Méfiez-vous aussi du petit-gris Cornu aspersum !


 AHLeGall    19/03/2020 : 08:36

Claudia_Gerard_Parasite_couv_mars2020.jpg

Un parasite menace l'escargot petit-gris et rend dangereuse sa consommation par l'homme

Claudia Gérard, Armelle Ansart, Marie-Claire Martin et Maxime Dahirel (ECOBIO) et Nolwenn Decanter (ESE) publient en mars 2020 dans la revue Parasite un article qui traite de la présence du ver parasite Brachylaima spp. (Plathelminthe Trématode) chez l’escargot petit-gris Cornu aspersum (Mollusque Gastéropode) en France, et le risque potentiel pour l’homme de contracter la brachylaimiase (Brachylaimiasis) via la consommation d’escargots.

 

L’escargot Cornu aspersum, originaire des côtes méditerranéennes d’Afrique du Nord, est largement répandu sur la plupart des continents, et est considéré comme invasif dans ses aires d’introduction récentes telles que l’Amérique et l’Océanie (Fig. 1).



Claudia Gerard Parasite 1 Mars2020
Figure 1. Photographie de Cornu aspersum (escargot petit-gris)

 

Les espèces invasives, lorsqu’elles sont utilisées comme hôtes dans les aires d’introduction, peuvent fortement influencer la dynamique des maladies infectieuses. Ainsi, des études ont montré que l’escargot peut jouer un rôle clé dans la transmission de certaines parasitoses d’importance vétérinaire et/ou médicale. L’importation d’escargots pour la consommation humaine peut également contribuer à l’expansion géographique de parasites comme dans le cas du trématode du genre Brachylaima entre l’Afrique et l’Espagne. Brachylaima est un trématode cosmopolite dont le développement nécessite trois hôtes successifs : des escargots, i.e. hôtes intermédiaires n°1 et n°2 qui hébergent le parasite à l’état larvaire, et différents vertébrés (oiseaux et mammifères dont l’espèce humaine) correspondant à l’hôte définitif hébergeant le parasite à l’état adulte. Les espèces du genre Brachylaima peuvent représenter une menace pour la santé humaine comme cela a été démontré en Australie pour Brachylaima cribbi (Fig. 2). Les humains sont des hôtes définitifs accidentels qui contractent la maladie dénommée brachylaimiase après avoir consommé des escargots mal cuits parasités par les larves infectantes de Brachylaima (métacercaires), mais aussi après avoir consommé directement ces larves potentiellement présentes sur les végétaux.

Claudia Gerard Parasite 2 Mars2020
Figure 2. Cycle de développement de Brachylaima cribbi

[d’après Butcher, 2016. Children, snails and worms: the Brachylaima Cribbi story. Microbiologia Australia, 16012: 30-33]
L’hôte définitif émet des œufs (a) dans ses excréments. L’œuf est mangé par un escargot terrestre (b), puis éclot en larve miracidium dans le tube digestif de l’escargot. Le miracidium se développe en sporocyste dans la glande digestive de cet escargot. Les cercaires matures (c) émises par le sporocyste sortent de l’escargot et sont libérées dans l’environnement. Les cercaires infectent d’autres gastéropodes terrestres et se développent en métacercaires (d) dans leur rein. L’hôte définitif (mammifères, oiseaux, reptiles) (e) mange les escargots parasités par des métacercaires qui migrent dans leur intestin, s’y attachent et deviennent adultes.



Aucune donnée épidémiologique n’est disponible en Europe, sauf en Espagne où jusqu’à 93.6% des escargots Cornu aspersum vendus sur les marchés peuvent être parasités par Brachylaima spp. En France, pays frontalier de l’Espagne, les escargots sont communs dans les aires urbaines et les jardins privés, et la population humaine consomme entre 25000 et 30000 tonnes d’escargots par an, dont 800-1000 tonnes issues de l’héliciculture.

L’objectif de cette étude préliminaire a été de rechercher la présence de Brachylaima dans deux populations de Cornu aspersum du Nord-Ouest de la France, l’une suburbaine (Thorigné-Fouillard, Ille-et-Vilaine), l’autre rurale (Arçais, Deux-Sèvres). Nos résultats montrent que les deux populations d’escargots sont parasitées par Brachylaima (Fig. 3) avec une prévalence (= proportion d’escargots parasités) de 10.4% à Thorigné-Fouillard et de 73.3% à Arçais, et une intensité parasitaire (= nombre de parasites par escargot) en moyenne trois fois plus importante à Thorigné-Fouillard (37) qu’à Arçais (11).


Claudia Gerard Parasite 3 Mars2020
Figure 3. Sporocystes (a) et métacercaires (b) de Brachylaima enregistrés chez Cornu aspersum en France.

 

L’analyse moléculaire suggère que les escargots étudiés sont parasités par deux espèces différentes de Brachylaima, dont l’une est très probablement Brachylaima mesostoma, un parasite intestinal d’oiseaux passeriformes décrit en Europe Centrale. A l’heure actuelle, aucune donnée moléculaire n’est disponible concernant les espèces de Brachylaima déjà décrites chez Cornu aspersum, i.e., Brachylaima cribbi en Australie, et B. aspersae, B. llobregatensis et B. mascomai en Europe. Cependant, les études morphométriques suggèrent que ces quatre espèces diffèrent de celles que nous avons enregistrées dans les populations françaises de Cornu aspersum.

Des recherches ultérieures approfondies sont nécessaires : i) pour identifier les espèces de Brachylaima présentes au sein des populations d’escargots terrestres (hôtes intermédiaires), mais aussi au sein des populations de vertébrés (hôtes définitifs pouvant servir de réservoirs), et ii) pour mesurer le risque sanitaire à consommer des escargots terrestres issus du milieu naturel et/ou de l’héliciculture.

 


Référence
Claudia Gérard, Ansart A., Decanter N., Martin M.-C. & Dahirel M., 2020. Brachylaima spp. (Trematoda) parasitizing Cornu aspersum (Gastropoda) in France with potential risk of human consumption. Parasite, DOI: 10.1051/parasite/2020012

 


Contact OSUR
Claudia Gérard (ECOBIO) / @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @