Pesticides chlorés et destruction de la couche d’ozone : un lien possible ?


 AHLeGall    10/01/2018 : 13:06

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La dissémination massive de pesticides chlorés pourrait-elle affecter l’émission par la végétation de chlorométhane destructeur d’ozone ?

Dans un article récent de Trends in Plant Science (février 2018) intitulé "Plant-Pesticide Interactions and the Global Chloromethane Budget", Françoise Bringel (CNRS, Université de Strasbourg) et Ivan Couée (ECOBIO) discutent dans quelle mesure la dissémination massive de pesticides chlorés pourrait affecter l’émission par la végétation de chlorométhane destructeur d’ozone.

Les émissions de chlorométhane, composé organique volatil, sont actuellement majoritairement d’origine naturelle, avec une très forte contribution de production par la végétation. En tant qu’halocarbone le plus abondant dans l’atmosphère, le chlorométhane est responsable à lui seul de plus de 16% de la dégradation de l’ozone stratosphérique causée par les composés halogénés.

Rappelons ici que dans la stratosphère, l’ozone joue un rôle d’écran naturel et bénéfique vis-à-vis des ultraviolets solaires (UV) dangereux pour la matière vivante : c’est le « bon ozone » ; inversement, l'ozone troposphérique (ou « de basse altitude ») est un polluant nocif pour la faune et la flore, produit principalement par la transformation, sous l’effet du rayonnement solaire, des oxydes d’azote (NOx) et des Composés Organiques Volatils (COV) émis majoritairement par les activités humaines (échappements des véhicules, des cheminées, incinérateurs etc.) : c’est le « mauvais ozone ».

L’analyse publiée par Ivan Couée et Françoise Bringel semble indiquer que le métabolisme des pesticides chlorés pourrait se connecter à la dynamique du chlorométhane chez les plantes et leur microbiome. Des estimations indépendantes permettent de calculer que la dissémination de pesticides chlorés pourrait aboutir à une contribution de 7 à 75% du budget global d’émission annuelle de chlorométhane atmosphérique, et donc affecter le « bon ozone » protecteur.


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L’étude des processus écologiques et biochimiques impliquant les interactions plantes-microbiome dans ces connexions pesticides chlorés/chlorométhane prend donc une importance particulière dans un contexte où le budget global du chlorométhane reste mal connu et où le changement climatique dû à l’augmentation des gaz à effet de serre (GES) pourrait également moduler ces interactions.

La baisse des concentrations d'ozone de la stratosphère peut entraîner quant à elle des répercussions climatiques et biologiques, où diverses rétroactions sont à envisager, comme la réduction de l'activité photosynthétique des plantes par exemple… Or, moins de photosynthèse, cela signifie donc moins de fixation du CO2 par les plantes, donc plus CO2 qui reste dans l’atmosphère, CO2 qui accroît d’autant plus le réchauffement etc. etc..

En conclusion, si la diminution de l’ozone stratosphérique est bel et bien un problème distinct de celui du changement climatique, il n’en reste pas moins que les interactions complexes au sein même de l’atmosphère, et entre l’atmosphère et l’océan d’une part, l’atmosphère et les continents d’autre part, sont telles que des influences sont inévitables entre tous ces phénomènes. À l’échelle de la planète, la question de la sauvegarde de la couche d’ozone stratosphérique qui englobe et protège la Terre reste donc plus que jamais un excellent exemple de problème d’environnement global.


Référence
Bringel, F. and I. Couée "Plant-Pesticide Interactions and the Global Chloromethane Budget." Trends in Plant Science, Volume 23, Issue 2, February 2018, Pages 95-99. doi.org/10.1016/j.tplants.2017.12.001


Contact OSUR
Ivan Couée (ECOBIO) / @
Alain-Hervé Le Gall (multiCOM OSUR) / @


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