Renaturation de la Sélune : la végétation spontanée peut-elle contribuer à la restauration écologique des berges ?



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ARTICLE DANS RIVER RESEARCH AND APPLICATIONS

Charlotte Ravot (BAGAP, Agrocampus Ouest), Marianne Laslier (LETG-Rennes), Laurence Hubert‐Moy (LETG-Rennes), Simon Dufour (LETG-Rennes), Didier Le Coeur (BAGAP, Agrocampus Ouest), Ivan Bernez (ESE, INRAE) publient en septembre 2019 un article dans un numéro spécial de la revue River Research and Applications consacré à la question de la renaturation de la Sélune, petit fleuve côtier qui se jette dans la baie du Mont-Saint-Michel, suite à l'arasement (déconstruction) de deux barrages hydrauliques.



Dans le cadre du projet pilote de démantèlement des deux grands barrages (h. 36 et 16 m) de la Sélune, dont le bassin versant est principalement dans le département de la Manche (Basse-Normandie), un programme scientifique de suivi à long terme (avant et après arasement) de la renaturation de la Sélune a été mis en place sous la coordination de l’INRAE (institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) de Rennes et de l’OFB (Office Français de la Biodiversité) et grâce à l’investissement d‘un groupe multidisciplinaire d’organismes de recherche. La phase initiale, avant suppression des ouvrages (2015-2018), a inclus le projet Séripage (« Sélune : écologie et gestion des zones ripariennes et des paysages agricoles »), financé par l’AESN (Agence de l’Eau Seine Normandie), dont fait partie cette étude. La région Bretagne a financé un doctorat (Marianne Laslier, Université Rennes 2 et CNRS). Nous remercions tout spécialement deux de nos partenaires sur le terrain : la Direction Départemental des Territoires et de la Mer de la Manche et l’Antenne Basse-Normandie du Conservatoire Botanique National de Brest.


La restauration de la continuité écologique du fleuve Sélune est un projet de suppression de barrages hydroélectriques sans précédent en Europe. Avant l’arasement, la gestion des sédiments accumulés dans le lac de retenue de Vezin à l’amont (19 km de long, 151 ha) a été assurée sur site par des opérations d’ingénierie civile lourdes permises par une vidange progressive (2014-2018) afin d’éviter leur emportement en aval. Le reverdissement spontané des rives, dénoyées par étapes, est suivi depuis 2015 selon les modalités de conduite des travaux visant à contenir les sédiments.


Nos objectifs étaient de voir, dans cette phase critique de mise à nu de sédiments, si les communautés végétales spontanées pouvaient participer à une forme de restauration écologique passive sur les néo-berges et aider au maintien des sédiments de la zone exondée. Pour cela nous avons suivi à deux échelles (locale sur le site dit « pont de la République » et globale, sur toute la retenue) des indices de structure de la végétation, de richesse taxonomique et la composition des communautés végétales. Ainsi nous avons caractérisé i) la végétation spontanée, ii) le gradient végétal longitudinal au sein de l’ancien lac, iii) les variations temporelles (2014-18) des communautés de plantes au cours de la vidange de Vezin.


Les enseignements tirés peuvent aider au choix des techniques de restauration écologique les plus appropriées :
La végétation spontanée recolonisant une retenue ancienne (90 ans) s’exprime avec une grande diversité floristique et par une mosaïque d’habitats, tant sur un gradient longitudinal que latéral ; ceci est liée à la grande hétérogénéité physique au sein de l’ancien lac et au mode très lent d’abaissement du niveau d’eau (la vidange précédente (1993) avait duré quelques journées d’un même été, tandis qu’ici elle a eu lieu sur quatre ans).


Les fonctions écologiques portées par cette végétation appuient la possibilité d'envisager un reverdissement intégral rapide et un maintien des sédiments sur plusieurs dizaines d'hectares de la vallée retrouvée, grâce à de nombreuses herbacées, peu d’espèces envahissantes (sous surveillance du conservatoire botanique). Un suivi des successions secondaires et des espèces ligneuses est en cours.


Ces résultats suggèrent que l’on a un fort potentiel de stabilisation des sédiments par la flore spontanée et qu’un plan de gestion de la néo-vallée pourrait inclure de la restauration écologique passive bien moins interventionniste (gain de temps et d’argent, impact carbone moindre). Des études complémentaires sont en cours sur les traits biologique pour affiner le diagnostic.



Référence
Ravot C, Laslier M, Hubert‐Moy L, Dufour S, Le Coeur D, Bernez I. Large dam removal and early
spontaneous riparian vegetation recruitment on alluvium in a former reservoir: Lessons learned from the pre‐removal phase of the Sélune River project (France). River Res Applic. 2019;1–13. doi.org/10.1002/rra.3535

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Archives départementales de la Manche au Moulin de Barbotière avant la construction du barrage

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Barbotière été 2017 (© Charlotte Ravot)

3
Barbotière fin d’été 2018 (© Charlotte Ravot)


>>> En savoir plus sur la Sélune




Contact OSUR
Ivan Bernez (ESE, INRA) / @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) : @








Cet article est de OSUR
https://osur.univ-rennes1.fr/news/renaturation-de-la-selune.html