La post-fouille : la face cachée du travail de l’archéologue. De la plage... au labo



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Le CReAAH est en pleine exploitation du matériel archéologique prélevé sur le site de Beg-er-Vil (Quiberon, Morbihan) de 2012 à 2018

Le CReAAH est en pleine exploitation du matériel archéologique prélevé pendant six ans sur le site de Beg-er-Vil (Quiberon, Morbihan). En archéologie, on appelle ce travail la post-fouille. C’est un ensemble d’activités, en laboratoire, d’identification et d’inventaire du mobilier recueilli au moment de la fouille : souvent ingrat, laborieux, méticuleux, très chronophage, mais indispensable à l’avancée des connaissances du site, en l’occurrence un amas coquillier du Mésolithique. Ce « travail de fourmis » est réalisé par des bénévoles, souvent des étudiants en archéologie, sous la direction de Catherine Dupont (CReAAH).


Pour les stagiaires, la post-fouille offre une formation sur le tas (de sable... bien sûr !), une initiation aux phases de traitement du mobilier archéologique, à savoir : étude lithique, tri des refus de tamis, reconnaissance des classes animales présentes (mammifères, poissons, oiseaux, crustacés, coquillages, batraciens etc.), initiation à l’archéozoologie des invertébrés marins (identification, quantification, taphonomie, biométrie).

Rappelons que le site de Beg-er-Vil est un site de référence pour la fin du Mésolithique dans l’ouest de la France : sa fouille est d’autant plus impérieuse que celui-ci est en péril du fait de l’érosion marine et anthropique. Il est fouillé depuis 2012 sous la direction de Grégor Marchand (CReAAH). Catherine Dupont (CReAAH) y est, quant à elle, responsable des analyses paléoenvironnementales. L’épais niveau archéologique a livré une quantité très importante de vestiges : des ossements de mammifères, des restes de crabes, de poissons, d’oiseaux, de coquilles marines, de silex taillés, de parures etc... L’intégralité de l’épaisseur du dépotoir coquillier a été fouillée. L’équipe du CReAAH s’est donnée le challenge de tout trier pour faire de Beg-er-Vil un site de référence pour notre connaissance des derniers chasseurs-cueilleurs–pêcheurs de la façade atlantique de l’Europe. Ce travail exhaustif permettra de travailler sur l’homogénéité de la distribution spatiale des vestiges archéologiques. Il est également indispensable pour limiter les volumes à stocker pour que l’intégralité des découvertes puissent être gérer dans le dépôt archéologique. Ainsi, les générations futures pourront réexaminer ces vestiges vieux de plus de 8000 ans pendant bien des années.

Le site de Beg-er-Vil comprend également un niveau de pierres brûlées associées à des coquilles d’huîtres, des fosses, des foyers, et des vestiges de ce qui pourraient bien être des huttes. .En parallèle du tri, les études du mobilier archéologique se poursuivent. Le mobilier lithique de plusieurs années de fouille a d’ores et déjà été traité, ainsi que l’intégralité du macro-outillage. Coté invertébrés marins, les huîtres et les restes de crabes d’une campagne de fouille ont aussi livré leurs secrets. Mais il reste encore beaucoup à faire.

Espérons que le projet NEOMAR dirigé par Morgane Ollivier (ECOBIO) intitulé « La néolithisation en Atlantique Nord Est: étude de la modification du rapport à la nature des populations maritimes par l’analyse de la dynamique de la biodiversité locale » permette d’extraire l’ADN piégé dans ce dépotoir. Nous verrons alors ce qui est passé entre les mailles des tamis...

Bref, y’a du taf…! Voici quelques chiffres pour le stage proposé en juillet 2019, car si tout le mobilier des années 2012, 2013, 2016, 2017 et 2018 a d’ores et déjà été traité, il nous reste encore :
- 782 sacs de de refus de tamis de 2 millimètres
- 352 sacs de de refus de tamis de 4 millimètres à trier !
Ces chiffres ne découragent pas les fouilleurs puisque 1948 sacs de 2mm et 2023 sacs de 4mm ont d’ores et déjà été triés.


Le stage de juillet 2019 dure 2 semaines. Il compte plus d’une dizaine de participants. Ce sont des bénévoles retraités, actifs, étudiants et lycéens, tous passionnés d’archéologie.

A noter que cette année une exposition intitulée "Il y a 8000 ans, les premiers Quiberonnais. Bilan de 7 ans de fouilles sur le site mésolithique de Beg er Vil" vient de voir le jour. Elle fait le bilan de l'état d’avancement des analyses réalisées autour de Beg-er-Vil. Cette exposition est proposée par l'association Culture et Patrimoine de la Presqu'île de Quiberon et le CReAAH.



Quiberon 2019


Pour en savoir plus :
>>> Article de Ouest-France le 18 juin 2019
>>> Le site du musée de Quiberon




Quiberon 2019b
Photo © C. Dupont
Les membres de l'association Culture et Patrimoine de la Presqu'île de Quiberon ont participé au montage de l’exposition avec les membres du CReAAH




Contact OSUR
Catherine Dupont (CReAAH) / @
Alain-Hervé Le Gall (multiCOM OSUR) / @








Cet article est de OSUR
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