Plus de la moitié des lézards et serpents des îles de Guadeloupe ont disparus après la colonisation européenne de l’archipel


 AHLeGall    21/05/2021 : 07:41

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Article dans Sciences Advances

Une nouvelle étude publiée dans la revue Science Advances en mai 2021 (Corentin Bochaton et al.), dans laquelle on retrouve Olivier Lorvelec (INRAE, ESE), utilise des données fossiles pour étudier l’évolution de la biodiversité passée des reptiles de l’archipel de Guadeloupe. Les résultats montrent la grande stabilité de cette biodiversité avant la colonisation européenne de l’archipel au XVIIe siècle qui va entraîner la disparition d’entre 50 et 70 % des reptiles natifs en lien avec les pratiques agricoles et l’introduction de nouveaux animaux prédateurs (mangouste, chat).


L’étude de l’impact des activités humaines sur l’environnement à récemment aboutit à la définition d’une nouvelle époque géologique, l’Anthropocène, dans laquelle les populations humaines sont les acteurs majeurs des changements climatiques et environnementaux. L’une des manifestations de ces phénomènes est l’érosion de la biodiversité animale que notre planète subit actuellement. Cette crise d’extinction est un phénomène qui a pu débuter il y a plusieurs centaines voir milliers d’années, possiblement dés l’émergence des sociétés pratiquant l’agriculture. Les connaissances scientifiques concernant l’évolution de la biodiversité terrestre dans le temps demeurent cependant très limitées, car les études sont rares et se concentrent généralement sur les grands animaux vertébrés et les mammifères. D’autre part, les aires tropicales qui abritent pourtant la plus grande partie de la biodiversité de notre planète sont celles qui sont actuellement les moins étudiés.

Une nouvelle étude prend le contre-pied de tendances en documentant l’évolution de la biodiversité des reptiles de l’archipel de Guadeloupe en lien avec les colonisations successives de ces îles par les populations humaines amérindiennes puis européennes. Ce travail, issue d’une collaboration entre le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN), le Max Planck Institute for the Science of Human History (MPI-SHH), l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et l’Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement (INRAE), prend en compte 43 000 ossements de reptiles découverts dans les sites archéologiques et paléontologiques de l’archipel de Guadeloupe et démontre qu’entre 50 et 70 % des lézards et serpents des îles de Guadeloupe se sont éteints depuis le XVIIe siècle.

Cette énorme perte de biodiversité à partir de la période coloniale met en avant la grande stabilité de la biodiversité des reptiles pendant les périodes précédentes, malgré les changements climatiques et les colonisations par les populations amérindiennes qui n’ont eu que peu d’impact sur la faune native de Guadeloupe. Les résultats obtenus grâce au matériel fossile révèlent également un lien entre la taille des reptiles, leurs modes de vie et leurs chances de s’éteindre. Ces nouvelles données permettent d’établir un lien entre l’extinction des reptiles et les pratiques agricoles post-coloniales ainsi que le rôle des prédateurs introduits aux périodes coloniales comme le chat et la mangouste indienne.

Cette nouvelle publication confirme que la non-considération des données fossiles conduit vraisemblablement à une sous-estimation significative des effets l’impact humain sur la biodiversité à l’échelle globale. Ce travail montre également que la conception des stratégies de conservation de la biodiversité est susceptible de s’appuyer sur des données fournies par les études portant sur la biodiversité ancienne, des approches qui demeurent très peu développée dans le monde tropical dont la biodiversité est actuellement la plus fortement menacée d’extinction.


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Légende : Évolution de la biodiversité des serpents et lézards de l’archipel de Guadeloupe au cours du temps montrant l’extinction des espèces natives et leur remplacement par des taxons nouvellement introduits à la période moderne. Crédit : Corentin Bochaton

Légende : Os dentaires (mâchoire inférieure) des différentes espèces de lézards identifiées dans le matériel fossile provenant de l’archipel de Guadeloupe. Crédit : Corentin Bochaton





Référence
Bochaton C., E. Paradis, S.Bailon, S.Grouard, I. Ineich, A. Lenoble, O. Lorvelec, A. Tresset et N. Boivin, 2021. Large-scale reptile extinctions following European colonization of the Guadeloupe Islands. Science Advances. 19 May 2021: Vol. 7, no. 21, eabg2111. DOI: 10.1126/sciadv.abg2111 




Contact auteur
Corentin Bochaton (UMR 5199 PACEA - Université de Bordeaux) / @
Anne-Cécile Jouvin (PACEA Communication) / @



Contact OSUR
Olivier Lorvelec (INRAE, ESE) / @
Alain-Hervé Le Gall (CNRS, OSUR multiCOM) / @








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