Des ultrasons pour stresser les microalgues

Les étangs d'Apigné près de Rennes sont parfois le terrain de jeu de "modélistes" originaux... mais sérieux : Luc Brient, ingénieur d'études au laboratoire ECOBIO de l'OSUR, spécialiste des cyanobactéries, est le pilote d'un catamaran, qui sous les abords d'un joujou futuriste, est un véritable labo flottant. Son objectif, c'est de stresser les microalgues... Luc Brient en dit plus sur l'origine du concept : "L’utilisation du support de diffusion des ultrasons (le drone aquatique) m’est venue en m’interrogeant sur les raisons de l’eutrophisation de certains plans d’eau qui ne devraient pas l’être. Cela m’a permis de découvrir une activité que je ne connaissais pas celle de la pêche à la carpe avec amorce. Cette pratique nécessite de déposer des kilos d’amas pour appâter les grosses carpes pendant plusieurs jours et qui nécessite un moyen de transport simple et léger : le drone aquatique". L’idée du drone aquatique est un concept qui fait émerger deux technologies : celle de l’utilisation des ultrasons pour un impact sur le développement massif des cyanobactéries en eau douce et celle d’un outil guidé manuellement ou dans le futur proche par liaison satellitaire. L’outil de diffusion des ultrasons est unique à l’heure actuelle et fait l’objet d’un brevet canadien de Marcel Boutin que Luc Brient a rencontré lors d’une de ses interventions à l’Institut national de recherche scientifique à Montréal. L’appareil émet des ultrasons d’une fréquence > à 100 KHz diffusés dans un rayon d’une trentaine de mètres dans l’eau. Sa puissance de 40w est pourvue par des batteries de faible poids et d’encombrement et d’une autonomie de 10h en continue. Son utilisation actuelle est de pouvoir contrôler les cyanobactéries par des émissions à des fréquences précises agissant sur la photosynthèse. L’objectif n’étant pas de faire "éclater" les cellules du fait de leur capacité pour certaines de ces espèces à produire différentes toxines. La démarche n'est donc pas curative, mais préventive : l'idée est d'intervenir en amont d'un développement massif de cyanobactéries. Lors des fortes chaleurs estivales, ces "blooms" phytoplanctoniques, autrement dit ces multiplications rapides d'algues qui colorent en bleu-vert les plans d'eau douce, produisent des quantités excessives de cyanobactéries toxiques, qui sont potentiellement à l'origine, pour l'homme, de conjonctivites, gastro-entérites, affections hépatiques ou dermatologiques et de mortalité pour les animaux. Soumises à des réglementations sévères mises en place pour maintenir la qualité sanitaire des eaux de baignade l'eau, cette technique intéresse particulièrement les collectivités locales contraintes de fermer temporairement leurs espaces de loisirs dédiés à la baignade, les gestionnaires de plan d’eau pour la production d’eau potable, les pisciculteurs. L'invention est donc prometteuse et suscite l'intérêt notamment des communes. L’utilisation des ultrasons en milieu naturel ne fait appel pour le moment à aucune législation en France ce qui nous amène à démontrer les impacts potentiels aux fréquences utilisées sur la faune et flore. Par ailleurs, il y a moins d’une dizaine de publications sur ce sujet ultrasons/micro-algues d’eau douce et la plupart provienne du monde asiatique. Ces impacts pourront être développés par un contrat ANR ECO–TS (éco technologies et écoservices) avec le soutien du pôle de compétence d’Alsace Lorraine HYDREOS et de quelques entreprises privées. Un autre des objectifs sera de tester une harmonie de fréquences sur les différents organismes aquatiques (en phase d’écriture à l’appel d’offre prévue pour fin 2012, début 2013). Maniable, léger, de faible encombrement (coffre de voiture), d’une autonomie de 10h, cet appareil devrait rendre de grands services dans le cas d’études et de surveillance de plan d’eau, voire de rivières, dans des milieux difficiles d’accès voire pollués. Il peut-être équipé d’un sonar, consultable des berges et d’un seuil sur lequel différents capteurs, voire des caméras, sont installés, apportant des profils verticaux et horizontaux du ou des paramètres que l’on veut suivre. Dans l’idéal, l'éco-drone pourrait permettre de réaliser des prélèvements d’eau à des profondeurs souhaitées, voire plusieurs prélèvements sur un parcours de plan d’eau. Plusieurs solutions s’offrent, liées aux volumes nécessaires pour des analyses. >>> Pour en savoir plus (revue de presse) : Un drone à ultrasons pour lutter contre les micro-algues (Le Monde en ligne - 14/08/2012) Sur l'eau, le drone « stresse » les microalgues (Ouest France en ligne - 04/08/2012) Un drone contre les algues (web Rennes Métropole - 06/8/2012)

Contact OSUR : Luc Brient (ECOBIO)