Modélisation 3D des Portes Mordelaises de Rennes



JB_Barreau_VARjanv2020_fig0.jpg

ARTICLE DANS VIRTUAL ARCHAEOLOGY REVIEW

Modélisation 3D de l’état « XVe siècle » des Portes Mordelaises de Rennes

Jean-Baptiste Barreau et ses collègues publient en janvier 2020 dans la revue Virtual Archaeology Review un article qui rend compte d’un travail de modélisation en 3D de l’état au XVe siècle des célèbres Portes mordelaises à Rennes, un châtelet d'une des entrées principales de la ville, vestige des remparts qui entourait naguère le coeur de la cité. Ce travail réalisé en partie au CReAAH illustre parfaitement les potentialités de numérisation 3D d'un site archéologique ou historique : au-delà de l’intérêt pour les scientifiques des restitutions virtuelles de structures ou d'environnements anciens (pour appréhender et démontrer certaines hypothèses), la modélisation 3D permet également une valorisation patrimoniale via des simulations immersives, aussi plaisantes pour le grand public que précieuses pour les chercheurs pour la compréhension du passé.

 

Contexte historique

La ville de Rennes est dotée de murs défensifs depuis la fin du IIIe siècle. Étudiée depuis plus d'un siècle, cette ancienne fortification a été fréquemment entretenue et réparée jusqu'au XVe siècle. A cette époque, la ville connaît un véritable essor, notamment en devenant le lieu de couronnement des ducs et duchesses de Bretagne. C'est également au cours de cette période que le duc Jean V construisit un nouveau mur d'enceinte pour protéger la ville à l'est. Parallèlement, les murs antiques entourant spécifiquement les Portes Mordelaises furent l'objet d'une reconstruction intensive. À partir de 1464, plusieurs structures avancées furent construites devant les portes, dont une barbacane semi-circulaire.

Malgré l’ordonnance d’Henri IV en 1602 pour le démontage de la structure, les tours dans lesquelles habite un capitaine, sont épargnées. A partir de 1636, Louis XIII autorise la vente des canaux, bastions et remparts entourant l'enceinte. Le fossé entre les Portes Mordelaises et la Tour Duchesne, vendu à des particuliers en 1694, fût ensuite rapidement urbanisé et intégré dans une vision plus proche de la Rennes moderne. Les Portes entrèrent dans l'inventaire supplémentaire des monuments historiques le 11 juin 1926, puis devinrent propriété de la ville de Rennes en 1970.



JB Barreau VARjanv2020 Fig1

Vues générales des fouilles



Méthode

Des premiers relevés des vestiges de la courtine antique furent effectués au XIXe siècle lors d'une campagne d'urbanisme. Depuis 2012 et jusqu'en 2017, les Portes ont fait l'objet de fouilles archéologiques menées par l’INRAP sous la direction d’Elen Esnault. Au gré des découvertes, un processus de reconstruction 3D de l’état « XVe siècle » a été effectué. Bien que non définies initialement en tant que telles, cinq parties distinctes des Portes se sont dégagées dans ce processus : l'entrée avec ses deux tours (autrement appelé châtelet), le boulevard d'artillerie, les écuries du gouverneur, les courtines et les parcelles situées derrière les portes. La particularité de cette démarche réside dans le fait que les modélisations de ces parties ont été réalisées de manière « lente » et indépendante, et ce afin de coller au plus près des découvertes et raisonnements archéologiques. Les parties les plus hypothétiques, car pauvres en vestiges et/ou documentations, concernent l’arrière des portes, qui a été très peu modélisé, et l’intérieur du châtelet, qui a été assez imaginé, mais reste cohérent vis-à-vis d’exemples équivalents et conservés.



JB Barreau VARjanv2020 Fig2

Diverses étapes de modélisation du châtelet et de la barbacane

 

 

Résultats et perspectives

Dans l’optique d’une diffusion auprès du grand public, une installation de réalité virtuelle présentant la reconstruction 3D a été réalisée pour faire partie de l’exposition intitulée «Rennes, les vies d'une ville» (20/10/18-25/08/19). L’objectif du dispositif était de transmettre efficacement des informations scientifiques et historiques. Ainsi, divers éléments 3D, imaginés et associés aux structures défensives (canons, torches etc.) et espaces de vie (table, cheminée etc.), ont été ajoutés pour soutenir l’immersivité de l’expérience. Des voix faisant une narration pédagogique, dont le script a été supervisé par l'archéologue responsable du site, ont été également enregistrées. Plusieurs contraintes de fonctionnement de l’exposition ont orienté le design de l’installation : absence de guide, temps et donc files d'attente à éviter, informations affichées automatiquement en cas de barrières technologiques ou d’appareil déjà utilisé. Deux casques de réalité virtuelle HTC Vive sans joysticks et un écran 2D ont ainsi été disposés. Reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture, la direction générale des patrimoines et le service des musées de France, l’exposition a attiré plus de 45 000 visiteurs. Un institut de sondage a effectué une enquête qui a révélé que le dispositif de réalité virtuelle a été incontestablement remarqué, mais que certains adultes ont ressenti un manque de fond dans les explications véhiculées par la narration audio. Dans l'avenir, nous souhaitons modéliser d'autres périodes, comme la fin de l'Empire romain, les 10e, 12e, 13e et 14e siècles. Nous envisageons également d’intégrer des technologies d’Historic building information modelling (HBIM), et ce afin de mieux documenter les matériaux utilisés pour les constructions.



JB Barreau VARjanv2020 Fig3
Rendus 3D finaux et dispositifs de présentation au grand public

 

 

Pour en savoir plus sur l’histoire des portes mordelaises et le projet de valorisation de Rennes Métropole

>>> Portes mordelaises : Rennes va redécouvrir ses remparts >>> (RM)

>>> Les remparts de Rennes, un patrimoine qui a traversé le temps >>> (Office de tourisme)

 



Référence
Jean-Baptiste Barreau, Elen Esnault, Jérôme Foucher, Manon Six, Cécile Le Faou. 3D modelling of a 15th century city gate of Rennes: Portes Mordelaises. Virtual Archaeology Review, [S.l.], v. 11, n. 22, p. 41-55, jan. 2020. ISSN 1989-994. doi.org/10.4995/var.2020.12653

 

 

Contact OSUR
Jean-Baptiste Barreau (CReAAH) / @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM OSUR) / @