages du site. Les données météorologiques (température, précipitation, vent) issues des capteurs du site légendent les photographies pour une perception phénoménologique des paysages. Le montage ordonné rend perceptible les continuités des cycles et les ruptures.

Une seconde forme est envisagée : l’atlas est un type d’édition d’origine scientifique, réapproprié par des artistes ou des historiens de l’art. Les images ne sont pas des illustrations (il n’y a pas subordination à un texte) mais plutôt la raison d’être de l’atlas (3). La forme envisagée s’inspire Der Bilderatlas Menmosyme d’Aby Warburg (fig.10).

Si l’expérience de l’observatoire des prairies est le fil conducteur de cet atlas, celui-ci articulera sur chaque planche plusieurs sources d’images : les photographies issues de l’observatoire, les images utilisées par d’autres disciplines (images satellites fig. 15-16) qui permettent de croiser d’autres échelles du site, un corpus d’oeuvres d’art issues de différents modèles de représentation du paysage en lien avec les photographies des prairies (le modèle pastoral, les paysages de friches) qui marquent l’évolution de notre perception de la nature et du paysage (fig. 11-14). Les multiples images de l’atlas seront montées en constellation (4) afin d’expérimenter une forme qui, relevant plus de l’intuition et de la spontanéité semble être le montage le plus juste pour traduire les énergies spécifiques des paysages de friches.


1 Philipp Oswalt et al. Urban catalyst. The power of temporary use, 2013.
2 Georges Didi Huberman, Atlas ou le gai savoir inquiet, L’oeil de l’histoire 3, 2011, p. 290.
3 Lorraine Datson, Peter Galisson, Objectivité, 2012
4 Anne Immelé, Constellation, 2015.


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Contact OSUR
Caroline Cieslik (Doctorante en Esthétique à l'université Rennes 2, Enseignante en photographie à l'Ecole Européenne Supérieure d'Art de Bretagne - site de Rennes)
Alain-Hervé Le Gall (multiCOM OSUR)





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