Comment Ebola impacte la dynamique des populations de gorilles

Le premier article scientifique de l'ANR IDiPop est paru en juillet 2014 dans le Journal of Animal Ecology sous le titre "How Ebola impacts social dynamics in gorillas: a multistate modelling approach", "Comment Ebola impacte les dynamiques sociales chez les gorilles: une approche de modélisation multi-états".* Pascaline Le Gouar, maître de conférences à l'université de Rennes 1 et chercheuse au laboratoire ECOBIO de l'OSUR (station biologique de Paimpont) est co-auteur de cet article et responsable de l'ANR IDiPop. Les résultats d'observation menée au Congo depuis plus de 10 ans sur des populations de gorilles touchées par une épidémie de virus Ebola montre que la maladie peut influer le potentiel de reproduction, l'immigration et la dynamique sociale au sein de ces populations. L'étude souligne la nécessité de développer des modèles complexes qui intègrent les différents effets d'une maladie. En effet, les maladies infectieuses émergentes peuvent induire des changements rapides dans la dynamique des populations et menacer la pérennité de celles-ci. Dans les populations socialement structurées, les transferts d'individus entre unités sociales, comme par exemple des groupes de reproducteurs à des groupes de non-reproducteurs, déterminent la dynamique des populations. Précisément, cette étude suggère que les maladies peuvent affecter ces transferts cruciaux. Pascaline Le Gouar explique que du fait de la diminution de l'espérance de vie et donc de la capacité de reproduction, une épidémie Ebola perturbe la dynamique sociale au sein des populations de gorilles. Ainsi, pendant les pics épidémiques, les transferts de mâles et de femelles entre unités sociales augmentent. Elle précise également que l'on a pu observer le transfert de certaines femelles vers des groupes non-reproducteurs, ce qui est inhabituel dans une population non affectée. La chercheuse constate que six ans après le début de l'épidémie, les paramètres démographiques et la plupart des paramètres de dynamique sociale étaient retournés à leurs taux initiaux, ce qui suggère une certaine résilience dans la réponse à la perturbation. La formation de groupes de reproduction a même augmenté juste après Ebola, ce qui indique que les conditions environnementales étaient toujours favorables. Cependant, la récupération de la population a probablement été retardée car aucune immigration compensatoire n'a été observée. L’impact potentiel du virus Ebola dans les régions environnantes est certainement la cause de la baisse d’immigration. Cette nouvelle approche nécessite un suivi à long terme des populations pour comprendre leurs mécanismes de réactions à des changements émergents dans leur environnement. L'observation va donc se poursuivre ! * Référence de l'article : Genton, C., Pierre, A., Cristescu, R., Lévréro, F., Gatti, S., Pierre, J.-S., Ménard, N., Le Gouar, P. (2014), How Ebola impacts social dynamics in gorillas: a multistate modelling approach. Journal of Animal Ecology. doi: 10.1111/1365-2656.12268 En savoir plus : >>> Le projet ANR IDiPop 2012-2015 >>> Des gorilles et des hommes... au Congo >>> Virus Ebola : le gorille en danger critique d'extinction Contact : Pascaline Gouar (ECOBIO - Station biologique de Paimpont)