Le programme Sélune : un concentré pluridisciplinaire de collaborations au sein de l'OSUR



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Avec les labos OSUR, l'INRAE et l'institut Agro, le CNRS et les universités rennaises

Depuis 2012, des scientifiques de tous horizons sont mobilisés sur le projet d’effacement des deux barrages de la Sélune (petit fleuve côtier qui se jette dans la baie du Mont Saint Michel) : ils sont spécialisés dans des domaines aussi variés que la biologie, l’écologie, l’hydrologie, la géographie, la géologie, la chimie,  ou les sciences humaines et sociales. Ce programme scientifique Sélune est donc éminemment pluridisciplinaire : c’est à ce titre un concentré de collaborations entre les différents organismes et établissements (INRAE, CNRS, universités rennaises et l’institut agro) et bien sûr les labos au sein de l’OSUR, et bien au-delà !

Jusqu’à présent, les recherches se sont concentrées sur la compréhension du fonctionnement du fleuve avec les barrages, mais aussi sur l’anticipation des changements consécutifs à l’effacement des barrages. Après l’arasement des barrages, les travaux de recherches porteront désormais sur le fonctionnement du fleuve. Avec ce double état des lieux, en comparant donc l’avant et l’après, ils pourront mesurer et caractériser les effets de l’effacement des barrages, et ainsi évaluer les coûts et les bénéfices (écologiques, sociétaux) liés au retour d’un écosystème fluvial « naturel », sans entrave. Les suivis réalisés en continu avant, pendant et après l’arasement, permettront par conséquent de caractériser la dynamique de restauration : autrement dit, il n’y a pas uniquement un travail de comparaison avant/après, mais tout un « observatoire » de la dynamique... réalisé au fil de l'eau.



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Ci-dessus : panneau d'information (juillet 2019) au niveau de l'ancien Pont de la République (ci-dessous)
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Les acteurs et les partenaires

Le programme scientifique Sélune est donc pluridisciplinaire, et même transdisciplinaire. Différents labos abordent les problématiques avec des angles variés et complémentaires : écologie, géologie, hydrologie, géographie physique et humaine… On y retrouve donc les UMRs du périmètre étendu de l’OSUR :

  • du côté INRAE et l'instit Agro : ESE, SAS, BAGAP, U3E
  • du côté CNRS et Universités de Rennes : ECOBIO, LETG-Rennes, Géosciences Rennes

Mais aussi d’autres UMRs ailleurs en France : EDB Toulouse, LAVUE Paris Nanterre, EVS Lyon, LGP Paris, BOREA, le MNHN etc.. Parmi les partenaires on note la présence d’EDF, du BRGM, de l’Agence de l’eau Seine Normandie (AESN), l'Office Français de la Biodiversité (OFB), la FNPF (Fédération Nationale de la Pêche en France) et l'Etat (DDTM50 - Direction Départementale des Territoires et de la Mer de la Manche, Maître d’ouvrage) (voir ici pour le panorama complet des acteurs et partenaires).

Toutes ces entités travaillent en synergie, selon des périmètres variés en fonction des projets de recherche en cours.

 

 

Un peu d'histoire

Le département de la Manche compte deux aménagements hydrauliques situés sur la Sélune. Le plus important se trouve à Isigny-le-Buat (Vezins) construit entre 1929 et 1932 et le second, plus modeste et plus en aval, à la Roche-qui-Boit (à Saint-Laurent-de-Terregatte) construit un peu plus tôt entre 1915 et 1920.

278 m de long et 36 m de haut, le barrage de Vezins est huit fois plus puissant que celui de la Roche-qui-Boit. Ces deux ouvrages étaient exploités par EDF pour la production d’électricité. En 2009, dans le cadre de l’application de la DCE et du Grenelle de l’environnement (trame bleue), le gouvernement décide de procéder à l'arasement des deux barrages dans le cadre du plan de restauration de la continuité écologique des cours d’eau. En 2018, les vidanges des retenues sont effectives et le préfet de la Manche autorise les travaux de déconstruction du barrage de Vezins et le démantèlement du barrage de La-Roche-Qui-Boit. De fait, le lac de Vezins a déjà disparu à l’occasion d’une vidange pour visite de sûreté, en attendant la mise en oeuvre effective des arasements proprement dit (car le projet ne fait pas l'unanimité et l'association "les Amis du barrage" se bat sur le terrain judiciaire). Les scientifiques auront au final 16 ans (2012-2027) pour étudier cet écosystème chamboulé, aussi bien d'un point de vue écologique qu'hydrologique...


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Le barrage de Vezins (juillet 2019) : la végétation reprend ses droits quelques mois après la vidange de la retenue d'eau



Un projet scientifique unique en Europe

In fine, ce programme permettra de produire un retour d’expérience complet et d’apporter des recommandations pour les gestionnaires dans la restauration des cours d’eau.

Le cas d’étude de la Sélune est unique en Europe par la hauteur des deux barrages (16 m pour la Roche-qui-Boit ; 36 m pour Vezins) situés près de l’océan (baie du Mt St Michel) et par leur emprise sur le cours d’eau (20 km ennoyés, soit environ 25% du linéaire total), dans un bassin versant à forte dominante agricole (polyculture-élevage, production laitière majoritaire). Le programme scientifique sous la coordination d’INRAE et de l’OFB doit permettre (1) d’analyser les mécanismes de restauration écologique du fleuve sur un territoire en transition, (2) d’acquérir des références sur ce site pilote, (3) de permettre un retour d’expériences sur le devenir des barrages vieillissants au niveau mondial.

Les actions menées dans le cadre de ce programme sont majoritairement financées par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie (AESN), l’OFB et les organismes de recherche impliqués.

Les travaux de recherche ont débuté en 2012. Une convention entre l’INRAE, l’AESN, l’OFB, la FNPF, l’Etat et EDF inscrit ces travaux jusqu’en 2027. Ils s’organisent en trois grandes thématiques pour répondre aux questions suivantes :

- la dynamique du territoire et ses trajectoires : Comment le projet de restauration écologique de la Sélune est-il perçu par les habitants et les usagers de la vallée, de la rivière et des lacs ? Quels sont les critères déterminant pour sa réussite ? Quels changements pour l’agriculture et les paysages ?

– la dynamique fluviale et la qualité de l’eau : Quel sera l’impact de l’ouverture des barrages sur les flux d’eau, de sédiments et d’éléments chimiques ? La géomorphologie, la forme du fleuve Sélune va-t-elle changer ?

– les biocénoses, fonctionnement et évolution : Quel est l’impact de l’effacement des barrages sur la vie dans la rivière et sur les berges ? Comment la vie végétale et animale, aquatique et terrestre va-t-elle se réorganiser ?

Le détail exhaustif des thématiques est ici .



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La Sélune juste en amont du barrage de Vezins (juillet 2019) : la lisière des arbres délimite la rive de l'ancienne retenue d'eau


 

Actuellement, de nombreux projets de recherche sont en cours :

A noter que d’autres projets sont en cours mais concernent peu ou pas les unités de l'OSUR : citons Prédation des espèces migratrices par les silures et Reconfiguration des collectifs et projet de territoire. La Sélune après les barrages  

 

Afin de suivre la remise en continuité écologique de la Sélune, les scientifiques ont également mis en place un observatoire pour les questions scientifiques nécessitant l’acquisition de données environnementales sur toute la durée du programme. Il va permet de mesurer la dynamique de restauration des flux, qu’ils soient  sédimentaires, biologiques, ou chimiques.

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L’Observatoire Sélune a pour mission (1) de collecter des paramètres environnementaux, (2) de traiter ces paramètres pour comprendre la dynamique de restauration, (3) de mettre à disposition les données à l’ensemble de la communauté scientifique, mais aussi au grand public, et au final, de pleinement jouer le jeu de la « science ouverte ».

L’Observatoire Sélune est un travail collectif où collaborent des personnels scientifiques et techniques INRAE et CNRS (UMR ESE, SAS, GR, LETG et U3E). Le suivi environnemental est quant à lui coordonné par l’U3E pour les biocénoses et l’UMR SAS pour les paramètres abiotiques (physicochimie et géomorphologie).

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Observatoire de la Sélune : carte qui illustre le bassin-versant de la Sélune avec les cours d'eau, les retenues et l'agriculture (cliquer sur l'image)


En soutien à l’Observatoire, un Système d’Information (SI) baptisé SISelune vient d’être créé : il a été mis en place afin de répondre aux missions de bancarisation et de mise à disposition des données. Porté par la cellule de coordination du programme, le SISelune vise à aider les scientifiques associés au programme Sélune et à rendre les données accessibles à tous. Le catalogue est consultable en ligne. Le SI est piloté par Alban Thomas (architecte de SISelune, l’institut Agro) et Laura Soissons (cellule de coordination du programme Sélune, INRAE).

 


A noter que la Sélune est aussi un lieu privilégié de formation pour nos étudiants que ce soit à l’Institut Agro (Agrocampus Ouest) ou dans les universités rennaises. Lire à ce propos :
" Comment savoir si une nappe phréatique alimente un cours d'eau, ou si c'est l'inverse ? " : en stage sur la Sélune avec les étudiants du master 2 Sciences de l'Eau de l'UR1 (vidéo).

 

 

Les actus Sélune en 2021 dans la presse

Le journal Ouest France a publié une double page sur l’effacement des barrages de la Sélune dans son édition « papier » du vendredi 14 mai. Le sujet a même fait la une du journal, intitulée : «  Les barrages démantelés pour redonner vie aux rivières  »
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L’Office Français de la Biodiversité (OFB) vient de publier dans sa collection « Rencontres Synthèse » un livre. Ce livre, d’une soixantaine de pages s’intitule « Quand les rivières reprennent leur cours – Notes sur l’effacement de barrages et de seuils, sur la Sélune et ailleurs »
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Pour en savoir plus sur l'actu de la Sélune : https://programme-selune.com/fr/actualites/




[sources : https://programme-selune.com/fr/ et https://osur.univ-rennes1.fr ]  


Merci à Ophélie Fovet (INRAE, SAS), Laura Soissons (INRAE, ESE, coordination du programme Sélune) et Alban Thomas (l'institut Agro Agrocampus Ouest, architecte de SISélune) pour leur relecture attentive.

Contact OSUR
Alain-Hervé Le Gall (CNRS, OSUR multiCOM) / @








Cet article est de OSUR
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