Virus Ebola : le gorille en danger critique d'extinction

Céline Genton, Jean-Sébastien Pierre, Nelly Ménard (ECOBIO) sont les co-auteurs d'un article publié dans la revue PLoS ONE (Genton C. et al., 2012) qui présente les résultats de leur étude de la population de gorilles de Plaine de l'Ouest de Lokoué (Parc National d'Odzala-Kokoua, Rép. du Congo), touchée par une épidémie du virus Ebola : Recovery Potential of a Western Lowland Gorilla Population following a Major Ebola Outbreak: Results from a Ten Year Study* Présentation :
Céline Genton est actuellement en thèse à la station biologique de Paimpont (laboratoire ECOBIO de l'OSUR, Université de Rennes 1) où elle travaille sous la direction de Nelly Ménard et Jean-Sébastien Pierre.
Étudier les capacités de récupération des populations naturelles suite à un crash démographique intéresse particulièrement les écologistes et les acteurs de la conservation des espèces. Les opportunités d’étude sont néanmoins rares, du fait de la difficulté à disposer des données de suivi des populations, à la fois avant et après le crash démographique. Les épidémies à virus Ebola ayant eu lieu en Afrique Centrale ont décimé jusqu’à 95% des individus des populations de gorilles de plaine de l’Ouest (Gorilla gorilla gorilla) affectées (Bermejo et al., 2006; Caillaud et al., 2006; Huijbregts et al., 2003; Leroy et al., 2004; Walsh et al., 2003). Évaluer si, et en combien de temps, une population affectée peut se rétablir est essentiel pour ce taxon en danger critique d’extinction (IUCN, 2011). La population de gorilles visitant la clairière de Lokoué (Parc National d’Odzala-Kokoua, République du Congo) a été suivie avant, deux ans et six ans après avoir subi une épidémie à virus Ebola en 2004. Ceci nous a permis de mesurer les impacts de cette épidémie sur la structure de la population à court et plus long terme et d’évaluer, avec nos connaissances de l’espèce et de cette population en particulier, son potentiel de récupération.
La taille de la population, qui comptait 377 gorilles identifiés avant Ebola, chuta à 38 gorilles identifiés deux ans après Ebola. L’épidémie avait touché majoritairement les individus vivant en groupe (Caillaud et al., 2006). Ainsi, deux ans après Ebola, la proportion d’individus vivant en groupe a significativement diminué. La population comptait significativement moins d’immatures et de femelles adultes, catégories d’individus connus pour vivre exclusivement en groupe (Gatti et al., 2004; Magliocca et al., 1999). La taille des groupes reproducteurs et le nombre de femelles adultes qu’ils comprenaient ont significativement diminués. Il s’agissait de groupes reproducteurs naissants.
Six ans après Ebola, la taille de la population est restée stable (40 individus identifiés) ; cependant sa structure a changé de sorte qu’elle ne diffère plus significativement de celle de la population avant Ebola. Ceci est permis par la dynamique de la population post-Ebola. Les mâles solitaires non-matures tendaient à émigrer de la population, certainement à la recherche de futures partenaires dans une population plus dense. Ceci tandis que les jeunes dos argentés (mâles matures) restaient pour former de nouveaux groupes reproducteurs avec des femelles immigrantes. L’immigration de femelles adultes, la formation de nouveaux groupes reproducteurs, et les naissances observées, suggèrent que la population a le potentiel de récupérer de l’épidémie.
Durant l’épidémie, les femelles adultes et subadultes survivantes rejoignirent des dos argentés solitaires âgés. Ces femelles ont ensuite rejoint de jeunes dos argentés, formant de nouveaux groupes reproducteurs où elles se sont reproduites. Il est intéressant de constater que des femelles ont rejoint des dos argentés qui n’étaient vraisemblablement pas le père de leur enfant, sans pour autant qu’un infanticide soit observé. Les conséquences de l’épidémie à virus Ebola sur la structure de la population sont différents deux ans et six ans après l’épidémie. Ainsi, nos résultats pourraient être utilisés comme indicateurs pour détecter et dater une épidémie qui aurait affecté une population de gorille non-suivie.

Bermejo M, Rodriguez-Teijeiro JD, Illera G, Barroso A, Vila C, and Walsh PD (2006) Ebola outbreak killed 5000 gorillas. Science 314:564-564. Caillaud D, Levréro F, Cristescu R, Gatti S, Dewas M, Douadi M, Gautier-Hion A, Raymond M, and Ménard N (2006) Gorilla susceptibility to Ebola virus: The cost of sociality. Current Biology 16:489-491. Gatti S, Levréro F, Ménard N, and Gautier-Hion A (2004) Population and group structure of western lowland gorillas (Gorilla gorilla gorilla) at Lokoué, Republic of Congo. American Journal of Primatology 63:111-180. Huijbregts B, De Wachter P, Obiang LSN, and Akou ME (2003) Ebola and the decline of gorilla Gorilla gorilla and chimpanzee Pan troglodytes populations in Minkebe Forest, North-Eastern Gabon. Oryx 37. IUCN (2011) The IUCN Red List of Threatened Species. 2011.2. Leroy EM, Rouquet P, Formenty P, Souquière S, Kilbourn AM, Froment J-M, Bermejo M, Smit S, Karesh W, Swanepoel R, Zaki SR, and Rollin PE (2004) Multiple ebola virus transmission events and rapid decline of central african wildlife. Science 303:387-390. Magliocca F, Querouil S, and Gautier-Hion A (1999) Population structure and group composition of western lowland gorillas in North-Western Republic of Congo. American Journal of Primatology 48:1-14. Walsh PD, Abernethy KA, Bermejo M, Beyers R, De Wachter P, Ella Akou M, Huijbregts B, Idiata Mambounga D, Kamdem Toham A, Kilbourn AM, Lahm SA, Latour S, Malsels F, Mbina C, Mihindou Y, Ndong Obiang S, Ntsame Effa E, Starkey MP, Telfer P, Thibault M, Tutin CEG, White LJT, and Wilkie DS (2003) Catastrophic ape decline in western equatorial Africa. Nature 422:611-614.



* Référence complète de l'article : Genton C, Cristescu R, Gatti S, Levréro F, Bigot E, et al. (2012) Recovery Potential of a Western Lowland Gorilla Population following a Major Ebola Outbreak: Results from a Ten Year Study. PLoS ONE 7(5): e37106. doi:10.1371/journal.pone.0037106


>>> Ecouter une interview de Céline Genton sur Radio Campus Rennes (Émission du 25 Mai 2011) : Le gorille en danger critique d'extinction
>>> Découvrir le court-métrage "Echappées belles..." réalisé par Céline Genton dans le cadre du festival universitaire 'Sciences en Cour[t]s' (2011)

Contact OSUR : Céline Genton (ECOBIO)


Gorilla gorilla gorilla