L’ambre birman apporte un éclairage nouveau sur l’histoire évolutive et la diversité fossile des guêpes



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Article dans Cretaceous Research

L’étude de l’histoire évolutive des insectes est depuis longtemps liée à celle du registre fossile et aux informations qu’il fournit. Dans deux articles parus respectivement dans Zoological of the Linnean Society en juillet 2020, et dans Cretaceous Research en septembre 2020, Corentin Jouault (étudiant en Master PPP de l'université de Rennes 1) et des chercheurs de Géosciences Rennes, du Muséum National dHistoire Naturelle, et de l’Académie des Sciences de Moscou, clarifient lhistoire évolutive des guêpes Bethylidae et décrivent une nouvelle famille de guêpes fossiles.

 

L’ambre du Crétacé moyen du Myanmar est actuellement le plus étudié au monde. Depuis deux décennies, l'exploitation des très riches gisements de la vallée du Hukawng a fourni une quantité pléthorique d’inclusions fossiles d’insectes, de plantes, et plus rarement de petits vertébrés, tous piégés dans des coulées de résine de conifères il y a environ 98 millions d’années. Ces fossiles livrent des informations cruciales pour comprendre l’histoire évolutive des lignées d’insectes. L’une des particularités de l’ambre est de conserver l'organisme piégé en 3D, parfois même ses structures internes, et ainsi de restituer de manière exceptionnelle tous les détails morphologiques préservés depuis des millions d'années. Dans le cas des guêpes étudiées (Figs. 1-2), il est alors possible de les comparer avec leurs plus proches représentants actuels, puis d’établir les relations de parenté entre les espèces actuelles et fossiles en se basant sur leurs ressemblances et sur les caractères qu’elles partagent (Fig. 1C).

 

Dans la première étude visant à clarifier les relations de parenté au sein des guêpes parasitoïdes Bethylidae, aussi appelées « guêpes plates » en raison de leur apparence aplatie, deux nouveaux genres et espèces ont été décrits: Cretapristocera longiscapa (Fig. 1A,B) et Megalopsenella pouilloni. Les nouveaux taxons ont ensuite été implémentés dans une analyse cladistique intégrant des genres actuels mais également fossiles, et représentant l’ensemble des 8 sous-familles de Bethylidae (Fig. 1C). Cette analyse a permis d’établir un « schéma d’apparition » des sous-familles et suggère que les Holopsenellinae, auxquels appartient Megalopsenella pouilloni, ont divergé en premier, c’est à dire qu’ils se sont séparés précocement de l’ancêtre commun qu’ils partagent avec le reste des Bethylidae (Fig. 1C). Ce placement est également confirmé par l’étude de la nervation alaire qui suggère une simplification (réduction du nombre de veines et de cellules) au cours de l'histoire de cette famille.

 

Dans la seconde étude, la découverte par Vincent Perrichot, dans une collection d’ambre privée allemande, d’un spécimen de guêpe présentant des caractéristiques morphologiques atypiques, a mené à la description d’une nouvelle famille : les Ohlhoffiidae (Fig. 2). Nommée en l’honneur du collectionneur Rainer Ohlhoff qui a fourni le spécimen type, cette famille représente une lignée éteinte au sein d'un groupe de guêpes parasites visiblement florissant au Crétacé, mais aujourd'hui réduit à une seule famille.

 

Quelques mots sur le cursus de Corentin Jouault (master mention Bio-Géosciences, parcours PPP paléontologie, paléo-environnement et patrimoinel) :

Les insectes le fascinent depuis l'enfance et c’est donc tout naturellement qu'il a décidé, très tôt, de les étudier. Dans un premier temps, il s'est intéressé aux fourmis, sûrement pour leur diversité et leur organisation eusociale. Au cours de sa licence de biologie (BO3E à l'université de Rennes 1), il a eu la chance de partir les observer et de jouer les naturalistes en Guyane. Il a souhaité ensuite approfondir en Master l’étude de l’évolution de ces petites bêtes qui le passionnent, avec notamment une approche paléontologique. Il lui fallait donc trouver une formation en adéquation avec son projet (obtenir un doctorat) et dans laquelle un encadrant serait en mesure de répondre à ses questions. Il avait suivi en licence les cours de paléontologie avec Vincent Perrichot (au labo Géosciences Rennes), qui travaille sur cette thématique, et qui lui a d'abord proposé d’étudier quelques spécimens actuels collectés en Nouvelle-Calédonie, avant de le lancer sur l'étude des fossiles. Il s'est alors progressivement familiarisé avec les spécificités liées à l'étude de l'ambre et il a commencé la description de divers insectes fossiles, et le voici donc 2020-21 en M2 ! Ayant commencé très tôt l'entomologie, il est également entré en contact avec le Professeur André Nel, paléoentomologiste au Muséum National d'Histoire Naturelle, qui avec Vincent l'a guidé pour ses premiers pas dans l’étude systématique et phylogénetique des insectes fossiles.

Corentin Jouault

Objectif à très court terme : défendre un sujet de thèse au concours 2021 ! Il a mis tous les atoûts de son côté, car c’est extrêment rare qu’un étudiant publie dès son master. En janvier 2021, Corentin en est déjà à 16 articles publiés, dont 11 en 1er auteur ! C’est absolument exceptionnel !

 




Corentin Joualut Cretaceous Research 2020 Fig1b
Figure 1 : A-B : Cretapristocera longiscapa (holotype IGR. BU-009), habitus en vue dorsale. C : Abre de consensus strict obtenu à partir des analyses phylogénétique. Les valeurs sur les branches correspondent au bootstrap alors que les valeurs sous les branches représentent les synapomorphies et les états de caractères. Barres d’échelle : 0.5 mm



Corentin Joualut Cretaceous Research 2020 Fig2b
Figure 2 : Ohlhoffia robusta (holotype MB.I 7901), habitus en vue latérale gauche. Barres d’échelle : 2 mm.




Référence
Corentin Jouault, Alexandr P. Rasnitsyn, Vincent Perrichot, Ohlhoffiidae, a new Cretaceous family of basal parasitic wasps (Hymenoptera: Stephanoidea), Cretaceous Research, 117, 2021, 104635, doi.org/10.1016/j.cretres.2020.104635.
Corentin Jouault, Valérie Ngô-Muller, Jean-Marc Pouillon, André Nel, New Burmese amber fossils clarify the evolution of bethylid wasps (Hymenoptera: Chrysidoidea), Zoological Journal of the Linnean Society, , zlaa078,






Contact OSUR
Corentin Jouault (Université de Rennes 1, master PPP) / @
Vincent Perrichot (Université de Rennes 1, Géosciences Rennes) / @
Alain-Hervé Le Gall (OSUR multiCOM) / @








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