Les freins à la dispersion dans le paysage et l’existence d’isolats chez une espèce sociale forestière (singes magot) mis en évidence par une analyse de génétique du paysage



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Article dans Biological Conservation

Chez les mammifères forestiers, la fragmentation des forêts provoque des freins à la dispersion dans le paysage et augmente les risques d’érosion génétique et d’extinction des populations.

Les chercheurs d’ECOBIO - Pascaline Le Gouar, Dominique Vallet, Aude Ernoult, Yann Rantier, Nelly Ménard (Université de Rennes 1, CNRS, ECOBIO, Station biologique de Paimpont), avec Eric Petit (INRAE, ESE), Stéphane Dréano (IGDR), Mohamed Qarro (Ecole Nationale Forestière d'Ingénieurs, Maroc) - mènent des études de long terme en biologie de la conservation sur les singes magot (Macaca sylvanus), espèce en danger d’extinction, spécialiste de la forêt dont les populations sont distribuées en Algérie et au Maroc. Ils ont étudiés particulièrement l’effet de la fragmentation des forêts sur les capacités de mouvements des animaux dans le Moyen Atlas au Maroc, qui représente le principal réservoir de l’espèce avec environ 75% des effectifs mondiaux. L’étude a mobilisé les outils de génétique du paysage à différentes échelles spatiales. Les caractéristiques génétiques de 248 individus appartenant à 23 groupes sociaux ont été analysées à partir d’échantillons non invasifs de fèces.

Les résultats de modélisation ont montré une structure génétique significative au sein de la population étudiée et un frein au flux génique avec la formation d’isolats. La distance à la lisière de forêt représente le principal frein, les animaux ne s’éloignant pas à plus d’1 km de la forêt tandis qu’ils ne traversent pas les secteurs occupés par les activités humaines. Ces résultats, attendus par les gestionnaires en charge de la préservation de l’espèce, pourront être mobilisés lors des actions d’aménagements, qu’il s’agisse de pratiques de silvicultures ou de restoration de corridors entre fragments de forêts. L’analyse des flux de gènes en relation avec les caractéristiques paysagères permet de confirmer le fort fractionnement de la population suspécté par les précédentes études comportementales et démographiques. Cela a été possible grâce à la disponibilité de la plateforme d’écologie moléculaire (PEM) d’ECOBIO, spécialisée dans le traitement des échantillons non invasifs avec ADN dégradé et en faible quantité.

Cette étude repose sur un partenariat et des conventions de coopération de plusieurs années entre l’Université de Rennes 1 et l’Ecole Nationale Forestière d’Ingénieurs de Salé (convention UR1/ENFI) et l’Université de Rennes 1 et le Départements des Eaux et Forêts du Maroc.



Référence
Pascaline Le Gouar, Dominique Vallet, Aude Ernoult, Eric J. Petit, Yann Rantier, Stéphane Dréano, Mohamed Qarro, Nelly Ménard. A multiscale analysis of landscape resistance reveals genetic isolates in an endangered forest-specialist species the Barbary macaque (Macaca sylvanus). Biological Conservation, 2021, 263. https://doi.org/10.1016/j.biocon.2021.109337

 

Pascaline Le Gouar Biological Conservation Oct2021a
Carte des caractéristiques paysagères de la zone d'étude (> 3000 km²) dans le Moyen Atlas (Maroc), localisation des groupes de magots échantillonnés (G1-G23), et noms (en gras) des sept populations génétiques déduites à l'aide de GENELAND.
(A) Mosaïque paysagère d'habitats ; (B) gradient des distances d'éloignement de la lisière de la forêt. La distance minimale entre les populations était de 23 km en moyenne et variait de 7 à 43 km. Les noms des huit fragments de forêt où les magots ont été échantillonnés sont en italique. Les cercles rouges délimitent les populations génétiques.

 

Pascaline Le Gouar Biological Conservation Oct2021b
Magot en déplacement dans des zones enneigées.




Contact OSUR
Pascaline Le Gouar (Université de Rennes 1, ECOBIO) / @
Nelly Ménard (CNRS, ECOBIO) / @
Alain-Hervé Le Gall (CNRS, OSUR multiCOM) / @