La végétation riveraine des cours d’eau : un atout pour le développement durable des territoires



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ARTICLE DANS BIOSCIENCE

Simon Dufour (Université Rennes 2, LETG-Rennes) et ses collègues publient en juin 2020 dans la revue BioScience un article de synthèse (Editor's choice) sur les services écosystémiques rendus par la végétation riveraine des cours d'eau. Dans cet article, les auteurs proposent non seulement de caractériser les services rendus mais aussi d’être capable d’évaluer l’effectivité et l’ampleur de chaque service selon les contextes afin d’améliorer effectivement la gestion des systèmes fluviaux. Pour avancer dans cette direction, l'article propose de poser les bases d’une approche plus fine de la caractérisation des servies écosystémiques rendus par cette végétation très spécifique.  Pour cela, les principaux services ont été identifiés et analysés en distinguant quatre types principaux de végétation riveraine en fonction de la structure de la végétation (arborée/non) et des conditions d’humidité (humide/sec).

 


La végétation riveraine des cours d’eau a la capacité de fournir une quantité disproportionnée de services écosystémiques par rapport à leur étendue dans le paysage en raison de leur nature d'écotone et de leurs fonctions écologiques (biodiversité, rôle de corridor, lutte contre l’érosion, etc.). Toutefois, la végétation riveraine est soumise à une pression importante (modification du régime de perturbation,  régulation du débit des cours d'eau, pollution, changement d’usages des sols, etc.). Ainsi, malgré la reconnaissance ancienne de ces nombreuses fonctions, l’état des ripisylves reste souvent très dégradé ce qui limite leur capacité à rendre effectivement les services écosystémiques potentiellement associés à ces fonctions. En Europe, on estime que 80 % des habitats riverains ont été profondément transformés au cours des 200 dernières années. Elle a diminué de 85 à 95 % en Californie, en Arizona et au Nouveau-Mexique (États-Unis), majoritairement sous l’effet du pâturage. Parmi les causes de la dégradation des écosystèmes riverains, la difficile intégration des services rendus par les ripisylves dans leur gestion et leur restauration, le caractère multifonctionnel des ripisylves et la diversité des situations en fonction des contextes géographiques restent des freins majeurs. En effet, la zone riveraine est caractérisée par une forte variabilité spatiale et temporelle principalement due aux conditions bioclimatiques, géomorphologiques et d'usages des sols, qui changent toutes avec le temps sous l'influence de processus biophysiques et des activités humaines. Ainsi, il ne s’agit pas seulement de reconnaître les services rendus mais aussi d’être capable d’évaluer l’effectivité et l’ampleur de chaque service selon les contextes. Pour avancer dans cette direction, cet article propose de poser les bases d’une approche plus fine de la caractérisation des servies écosystémiques rendus par la végétation riveraine des cours d’eau.  Pour cela, les principaux services ont été identifiés et analysés en distinguant quatre types principaux de végétation riveraine en fonction de la structure de la végétation (arborée/non) et des conditions d’humidité (humide/sec).

 

Cet article souligne également les lacunes en matière de connaissances et les auteurs évaluent les possibilités qu'une approche des services écosystémiques offre à la gestion. En effet, cette synthèse met en évidence le besoin de connaissances quantitatives et spatialement explicites sur la manière dont les quatre principaux types de végétation et les caractéristiques des espèces soutiennent spécifiquement les différents services. En outre, les chercheurs n’ont pas pris en considération uniquement les principaux types de végétation, mais de nombreux types de végétation intermédiaires sont également présents et pourraient soutenir différentes combinaisons de services. Deuxièmement, certains services sont sous représentés en matière de connaissances comme la dispersion des semences et des propagules, les ressources génétiques et la protection contre les incendies. Troisièmement, une question générale qui se pose pour toutes les approches basées sur les services écosystémiques est celle de l'échelle spatiale. Quelle est la surface nécessaire pour soutenir et optimiser chacun services ? Comment intégrer la dimension amont / aval de la fourniture des services ? Etc. Enfin, quatrièmement, les services culturels sont importants, mais il est actuellement difficile d'évaluer quantitativement leurs bénéfices, et ils sont donc généralement écartés des outils de gestion. Ainsi, actuellement, la plupart des projets de restauration liés à l'eau visent simplement à améliorer les habitats ou la qualité de l'eau, mais passe à côté d'autres services importants. Afin de maximiser les bénéfices de ces investissements dans la restauration, les auteurs suggèrent de développer des approches plus intégrées.

 

 

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Fig. 1 : Le modèle de cascade des écosystèmes, qui met en évidence le rôle des processus de soutien et des services intermédiaires dans la fourniture des services finaux et des biens et avantages que les humains tirent de la végétation riveraine. (Source : adapté avec la permission de Potschin et Haines-Young, 2011).

 

 

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Fig. 2 : Diagramme montrant les quatre principaux types de végétation riveraine, structurés selon deux facteurs principaux : couverture de la végétation (arborée/non) et des conditions d’humidité (humide/sec)

 

 

Référence

Tenna Riis, Mary Kelly-Quinn, Francisca C Aguiar, Paraskevi Manolaki, Daniel Bruno, María D Bejarano, Nicola Clerici, María Rosário Fernandes, José C Franco, Neil Pettit, Ana P Portela, Olga Tammeorg, Priit Tammeorg, Patricia M Rodríguez-González, Simon Dufour, Global Overview of Ecosystem Services Provided by Riparian Vegetation, BioScience, Volume 70, Issue 6, June 2020, Pages 501–514, doi.org/10.1093/biosci/biaa041

 

 

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